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Le printemps bleu (2019)

plinous, le dimanche 28 avril 2019.

Depuis la loggia sombre, j’observe le cadet sous le candélabre, à l’angle de la rue. Avec sa casquette à l’envers et son skate, il a l’air d’un jeune, mais c’est mon fils. Je crois qu’il sait que je l’observe ; il regarde dans ma direction et semble hésiter à faire un signe. Je ne l’espionne pas, je ne suis pas dissimulé ; je suis dans le noir. Une voiture s’arrête, il y a des jeunes dedans. Mon fils monte dans la voiture en regardant une dernière fois vers la maison. Bien sûr, je suis content qu’il ait des amis, qu’il soit inséré, qu’il "vive sa vie". Mais la nuit est quand même bleue.

C’est un éloignement naturel, difficile anyway. C’est pas la mort (même si ça la rapproche), rien de méchant ni de brutal, cette virée en suit bien d’autres, chez Machine, chez Truc, au Bikini, "Nuit hardcore", concert Salut c’est cool... Salut ! À tout prendre, je préfère ce blues à un désinvestissement émotionnel des événements. Réactualiser le "rien n’a d’importance" des années punk ne me tente pas, je ne suis pas un nihiliste flottant dans une piscine californienne (cf. Big Lebowski). Il se peut que le futur soit déjà écrit, je ne me contenterai pas pour autant de faire des lignes de points suspendus. Les collègues disent que l’hiver arrive, les montagnes s’érodent, la vue qui baisse se dégage, Waterloo point. Mais tant que le bide ressent la vie, ça vaut le coup de rester.

Et là sur le mobile, c’est l’aîné aux antipodes avec son longboard bleu, de la couleur du ciel, parfaitement unie. Un sourire radieux, pas l’ombre d’un souci. C’est toujours un bonheur de voir son gosse heureux. Oui, même quand il est barbu, qu’il squatte à 150 et soulève de terre presque deux cents kilos, qu’il est doux comme un russe, fini comme un agneau ; la banane ravit du grand bébé à la planche. D’où me vient cet attendrissement impromptu et et si puissant qu’il faut que je le note ? Mystère microbiotique ? Alunissage chronique ? Mais non ! C’est le déménagement. Eh oui encore. Je vis ces reboot salutaires, et voulus, aussi bien que le chat, en boule dans un carton. Les lares ont les cheveux dressés. J’ai tiré l’arcane sans nom, mais je sais qu’il ne faut pas se tromper dans l’interprétation : demain les gars seront là pour donner le coup de main ; nouvelle maison, nouveau mai ; renouveau.