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Despentes, la belle rage

plinous, le mardi 29 juillet 2003.

Commencez pas à gueuler : je ne vais pas intellectualiser sur Despentes. Ce n’est d’ailleurs pas faute d’avoir essayé, mais je n’y arrive pas. Pourtant, j’ai besoin d’écrire quelque chose sur elle, alors je vais le faire blog-style, un "Despentes-émois".

Au départ il y eut un titre, une couverture et un nom d’auteur. Même au rayon polars et Sf, les couvertures punky de Florent-Massot faisaient un peu taches au Hall du Livre, à Nancy, il y a déjà longtemps. Baise-moi, paf ! ça a l’air bien ça, c’est de ? Virginie Despentes, une fille ?! Fort. Lu d’un trait, rapidement rangé dans la case "trucs faciles", prêt à oublier. Je venais pourtant d’arrêter tout pour vider 200 pages d’un trait, ce jugement à chaud était évidemment foireux.

Oui, il y a quelque chose, mais quoi ? Le style - quand on sait pas c’est le style. Le style en littérature, ce n’est pas comme la B.O. d’un film, on ne peut pas l’écouter à part ; un livre, c’est un programme compilé, pas moyen d’en retrouver le code ; même les profs de lettres avec toutes leurs dissections n’ont jamais compris le secret du sang des oeuvres. Le style fusionne avec le sujet, ou alors le bouquin est mauvais, on le jette - car le monde est cruel.

Si Despentes attire, ce n’est pas qu’elle a un sacré style, c’est que l’ensemble botte. Mais qu’est-ce qui peut plaire dans le narré de Baise-moi ??? La baise ? Un peu, sûrement, au début ; mais très vite tout se barre en couille, ça flingue, et on observe chaque sauterie comme l’entomologiste l’accouplement de la mante. Serait-ce la violence alors ? La tête du gosse qui explose ? Mouais, le bête et méchant amuse toujours, ça nous ramène à notre condition en choquant la moyenne. Quand Jean-Christophe Averty passait un baigneur à la moulinette, une bonne partie de la France suffoquait, pendant que les vrais bébés mourraient déjà de diahrrées aux quatre coins du monde. Le road-trip ? Toujours terriblement efficace, mais l’Amérique a vraiment placé la barre trop haut dans le genre, difficile de rivaliser avec une odyssée qui commence à Nancy et qui doit se terminer dans les Vosges.

Quoi ? on ne sait pas, on lit d’autres Despentes.

La gestuelle avait un caractère sacré, l’ardeur barbare des histoires de viande crue, il y avait dans ces choses une notion d’urgence, de soulagement final, qui en faisait un emportement mystique et radical...

Dans Les chiennes savantes, l’ "héroïne", Louise, est une strip-teaseuse coincée - en même temps ce n’est pas cornélien. La Louise, elle va se faire violer, ça ira beaucoup mieux après (là, pour le coup, c’eût été encore plus fort si l’auteur avait été un homme, on aurait eu le droit à un procès). On commence à sentir comme une histoire d’abcès à crever, d’éjaculation attendue, faut que ça explose. Dans Baise-moi, ça giclait rapidos, du blanc et du rouge, et tout se terminait mal ; Dans les Chiennes, une tension sourde règne, insupportable, que les explosions, pas uniquement sexuelles, soulagent. L’histoire se termine sur... (faut pas le dire c’est vrai) une incertitude.

J’ai lu dans plusieurs interviews récentes de Virginie Despentes [1] que le 11 septembre l’avait terriblement affectée. L’événement nous a certainement tous secoués, mais Despentes en fait, comme d’autres, une espèce d’apocalypse, de révélation ; arrivent les temps sombres... Elle croit que l’histoire n’est pas finie Virginie, elle croit aussi aux idéologies, elle a eu comme moi des parents qui y ont cru et elle est, comme moi, arrivée juste après l’explosion avortée. D’ailleurs je suis Virginie, et ça y est, j’ai tout compris : peur/fascination devant la Révolution + peur/fascination devant la bite = essence du Despentisme.

C’est un peu rapide peut-être, hein ? D’un autre côté, je ne crois pas qu’il faille faire trop long sur le sujet.

Ensuite, elle ne l’écoute qu’à moitié. Le moindre truc qu’il a à dire, ça lui prend trente phrases à le sortir. Il s’embarrasse de tant de conneries qu’il alourdit tout ce qu’il touche.

Les jolies choses de Despentes sont assez complexes et je crois que l’essentiel réside dans la force jubilatoire qu’elles dégagent, la psychologie de prisu - masculine de surcroît - ne peut qu’éloigner de l’œuvre, un peu comme quand les Inrockuptibles parlent des Ramones.

Virginie nous botte le cul, elle nous parle mal (c’est bon) :

Je la parle couramment leur langue de tapette, mais tu causes pas avec ça, c’est pas une langue vivante, c’est du cafouillage de cerveau broyé pour cerveaux de tafioles [...] autant fermer sa gueule... [2]

mais au delà du culot et de la colère, ce qu’elle crée dégage une grosse générosité. Baise-moi, le film - quelle gageure merde ! est une œuvre rédemptrice. A défaut de sauver le monde (du x), Despentes aura su le tirer vers le haut ; elle a le pouvoir de faire de l’or de la boue qu’on lui donne. A mon avis, Virginie Despentes pourrait descendre aux enfers et en revenir, elle a la force des héros.

[2Sonia dans Les chiennes savantes