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Détachement

plinous, le mardi 27 décembre 2016.

On va mettre à l’écart Maître Eckhart. Ça c’est fait. Oui, parce qu’il y a ce nom dans le rapport Cantal, mais le garçon n’y entravait que dalle, bien entendu. Les mystiques rhénans, Xénophon dans le texte, la théorie des cordes... Y a des iles que tu n’abordes pas en touriste, soyons clairs. By the way, le garçon c’est plinous, qui s’annonce au début des lyrics comme le rappeur.

Et alors, ce détachement ? Rien de cosmique, rien d’élevé, juste ici une opportunité dans la carrière. On te propose de faire, pour une spin-off du ministère, un truc plus motivant, mieux payé, dans le sud. C’est engageant. Addictif une fois que tu as piqué au truc. Tu veut rester délié. Tous les trois ans tu attends ton papier. Courte phase durant laquelle tu ne vis pas dans la sérénité.

Le reste du temps, tu as beaucoup trop de taf pour faire poète, c’est embêtant. Mais pas tant que ça, soyons honnête. D’abord parce qu’il suffit d’éplucher des légumes pour faire de la poésie, cf. Delerm le vieux - l’époque en effet est à la bienveillance. Ensuite parce qu’on te dirait "OK, voilà les sous, fais poète", tu serais catastrophé. Donc tu taffes, tableur, chiffres, RH. Projets, deadline. La Linea : "Ah, mais pourquoi y a pas de lignes ici ?". J’ai pas le temps, je t’ai déjà dit.

En vérité, comme le gars Draper, je me suis pris pour un don. J’allais vendre mon petit manège au prix d’une révolution universelle. Vessie proustienne, lanterne magique. Maintenant que les slogans m’abandonnent, tous les matins je dis bonjour au soleil, je dis OM, libre, cosmocentrique. Tout juste une petite crise sporadique, comme ce 25 décembre où tel Sylvain Durif j’écrivais : "Je suis le nouvel homme".

Des compétences certaines en affabulation remarquez. Et puis ce calme, un calme détaché. Il faut aussi se souvenir du contexte : les machines arrivaient. Écrire pour les humains quand les élites sont déjà trans... Le numérique néo-néo-platonicien. Le ciel des idées n’était qu’un cloud, pas très malin. Les toulousains chantaient qu’il faut se motiver mais bon, Trump, Poutine, des zéros et des huns. D’où blocage sur le vécu quotidien, comme Raynaud sur un pot : Ma pâte à tartiner est forte en cacao.

Ou plus surprenant : le hérisson dans les croquettes du chat. Quid de la grande évasion ? Oh je n’ai jamais rien promis de tel, le titre est très modeste et j’ai dévoilé sa trivialité référentielle. Pas clair, lourd, épais... Je vais te dire ce que j’ai mangé : canapés, foie gras, saumon, œufs de caille, chapon, fromage, gâteau, truffes (chocolat). À boire ? Un début d’inventaire et c’est direct chez les AA. Que faire avec ça ? Au mieux une forme un peu plus longue, une sculpture armanesque ou césarienne, compression d’accumulations, concaténation ? Ce que vous voulez pourvu que ce soit solide. Mais la clarté, non, ça ne va pas être possible.

Les réfugiés ? Non, plus. Ces gens-là sont à l’eau, nous ne sommes pas du même monde. Eh, attends un peu avant de me traiter de chien, moi je vote Mélenchon. [Coup de pistolet au milieu du concert, félicitations !]. Fussé-je doué pour la chansonnette qu’on ne me verrait pas braire avec ces vils enfoirés. La seule compassion, c’est l’action. Et tout le reste n’est que littérature. Mais que d’explications ! Voilà qui pue le Seppuku.

N’incriminons pas les alcools. Le détachement implique à l’ordinaire la tempérance. Le style allusif, l’incapacité à dire simplement l’océan, son émotion, résulte peut-être d’une peur du pédagogique, la terreur de faire travail. Mais plus certainement, c’est ma sociabilité de hyène rayée qui est en cause. Ça et le shrapnel de pensée que je dois ramasser dès que je veux sortir du concret. Et aquabon. Pour le social, les publicitaires ont tout dit, si, tenez : "Le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous". Pour le Mystère, prenez Interstellar. Qui fera mieux que Hollywood ?

Au final donc, rien ne vaut le travail, c’est l’ultime fantaisie. À l’abri derrière les façades de Glass, je soutiens les lasers des yeux ardents du Stress qui hurle sous la super lune. La bataille du Powerpoint est une épopée qu’il faut vivre imprégné de musique. Je sens même que j’aurais la force de fredonner lors du prochain stage management. Comme dit si bien Dédé, l’important c’est de participer. Il faut se détacher de l’illusion que la vie est ailleurs, c’est ça le détachement.

Se désidérer serait un désastre selon l’étymologiste Quignard. Pourtant, le laptop sur les cuisses, irradié par le cristal liquide qui éteint mon regard et comme fasciné par le curseur qui clignote, je sens bien que le désastre c’est la sidération. Ces mots que personne n’attend, pourquoi les mettre au monde ? Là aussi le malthusianisme s’impose. Alors concluons, n’en déplaise au gros Gustave. Mais comment ? Tout finir par un fuck serait par trop vulgaire ? Stanley n’a pas hésité pourtant. Stanley, le gars du mégalithe qui fait plus mal à la tête que le Rubik’s cube, tu vois pas ? C’est dommage, un peu.