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L’Affaire du Dahlia noir

plinous, le lundi 2 janvier 2006.

Tous les garçons ont eu au moins une fois l’envie d’écrire : "papa est très méchant". Chez Steve Hodel, c’est plus grave, d’abord parce qu’il a pas mal bloqué sur l’idée, mais surtout parce que, à l’en croire, son papa à lui était très très méchant, mais alors vraiment méchant, au-delà du dicible. Car George Hodel (c’est papa), bel homme, gros QI, artiste, esthète, chirurgien, homme d’affaires, n’était rien de moins qu’un serial killer, que dis-je ? rien de moins que LE serial killer, l’assassin motivé d’Elisabeth Short alias le Dahlia noir, entre autres. C’est du moins ce dont Steve Hodel veut nous persuader en quelques sept cent quarante pages - tout de même.

Et alors, crédible ou pas ? Dans l’absolu, non. Ni crédible, ni convaincant. Certes, Steve Hodel est un ancien inspecteur du LAPD, ce qui lui confère peut-être une certaine autorité en matière criminelle ; mais Steve est également le fils de George, ce qui nuit un peu au détachement nécessaire de l’enquêteur. Si on examine ce qu’il nous présente (ressasse) en matière de faits... force est de constater que la récolte est maigre : de la graphologie, du zoom Photoshop, des vieux qui se souviennent... Finalement, l’élément à charge le plus sérieux reste l’accusation de viol portée contre George Hodel par sa fille Tamar [1]. Si cette accusation ne peut faire à elle seule de Hodel un Jack l’éventreur, elle confirme que l’homme était doué pour inspirer de la haine à ses enfants. "Maintenant je sais" aurait déclaré James Ellroy - ce qui fait toujours une bonne accroche sur la couverture ; la lecture de la préface qu’il signe est beaucoup moins définitive. Le lecteur vigilant - celui qui ne se laisse pas embarquer par le narrateur - ne pourra pas davantage trancher la question.

Il n’empêche que Steve Hodel réussit à faire figurer son père au nombre des assassins possibles du Dahlia au terme d’une enquête tout à fait passionnante - quoique mal retranscrite (trop de redites) ; c’est déjà un bon point. Ceux qui n’ont pas lu tout Ellroy - il en est malheureusement - s’esbaudiront également des "révélations" concernant la corruption institutionnelle du LAPD des années 40 à 70 (d’après Hodel c’est mieux depuis ;-). Mais ce sont les amateurs de peopleries culturelles qui seront sans doute les plus comblés par le gros pavé noir du fils en colère. En effet, les parents Hodel frayaient (pour dire le moins) avec du beau linge. Notamment Man Ray et John Huston (premier mari de la mère de Steve). Les portraits des deux hommes sont flatteurs :

C’est peu de dire qu’aussi bien philosophiquement qu’esthétiquement Man Ray était un chaud partisan du sadisme. Jamais il ne tenta de cacher ce qu’il pensait de la subjugation et de l’humiliation des femmes. [...] Comme Sade, en effet, il pensait que la femme n’existe que pour le plaisir de l’homme, qui ne peut être accru que par les humiliations, atteintes physiques et douleurs que l’homme inflige à ses partenaires. (P. 125).

Pas davantage, [Tamar] n’aimait le grand ami de mon père et le premier mari de ma mère, John Huston. "Je me moque de savoir le génie qu’il pouvait être. Il a essayé de me violer quand j’avais onze ans [...] il m’était monté dessus dans la salle de bains de la Franklin House et il était complètement saoul. Mais ta mère est arrivée, l’a forcé à me lâcher et m’a sauvée. La seule fois où je l’ai revu, il tenait le rôle de ce type dans Chinatown. (P. 277).

Surprenant les bouquins quelquefois. On achète un livre pour mieux sentir le terreau sur lequel a poussé un chef d’oeuvre [2], le Dahlia noir d’Ellroy, et on se retrouve avec un nouveau regard sur deux artistes. Vivement la rediffusion de Chinatown !

L’Affaire du Dahlia noir /Steve Hodel. - Points Seuil.

[1Demi-soeur de Steve Hodel.

[2Pour les non initiés, le site www.bethshort.com, bien qu’abandonné depuis longtemps par son auteure, reste la meilleure ressource. Attention toutefois : ce site expose des photos qui rappelleront très brutalement aux amateurs de violence littéraire que la réalité dépasse toujours la fiction.