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Le random tour
  1. Pourquoi se narrer ?
  2. sonnet 035
  3. Kantes que ça passe ?
  4. Mystic River
  5. sonnet 105
  6. E la Vespa va (et vogue la vie)
  7. sonnet 069
  8. La lettre aux éditeurs
  9. Les marchands
  10. sonnet 156




Les gazouillis en cours
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Mystic River

plinous, le dimanche 6 juin 2004.

Mystic River de Dennis Lehane n’est pas un polar révolutionnaire, mais un très bon thriller social.

“Ce que je crois, sergent, c’est que mon quartier va bientôt disparaître. Et le crime aussi. Et ce ne sera pas à cause des Savage, des O’Donnell ou de vos interventions. Ce sera à cause des taux d’intérêt qui baissent, des impôts fonciers qui augmentent et de tous ces gens qui veulent revenir s’installer en ville parce que les restaus des banlieues son craignos. et ces gens-là, ils n’ont pas besoin d’héroïne, de six bars par pâté de maisons ou de passes à dix dollars. Ils ont une belle petite vie. Ils aiment leur boulot. Ils ont un avenir, des comptes d’épargne retraite et des super bagnoles allemandes. Alors, quand ils arriveront - et ils sont déjà en train d’arriver - le crime et la moitié du quartier se déplaceront ailleurs.” Voilà, c’est un peu long comme citation, mais le coeur de Mystic River est là.

Que les amateurs se rassurent, ça dessoude dans cette histoire, ça cogne, ça défonce, ça surine ; il s’agit bien d’un polar, il y a un double meurtre et on ne sait vraiment qu’à la fin qui a fait quoi au juste. Mais, comment dire ? Le suspens n’est pas non plus mortel. On entrevoit, on devine, on sent le truc en gros ; Lehanne, bien que ses livres soient adaptés, n’est pas le scénariste hollywoodien obnubilé par la crédibilité des rebondissements qui doivent être nombreux pour toucher le gros chèque. Pour Lehanne, le coupable n’est pas Truc ou machin, le coupable c’est les Flats ("Cradeville"), la misère, un système qui déplace ses pauvres au gré des contingences économiques, et l’adversité que rencontre l’humain en général :

"la vie, c’est pas des lendemains qui chantent, des couchers de soleil et des conneries comme ça. C’est un boulot. L’homme ou la femme que vous aimez est rarement à la hauteur de votre amour. Parce que personne ne peut être à la hauteur de sentiments aussi forts..."

Pour autant, inutile de prévoir le prozac avant d’attaquer Mystic River. Comme tous les bouquins qui se lisent d’un trait, l’expérience est plutôt jubilatoire. Ce qui fait la force de ce roman, c’est que si l’arrière plan sociologique est un personnage de premier plan, il ne mange pas pour autant les "vrais" personnages, les Jimmy, Sean, Celeste, Dave, Annabeth... Leurs personnalités sont si fortes qu’ils insufflent une vie sauvage à cette histoire, une vie qui donne envie de tout savoir, ce qu’ils ont dans le ventre, ce qui les motive, ce qu’ils ont fait. Même s’il est évident que ces acteurs sont avant tout les marionnettes d’un grand théâtre, le théâtre qu’on connaît bien.