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  8. Mimosas II
  9. sonnet 079
  10. sonnet 099




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Un réveillon au réveil

plinous, le mercredi 29 septembre 2004.

Ce matin je me suis encore réveillé avec ce souvenir, pas un rêve non, un souvenir, net et de plus en plus récurrent, va savoir pourquoi...

C’était le 31 décembre. On était trois, 16 ans en gros, bien décidés à faire quelque chose de grand pour ce réveillon. On était tombés d’accord sur le plan qu’on avait intitulé : "s’incruster chez des gens". L’idée, le défi, c’était de taper l’incruste chez des gens - donc - qu’on ne connaîtrait ni d’ève ni d’adam. On avait déjà fait des travaux d’approche, pique-niques nocturnes dans des jardins de particuliers, débarquement sans invites dans des fêtes... Mais cette fois, il s’agissait d’obtenir le droit de s’installer dans un salon inconnu, en pleine lumière, dans la plus parfaite incongruïté.

Le plan nous paraissait top délire et assez délicat à exécuter, je crois même qu’on avait un genre de trac. On a décidé de commencer par un immeuble, un grand immeuble sur la place du marché de Sotteville (banlieue de retraités et d’ouvriers calmes). On écoutait aux portes pour repérer les plus grosses teufs, mais minuit n’était même pas passée, les renés n’étaient pas encore soûls, il fallait attendre. On est allés snifer de la Dusoplast bleue sous un abris-bus. Après un certain temps, on s’est décidés à y aller.

Je me souviens le premier appart que nous avons fait. On n’avait aucune conviction, on était certains de se faire jeter. "Bonjour, est-ce qu’on pourrait venir boire un coup avec vous, on s’emmerde..." La porte s’est ouverte. Je n’ai aucun souvenir du visage de celui ou celle qui nous a laissé entrer, ni des gens à l’intérieur. Je me souviens simplement que ça sentait la sueur et que ça dansait. Des mecs discutaient dans la cuisine, on est restés un moment avec eux, je crois qu’on buvait du vin, et puis on a dit "au-revoir" et on est partis.

On est restés dans le même immeuble où nous avons fait trois ou quatre intérieurs. On a peut-être essuyé des refus, c’est possible, simplement je ne m’en souviens plus. En revanche j’ai des images : une moquette massacrée, un pépé qui râle contre sa fille (?) - une histoire de garde d’enfant - un type qui enfile les histoires et qui fait crever tous le monde de rire, mon pote qui danse un slow très chaud avec une femme à la barbe de son mari (?). Je me souviens aussi qu’on a quitté le dernier appart avec chacun une bouteille.

Ensuite on est rentrés dans notre quartier - des pavillons premier prix. Dans une impasse, trois lotissements avant le nôtre, on a entendu un gros raffût, rires, cris et Bee Gees ou un truc du genre. On ne craignait plus rien maintenant, on savait que c’était trop facile. De fait, on nous a ouvert, presque naturellement. Il faisait chaud à l’intérieur. Il devait être cinq ou six heures du mat. Ici, les gens nous disaient tous quelque chose, des physionomies du quartier, en plus bourrés. En complètement déchirés même ; que de la viande saoule. Des agonisants, des Sue Ellen dans Saturday night fever, un relou qui essaie de faire Gérard Majax, tordant. Et puis mon pote qui refait son numéro, avec la maîtresse de maison, qui est une copine de sa mère si je comprends bien.

Plus tard on est dans une chambre. Il y a une femme qui rit un peu nerveusement, je descends mon pantalon, elle me dit de me dépêcher. Mon pote, le dragueur - l’autre fait dans les 100 kilos et n’a pas de chance avec les filles - mon pote le dragueur donc est sur le lit, il s’active sur la maîtresse de maison qui a la jupe au niveau des fesses. Tout à coup ça frappe fort à la porte.

On s’est sauvés par la fenêtre. Arrivés devant chez nous, nous avons retrouvé le gros qui fumait un cône sous la fenêtre de ses parents. Ça faisait un moment qu’il s’était tiré de la maison des fous - Majax faisait disparaître et réapparaître sa teub. On a terminé la nuit devant un café avec la soeur du dragueur, Judith, 14 ans, à qui, contre tous nos principes, nous avons tout raconté.