01/08/2026
À midi, le cadet nous a narré la décompensation d’un collègue qui a tenu à exposer le complot machiavélique que fomentait contre lui un autre collègue, absent ce jour bien sûr, à base de messages cryptiques et de micro-faits hallucinés. "La poste est fermée" aurait ainsi voulu dire "X - le persécuté - est fermé", c’est-à-dire K.O., comprendre "je l’ai terrassé". Dans la même idée, le démon serait venu tôt un matin pour baisser les stores de du persécuté, lui signifiant de la même façon son "extinction"... Devant l’ampleur de la catastrophe, l’équipe est restée médusée, avant de réagir et de prévenir les RH histoire que le persécuté soit aidé, avant qu’il ne se fasse d’avantage de mal, voire qu’il tue quelqu’un... Durant son exposé, en réponse à l’expression prudente d’un doute émise par un collègue courageux, le persécuté a lâché qu’un psychiatre l’avait bien diagnostiqué schizo par le passé, mais à tort... Pas de suivi bien entendu. L’état de la psychiatrie dans ce pays est affolant.
Et dans la continuité, j’ai tenté Angine de Poitrine, nouveaux White Stripes de la musique microtonale. Je ne suis pas prêt.
02/08/2026
- Je refuse de penser que de si beaux vers ne vous viennent pas du fond de l’âme.
- L’âme n’a pas de fond, dit Jean. [1]
Journée lecture pour l’essentiel. Torché Titus n’aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai, une biographie très romancée de Racine enchâssée par une sorte de récit miroir dans laquelle la narratrice s’assimile, en tant que maîtresse éconduite, à toutes les Bérénice du monde abandonnées par ces lâches de Titus qui au final préfèrent leur devoir à l’aventure. Ce récit encadrant - qui s’invite également vite fait au milieu du livre - est parfaitement ridicule, avec une femme légitime qui s’appelle "Roma" et un mari/amant "Titus", prénoms courants aujourd’hui. On est ici dans les affres de la femme de lettres grande bourgeoise, juste rachetée par une haine assumée. Heureusement, le reste, soit le gros du livre consacré à Racine, est intéressant voire captivant. Ça démarre soft et austère, à Port-Royal, dans une ambiance Tous les matins du monde de Quignard, puis on suit l’ascension de l’auteur de Phèdre, à Paris, dans les hôtels particuliers, dans les cabarets, à Versailles. L’autrice nous y montre un Racine inattendu, qui travaille comme un âne certes, mais qui n’oublie pas de boire, de festoyer et de pilonner la Du Parc par derrière à l’occasion. Jusqu’à quel point ce Racine jeune et échevelé est documenté, je ne sais pas, mais il tranche joyeusement sur son image scolaire. Après, ça s’assagit avant de revenir au sombre, comme le règne de Louis XIV, mais ce crépuscule progressif est lui aussi prenant.
Juste un petit mot pour P.O.L, l’éditeur tellement "normale sup" qu’il peut s’affranchir des règles typographiques : pas d’espace avant les points d’interrogation, OK, Yo !, mais pas de tirets pour les dialogues : pourquoi ? Pour faire chier le lecteur ?
03/08/2026
Phil, le monsieur du ménage, me raconte qu’une fusillade a éclaté la nuit dernière en bas de chez lui. Deux adolescents ont été touchés, un est encore entre la vie et la mort. Les coups de feu ont éclaté à une heure et demie du matin ; lui part travailler à trois heures. C’est déroutant de se dire que de l’autre côté de la rocade, à 200 mètres de son lieu de travail, des jeunes se tuent pour des stups. Mais c’est encore autre chose de vivre dans un environnement où le parking de l’immeuble peut se transformer en champ de tir. C’était pas mieux avant ; il y a encore trente ans un môme atteint du cancer avait très peu de chance d’en sortir. Mais Menace II Society, c’était les ghettos des States, c’était ailleurs, il faut quand même le noter.
04/08/2026
Nu, la copine laotienne de l’aîné qui casse désormais des murs en Suisse, écrit à Spatz pour lui faire part de sa difficulté, sur certains sujets, à comprendre notre fils... Mais parlez-vous les jeunes ! Posez-vous et discutez. Les parents (ou beaux-parents officieux en l’occurrence) ne vont pas jouer les intermédiaires ! Du coup Spatz se fait du souci... Les gosses, on en a jamais fini.
Entendu un truc bien à la radio - ça devient si rare : Spoon, Guess I’m falling in love.
Et ce soir, une petite dame s’est occupé de moi chez l’opticien. J’ai des difficultés à me faire aux verres progressifs. Alors la dame m’a écouté, a bien repositionné les montures, les a chauffées pour mieux les adapter à la forme de mon crâne. Elle m’a donné quelques conseils de posture, par rapport à l’ordinateur surtout. Ensuite elle m’a fait faire des tests avec un casque de réalité virtuelle. Elle a commenté les résultats qui n’étaient pas mauvais. Elle a retiré les petits traits qu’elle avait dessinés sur les verres, a une dernière fois repositionné les montures, m’a demandé de regarder son œil droit, puis le gauche. Elle m’a demandé si j’étais d’accord pour insister encore un peu avec les réglages qu’elle avait faits. J’ai dit oui. Elle a souri. C’était bien.
05/08/2026
Arrivée au boulot ce matin, la porte cassée (enfin le frein), OK, ça présage bien. Ensuite, le GSM qui envoie au prestataire de sécu des signaux qui valident le bon fonctionnement de l’alarme intrusion, déconne depuis plusieurs jours, ce qui nous vaut des rondes facturées, il faut s’en occuper. C’est le domaine de la déesse ça, mais elle est en pleine lune de miel ; elle trouve pourtant le temps s’en mêler, après le petit-dèj au lit,avant de se déconnecter en mode "démerdez-vous les glands". OK. Récupéré ce soir le vélo, chez le leader de la tente pour migrants et des munitions de chasse. Cent balles pour deux plaquettes, une chaine et une cassette... Après je rame pour rentrer - impossible de trouver un passage sous la rocade avec la fermeture d’un grand axe pour travaux, peu de batterie, et trente-cinq degrés. Mais quand j’arrive, après la douche, Spatz m’a déposé une bière décapsulée devant un bout de saucisse sèche. Journée sauvée.
[1] Nathalie Azoulai, Titus n’aimait pas Bérénice, p.212. Le Jean en question c’est Racine, qui répond à une admiratrice ayant connu les affres de l’amour et qu’il va consoler avec sa bite.