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Putain de bouquin !

plinous, le samedi 5 novembre 2005.

C’est malheureux à dire, mais une usine c’est beau la nuit. Les éclairages blancs et orangés, le métal des tuyauteries qui capte les moindres étincelles de lumière, et ces cumulus qui paraissent majestueux lorsqu’ils s’échappent des cheminées. Le tableau offert fait oublier les poisons qu’elles recrachent.

Putain d’usine, c’est l’histoire d’un mec, euh, un mec stu veux, il bosse dans une usine. Levaray me fait penser à Coluche, je ne sais pas pourquoi, ses bouquins ne sont pourtant pas spécialement comiques. L’humanité vraie du narrateur sans doute, les convictions sans le dogmatisme, les tripes sans le pathos. Ce n’est pas du Zola Putain d’usine, d’abord parce qu’on n’est pas dans la fiction (hélas), et surtout parce que le livre n’a rien d’une thèse morbide. Certes, le constat est dressé : les temps sont durs pour le combat, les temps sont durs tout court pour des salariés de plus en plus fragilisés. Mais l’idée n’est pas de faire pleurer dans les chaumières. Il s’agit plutôt d’utiliser un talent d’écrivain pour témoigner comme on fouillerait des cendres encore chaudes, avec la ferme intention de réveiller quelque chose.

Ils ont bien compris comment nous tenir : par la peur, l’individualisme, le repli sur soi, et avec la seule perspective de pouvoir, quand même, consommer. Notre servitude volontaire se fait au prix d’une nouvelle bagnole ou d’un lecteur DVD. Il faudra bien arriver à changer ça, sous peine d’en crever, tous.

En crever tous ça fait lyrique, c’est sûr. A priori, c’est quand même plus les ouvriers. Quoique... Après l’explosion de l’usine AZF, une cousine de l’usine de Grand-Quevilly où travaille Levaray [1], les toulousains dans leur ensemble se sont sentis concernés. Quand on ajoute que ce que l’on mange, tous, a été contaminé par des engrais produits par ces deux usines [2] (et d’autres), on se dit qu’effectivement, le délire économique, ça concerne bien tout le monde.

Mais il ne faudrait surtout pas limiter Putain d’Usine à un discours "tous ensemble, tous ensemble, ouais, ouais". Si ce livre est indéniablement un livre de combat, il n’en propose pas moins un récit émouvant, jubilatoire et motivant :

Un manifestant ouvre la porte, gentiment, en y mettant les formes... Mais il n’y a personne dans ce bureau. La vitre est brisée : Desmarets [3] s’est sauvé par la fenêtre, que ses sbires ont cassée pour qu’il passe. On n’y croit pas. "Dommage que la salle de conférences ne soit pas en haut de la tour", dit un type près de moi.

On a envie d’y aller. C’est ça la force d’une écriture.

Putain d’usine suivi de Après la catastrophe et Plan social/Jean Pierre Levaray. - Agone.

[1Usines du groupes Grande-Paroisse sous le giron de TotalFinaElf.

[2... une grande partie des agriculteurs et des coopératives, au lieu de mettre un engrais "de fond" qui agit à moyen terme, se tournent vers des produits plus riches en nitrates, plus polluants, mais qui augmentent fortement les rendements à court terme.

[3Pdg de TotalFinaElf.