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Tout est dans la correspondance

plinous, le mercredi 14 avril 2010.

Parce que l’œuvre de Flaubert est livrée sans mode d’emploi, voici quelques extraits de la Correspondance qui peuvent aider :

.amitié

À sa mère, 9 février 1851

Il n’y a rien de plus inutile que ces amitiés héroïques qui demandent des circonstances pour se prouver.

.art

À Louise Colet, 12 août 1846

Et puis suffit-il d’être possédé d’un sentiment pour l’exprimer ? Y a-t-il une chanson de table qui ait été écrite par un homme ivre ? Il ne faut pas toujours croire que le sentiment soit tout. Dans les arts, il n’est rien sans la forme. Tout cela est pour dire que les femmes qui ont tant aimé ne connaissent pas l’amour pour en avoir été trop préoccupées ; elles n’ont pas un appétit désintéressé du Beau. Il faut toujours, pour elles, qu’il se rattache à quelque chose, à un but, à une question pratique ; elles écrivent pour se satisfaire le coeur, mais non par l’attraction de l’Art, principe complet de lui-même et qui n’a pas plus besoin d’appui qu’une étoile. Je sais très bien que ce ne sont pas là tes idées ; mais ce sont les miennes. Plus tard je te les développerai avec netteté et j’espère te convaincre, toi qui es née poète.

À Louise Colet, 27 mars 1852

Il y aurait un beau livre à faire sur la littérature probante ; du moment que vous prouvez, vous mentez. Dieu sait le commencement et la fin ; l’homme, le milieu. L’Art, comme Lui dans l’espace, doit rester suspendu dans l’infini, complet en lui-même, indépendant de son producteur.

À Louise Colet, 24 avril1852

Plus il ira, plus l’Art sera scientifique, de même que la science deviendra artistique. Tous deux se rejoindront au sommet après s’être séparés à la base.

À Louise Colet, 26 juillet 1852

Ce que vous faites n’est pas pour vous, mais pour les autres. L’Art n’a rien à démêler avec l’artiste. Tant pis s’il n’aime pas le rouge, le vert ou le jaune ; toutes les couleurs sont belles, il s’agit de les peindre.

À Louis Bonnenfant, 12 décembre 1856

La morale de l’Art consiste dans sa beauté même, et j’estime par-dessus tout d’abord le style, et ensuite le Vrai. [1]

À Amédée Pommier, 8 septembre 1860

Les oeuvres d’art qui me plaisent par-dessus toutes les autres sont celles où l’art excède. J’aime dans la peinture, la Peinture ; dans les vers, le Vers.

À Mademoiselle Leroyer de Chantepie, 23 octobre 1863

l’Art ne doit servir de chaire à aucune doctrine sous peine de déchoir ! On fausse toujours la réalité quand on veut l’amener à une conclusion qui n’appartient qu’à Dieu seul.

À Edma Roger des Genettes, fin novembre 1864 [2].(p.416 Pléiade)

Ce qui me désole au fond, c’est la conviction où je suis de faire une chose inutile, je veux dire contraire au but de l’Art, qui est l’exaltation vague. Or, avec les exigences scientifiques que l’on a maintenant et un sujet bourgeois, la chose me semble radicalement impossible. La beauté n’est pas compatible avec la vie moderne. Aussi est-ce la dernière fois que je m’en mêle ; j’en ai assez.

À George Sand, 15 décembre 1866

Je crois que le grand art est scientifique et impersonnel.

À sa nièce Caroline, 2 décembre 1873

On devrait faire de l’art exclusivement pour soi : on n’en aurait que les jouissances. Mais, dès qu’on veut faire sortir son oeuvre du « silence du cabinet » on souffre trop, surtout quand on est, comme moi, un véritable écorché. Le moindre contact me déchire. je suis, plus que jamais, irascible, intolérant, insociable, exagéré, Saint-Polycarpien [1]. Ce n’est pas à mon âge qu’on se corrige !

À George Sand, fin décembre 1875

Quant à mes "manques de conviction", hélas ! mes convictions m’étouffent. J’éclate de colère et d’indignations rentrées. Mais dans l’idéal que j’ai de l’Art, je crois qu’on ne doit rien montrer, des siennes, et que l’artiste ne doit pas plus apparaître dans son œuvre que Dieu dans la nature. L’homme n’est rien, l’œuvre tout !

