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Le random tour
  1. sonnet 241
  2. Besson nuit gravement à la France
  3. sonnet 092
  4. J’ai laissé tomber Alice
  5. Douces déferlantes
  6. sonnet 305
  7. Ticket visiteur
  8. sonnet 117
  9. sonnet 042
  10. sonnet 274




Les gazouillis en cours
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Accueil > Poésie > Automeme

Automeme

plinous, le mercredi 22 novembre 2017.

Cruellement conscient qu’alors que je pérore, les 30 000 milliards de cellules qui me font s’acharnent à fabriquer des protéines pour faire tenir au mieux la machinerie infiniment complexe qui rend possible, entre autres, l’expression d’un discours, j’hésite.

Il y aussi la réfrigération des mots. Tous ses serveurs en Alaska, en Suède, en Sibérie... qui contribuent à faire fondre la glace pour permettre la diffusion des mèmes, des threesomes et des trojans, je ne peux garantir, même si je m’héberge français, qu’ils ne font pas transiter quelquefois mes petits prouts textuels. Alors j’hésite.

Et puis les Rohingya, la famine au Yémen, la Syrie, les migrants... la décence voudrait sans doute que je m’abstienne de balancer des poèmes pauvres qui disent quand même en creux, au fond, au fond du creux ou bien l’inverse, que je m’en fous au moins un peu, hein, bah si, si, sinon je donnerais le coup de main à temps plein, enfin ce qu’il en reste après la razzia du taf, mais foin d’excuses, je devrais hésiter.

Et j’hésite un peu de fait, de plus en plus longtemps même, à chaque fois. Mais ces petites lignes qui jalonnent mon existence de burelier, j’en ai besoin, elles me guident comme des rails en pointillés.

Alors j’erre dans Toulouse à la recherche des derniers signes de la Truskool, et je sais qu’en rentrant j’écrirai quelque chose. Ah certes, j’aurais bien défoncé des trains, signer de l’éphémère, mais je n’étais pas doué pour le dessin. Mes pollutions risquent de durer plus longtemps - d’autant qu’on ne maîtrise rien dans le virtuel - mais tout est relatif.

Et, et, et. Ni marée noire, ni nuage russe, ni tsunami, mon truc à plume est bien inoffensif. Ne plus l’agiter n’aura guère d’effet sur la misère du monde, le réchauffement, le labeur des cellules qui traitent avec les bactéries. Comment on dit ? "Faites du bruit" ?

Je suis très mollement l’injonction, j’émets un bruissement, un murmure, un soupir atténué ; une fréquence inaudible.