O1/09/2026
Je suis nul (les plénières nuisent gravement à l’estime de soi).
O2/09/2026
Tellement dégoûté de moi-même que je ne renonce à infliger ma présence physique aux collègues aujourd’hui. J’use de ma liberté de chef, fût-il en carton. Pour le moyen terme je cherche une voie de sortie, mais ce n’est pas simple. Je suis prêt à repasser sous-chef ou même planton, mais le système n’aime pas ça. Ce qui est étrange, c’est que je ne tombe pas en vraie dépression. Je ne dois pas avoir le gène. Je rumine toute la nuit, je pense même dernier voyage, mais je me lève sans difficulté le matin. Je sens comme une tristesse épaisse autour de moi, mais je fais avec et ne bosse pas plus mal qu’un autre jour. Grosse lassitude tout de même. J’aimerais bien voir l’hélico des forces spéciales approcher pour m’extraire du bourbier.
O3/09/2026
Ibant obscuri sola sub nocte per umbram. [1]
C’est un hypallage. Oui, soit. On s’en fiche un peu du nom de la figure de style. D’accord, ça fera un point de plus au bac, mais l’essentiel n’est pas là. En quoi cette inversion des qualificatifs est-elle magistrale ? Et bien en ce qu’elle réussit la prouesse d’ajouter une dimension subjective à la narration objective d’une action. La phrase "normale", celle qu’on attendrait, soit "Ils allaient seuls dans la nuit obscure" donne à voir simplement, d’un point de vue objectif, deux personnages, Énée et la Sybille, qui s’avancent dans les Enfers. Alors que "Ils allaient obscurs dans la nuit solitaire" dépeint leur ressenti. On n’en mène pas large lorsqu’on s’avance dans le royaume des morts. On est en territoire de désolation, on est d’humeur sombre. Au cinéma, on utiliserait un plan d’ensemble pour transcrire la première phrase, alors qu’on userait, pour rendre la seconde, de gros plans sur les visages fébriles mêlés de plans de coupe sur le décor flippant. L’hypallage de Virgile combine les deux, et exemplifie ainsi la puissance d’évocation du langage.
C’est le mood du moment qui m’a ramené à cette figure virgilienne, que j’avais déjà utilisée, avec la subtilité et le sens de l’à-propos qui me caractérisent, pour le titre de ce texte. Et dans cet état d’esprit, quand j’assiste à une réunion où deux grandes dames de la Pédagogie, deux agrégats de condescendance, pourrissent une réunion, je suis d’un cinglant à faire entendre une mouche voler dans chaque poste connecté en visio.
O4/09/2026
L’épisode de l’attaque de 700 agents IA d’OpenAI sur Hugging Face, ou plus exactement le rapport publié le 26 août sur le sujet, place la question des IA à un niveau très haut sur l’échelle des chocs qui nous attendent. On est sans doute au-dessus du dérèglement climatique, et en tous les cas dans la stratosphère par rapport aux élections de 2027. C’est une choc anthropologique qui nous attend - ou auquel nous sommes déjà confrontés. Je pense que les derniers qui ont vécu quelque chose de comparable, ce sont les Néandertaliens lorsqu’ils ont rencontré les premiers Sapiens. Au début ils ont dû se marrer : "Oh, ils sont pas bien costauds ces petits bonhommes", avant d’ajouter "par contre ils n’ont pas l’air cons". Quelques milliers d’années après, il n’y avait plus de Néandertaliens. Je ne suis pas sûr que notre cohabitation avec les IA durera si longtemps... Bonne journée !