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La vibration Vaneigem

plinous, le samedi 18 octobre 2014.

Situation déconcertante que celle où la lecture d’un texte résonne à ce point en vous-même qu’une inquiétante étrangeté de type effet dopplegänger viendrait presque vous titiller... N’en déplaise à Stendhal, aucun livre ne m’a jamais fait l’effet d’un miroir, du moins sur la durée. Mais là, ce Raoul Vaneigem qui n’est pas moi, fait jaillir des pages de ce grimoire intitulé Le Chevalier, la dame, le diable et la mort, un être dont la sensibilité, la philosophie, les qualités et défauts, le style, ne me parlent que trop bien.

Soif de vivre, haine de l’argent/travail - ce mortifère Janus, rapport aux animaux, accès de rage face à l’hystérie guerrière ou la morbidité calotine, goût des femmes, Nerval... tout. On retrouverait tout dans mon propre discours, si celui-ci avait dû s’épanouir au delà des fragments, si comme Raoul l’état-patron avait eu la riche idée de me virer pour une peccadille.

On retrouverait tout, ou disons plus raisonnablement beaucoup - foin d’absolu - mais encore sous une forme apparentée, c’est là le plus troublant.

À un interlocuteur, irrité par la difficulté de mes livres, qui me lançait : Êtes-vous sûr de comprendre tout ce que vous écrivez", j’entrepris d’expliquer laborieusement que, oui, chaque mot était pesé, chaque phrase accordait à la conscience de ce que j’éprouvais une formulation aussi adéquate que possible." [1]

Que dirais-je d’autre à l’autre agacé par une obscurité apparente qui ne résulte que de la volonté de révéler le potentiel vital des mots, et sous quelle autre forme le dirais-je ? Et ne me démentirais-je pas comme Raoul dans le paragraphe suivant ?

Du coup, j’éprouve presque des scrupules à dire toute mon admiration pour ces sentences qui terrassent d’aucuns dragons, comme le travail, qui hantent mes propres complaintes :

Entre l’esclavage fonctionnarisé et la liberté toujours menacée par quelque complaisance lucrative, il n’y a guère de place pour l’être humain. [2]

Oui, bien sûr, je peux louer Vaneigem plus simplement, sans aller chercher cette figure du double. Que voulez-vous ? Comme Raoul, J’aime introduire lentement. Mais pour finir, une leçon d’écriture poétique. Voyez ci-dessous cette charge contre les mondes virtuels, numériques, où "analogique" et "déchiffrer" se voient rechargés de toute leur vitalité primale :

J’ai besoin de briser l’ennuyeuse ligne de cause et d’effet que l’absence de vraie vie trace du berceau à la tombe. Ne serait-ce que pour soupçonner, au coin de la rue où se renouvelle mes errances, une petite lueur analogique suffisant à me déchiffrer et à me guider [3].

[1Raoul Vaneigem : Le Chevalier, la Dame, le Diable et la mort, Folio p. 160.

[2Le Chevalier, la Dame, le Diable et la mort, Folio p. 114.

[3ibidem p. 156.