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Moi King Kong, toi Virginie

plinous, le samedi 18 novembre 2006.

Quand on ne s’y attend pas, l’effet produit par les objets fétiches - porte-jarretelles, talons aiguilles, soutiens-gorge pigeonnants ou rouge à lèvres - ressemble à une vaste blague... On plaint les femmes-objets, les bimbos à seins remodelés, toutes les chiennasses anorexiques et retapées de la télé. Mais la fragilité est surtout du côté des hommes. Comme si personne ne les avait prévenus que le Père Noël ne passera pas : dès qu’ils voient un manteau rouge ils courent en brandissant la liste des cadeaux qu’ils voudraient voir sous la cheminée. [1]

Après ça, s’il en est encore pour douter de la force de l’écriture de Despentes, on ne pourra rien pour eux. King-Kong théorie est une tuerie (pour l’assonance), une tornade. J’en suis encore tout retourné, c’est pas tous les jours qu’on lit un texte d’une telle efficacité.

En plus, ce texte est un cadeau pour tous les lecteurs qui comme moi (je suis très fier sur ce coup-là) avaient parié sur l’auteur dès Baise-moi. On se les est pris dans la tronche les "gratuit", "ambigu", "dangereux". King-Kong théorie éclairera les profanes : Despentes sublime, elle ne dégrade pas. Le viol, la prostitution, le porno, c’est pas pour faire bouffer de la merde au lecteur branchouille et masochiste qui en redemande ; il s’agit de faire percevoir la rage de femmes qui ont besoin d’en finir avec l’aliénation, pour de vrai. Despentes n’agresse pas, elle défend avec force.

Évidemment, quelquefois pour défendre il faut cogner. Je pense qu’un nain comme Eric Zemmour pourrait sentir comme un coup de rangeos dans le fondement en lisant ça :

Depuis quelque temps, en France, on n’arrête pas de se faire engueuler, rapport aux années 70. Et qu’on a fait fausse route, et qu’est-ce qu’on a foutu avec la révolution sexuelle [...] on se demande où est passée la bonne vieille virilité, celle de papa et du grand-père, ces hommes qui savaient mourir à la guerre [...] On se fait engueuler parce que les hommes ont peur. c’est tout de même épatant, et pour le moins moderne, un dominant qui vient chialer que le dominé n’y met pas du sien... [2]

Mais King-Kong théorie explique, surtout, avant de baffer. Non, exprimer l’idée que le viol n’est pas la fin du monde, cela ne relève pas de l’abjecte provocation, mais du refus de la double peine. Qu’est-ce qu’on penserait d’un type qui refuserait de sortir au prétexte qu’un jour on lui a claqué le baigneur ? Est-ce qu’on exige des victimes d’attentats qu’elles rasent les murs ? Alors au nom de quoi une femme violée devrait-elle passer le reste de sa vie à se morfondre ? A moins de penser que quelque part, sans doute, elle l’a cherché, si, un peu quand même...

Et la pute ? Haro sur la pute ! Dans la forêt la pute, au nom du respect des femmes bien sûr ! Le pouvoir n’interdit pas, il cache, il relègue, il délègue, aux mafias. Un business en plein jour permettrait aux femmes qui préfèrent gagner leur vie en faisant quelques passes plutôt qu’en passant la came au Carrouf de satisfaire une demande honteuse qui n’aurait plus à l’être. Et le porno, sale aussi, hein ? Sûrement, tel qu’il est fait, détruisant des gamines pas finies. Conçu autrement, ce ne serait qu’une histoire d’adultes qui en tant que tels peuvent bien décider de regarder des gymnastes pratiquer leur sport.

J’ai cru comprendre que certaines féministes regardaient Virginie despentes avec circonspection. Il faudra qu’on m’explique, mais c’est sans doute parce que je suis un homme. Toujours est-il qu’à mon avis, un bouquin comme ça a beaucoup plus d’impact sur la société que le féminisme seventies Ruquierisé ou que la girl power hype, so kawaï. Ses mots sont forts, modernes et jamais affectés, comme celui-ci, que j’adore , "réassignation" :

En 93, je publie Baise-moi. premier papier, dans Polar. Un papier de mec. Trois pages. De réassignation. C’est pas que le bouquin ne soit pas bon selon ses critères qui dérange le bonhomme. [...] C’est que ce soit une fille qui mette en scène des filles comme ça... [3]

En 2006, Despentes met en scène une fille extraordinaire, Virginie, dans un essai dont le je est si peu narcissique qu’on en oublie la dimension autobiographique. C’est simple, je suis amoureux.

King Kong Théorie /Virginie Despentes. - Grasset.

[1p.77

[2p.17

[3p.125