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L’illusion cosmique

plinous, le lundi 1er novembre 2021.

Tête vidée à la trance progressive, qui est paraît-il à la musique ce que les flocons de purée en sachet sont à la gastronomie, je vais acheter le pain, tôt. Au retour, la lune me salue ; je lui fais un clin d’œil car vraiment tout ça, je n’y crois plus trop. Tout, le quotidien et ses effets de réels prodigieux, mais également tout le savoir acquis et non expérimenté, l’histoire, les astres, Einstein, le boson... Tout m’est paisiblement douteux. Non, Hollywood n’a rien à voir là-dedans, je n’ai pas revu récemment un de ses produits SF hyper scénarisé, comme je n’ai pas relu non plus les philosophes grecs qui ont discuté cette affaire-là bien avant les effets spéciaux de la ville mirage. C’est un chill out solipsiste, l’âge sans doute, pas désagréable - et aucunement flippant - qui installe un filtre d’ironie sereine entre le monde et moi.

Seuil de la maison : un hérisson boit dans le bol du chat, les pattes avant sur le rebord. Il faut bien reconnaître que certains effets de réel sont marrants. La trainée de petites crottes sur la terrasse, un peu moins, d’autant qu’ils n’ont pas lésiné sur les arômes létaux ! Insoutenable. Bon, on va aller faire un tour de vélo mon garçon ! Je me doute bien que Bougrain Dubourg ne valide pas, mais franchement, c’est mon territoire aussi ici, et même preums en fait. Donc, balayette, pelle, panier du vélo et translation cyclopédique vers un terrain public non squatté par une minorité itinérante pour éviter la mise en brochette de monsieur piquant. Expulsion efficace mais dans la dignité. Reste qu’en chemin, Piquant se redresse, pose ses pattes sur le guidon et hume l’air. Le pitre fait rire l’éboueur et la dame qui promène son chien. Son numéro mériterait presque un billet retour, mais non, l’heure est à l’inflexibilité.

Grains dans le moulin, brzzzzzzzz, café moulu. Songeur. L’écran de doute est revenu. Il s’était évanoui durant l’épisode hérisson. J’allais dire un truc idiot. Je vais le dire du reste. J’allais dire quelque chose comme : "c’est pas demain que la réalité virtuelle atteindra ce degré de crédibilité !", voulant dire par là que le numérique c’est vraiment de la gnognotte comparé aux illusions de la vraie vie... Sauf qu’évidemment, ce numérique, il fait partie de l’illusion. Et nous atteignons ici un passage obligé de tout art abouti : la mise en abîme, l’illusion dans l’illusion. Le plaisir du café n’en est pas altéré, ni la joie d’aimer, de se sentir aimé, de bouger ses doigts de pieds en criant "Caramba !", par exemple, ou de passer chef au taf si vous êtes plus conventionnel. Au final, l’illusion est aussi enthousiasmante que "la vie", aussi démesurée, aussi vertigineuse. Elle fait juste nécessairement plus "créée", au sens Concepteur, Producteur, Metteur en scène, Accessoiriste... Avec la vie, on pouvait tenter l’hypothèse du "grand mystère" (hypothèse un peu flemmarde, soyons honnête). Espérons juste que le spectacle donné par la conscience s’agitant dans son décor est cool. Comme l’est peut-être celui de la conscience du spectateur dans un autre décor, etc.