.bal

À Louis Bouilhet, 13 mars 1850

Je marchais, poussant mes pieds devant moi et songeant à des matinées analogues... À une entre autres, chez le marquis de Pomereu, au Héron, après un bal. Je ne m’étais pas couché et le matin j’avais été me promener en barque sur l’étang, tout seul, dans mon habit de collège. Les cygnes me regardaient passer et les feuilles des arbustes retombaient dans l’eau. C’était peu de jours avant la rentrée ; j’avais quinze ans. [3]

.Balzac

À Louise Colet, 16 décembre 1852

Aussi je crois que le roman ne fait que de naître, il attend son Homère. Quel homme eût été Balzac, s’il eût su écrire ! Mais il ne lui a manqué que cela. Un artiste, après tout, n’aurait pas tant fait, n’aurait pas eu cette ampleur.

À Louise Colet, 270décembre 1852

As-tu lu un livre de Balzac qui s’appelle Louis Lambert ? Je viens de l’achever il y a cinq minutes ; il me foudroie. C’est l’histoire d’un homme qui devient fou à force de penser aux choses intangibles. Cela s’est cramponné à moi par mille hameçons. Ce Lambert, à peu de choses près, est mon pauvre Alfred [4]. J’ai trouvé là de nos phrases (dans le temps) presque textuelles : les causeries des deux camarades au collège sont celles que nous avions, ou analogues. Il y a une histoire de manuscrit dérobé par les camarades et avec des réflexions du maître d’études qui m’est arrivée, etc., etc. Te rappelles-tu que je t’ai parlé d’un roman métaphysique (en plan), où un homme, à force de penser, arrive à avoir des hallucinations au bout desquelles le fantôme de son ami lui apparaît, pour tirer la conclusion (idéale, absolue) des prémisses (mondaines, tangibles) ? Eh bien, cette idée est là indiquée, et tout ce roman de Louis Lambert en est la préface

À sa nièce Caroline, 31 décembre 1876

J’ai lu la Correspondance de Balzac. Eh bien, c’est pour moi une lecture édifiante. Pauvre homme ! quelle vie ! comme il a souffert et travaillé ! - Quel exemple ! ll n’est plus permis de se plaindre quand on connaît les tortures par où il a passé, — et on l’aime. Mais quelle préoccupation de l’argent ! et comme il s’inquiète peu de l’Art ! Pas une fois il n’en parle ! II ambitionnait la Gloire, mais non le Beau. D’ailleurs que d’étroitesses, légitimiste, catholique, collectionneur, rêvant la Députation et l’Académie française ! Avec tout cela, ignorant comme un pot et provincial jusque dans les moelles : le luxe l’épate. Sa plus grande admiration littéraire est pour Walter Scott !

.Bouvard et Pécuchet

À Edma Roger des Genettes, 19 août 1872

Je vais commencer un livre qui va m’occuper pendant plusieurs années. Quand il sera fini, si les temps sont plus prospères, je le ferai paraître en même temps que Saint Antoine. C’est l’histoire de ces deux bonshommes qui copient, une espèce d’encyclopédie critique en farce.

À Léonie Brainne, 5 octobre1872

Tout cela dans l’unique but de cracher sur mes contemporains le dégoût qu’ils m’inspirent. je vais enfin dire ma manière de penser, exhaler mon ressentiment, vomir ma haine, expectorer mon fiel, éjaculer ma colère, déterger mon indignation. - Et je dédierai mon bouquin aux mânes de saint Polycarpe [5].

.commune

À Ernest Feaydeau, 29 juin 1871

Je n’ai aucune haine contre les Communeux, pour la raison que je ne hais pas les chiens enragés.

.critique

À Louise Colet, 28 juin 1853

La critique est au dernier échelon de la littérature, comme forme presque toujours, et comme valeur morale, incontestablement. Elle passe après le bout rimé et l’acrostiche, lesquels demandent au moins un travail d’invention quelconque.

.delirium

De Louis Bouilhet, 27 avril 1861

J’ai aussi mon crapaud, toujours à la même place, et toujours avec la même note. L’élève crapaud = peu de progrès en musique ; crapaud, premier prix de crapaud !

À Louis Bouilhet, 26 juin 1863

Je ne sais pas si dans le Céleste Empire on a chaud ? Mais ici on casse-pète de chaleur. On atmosphère-habit-sue, on flanelle-mouille, on entre-fesson-coule, on aiselle-pue, on botte-gêne-pieds, on peau-cuit, on étouffe, on râle, on crêve !

De Louis Bouilhet, 25 décembre 1867

Adieu, vieux Vicaire, bonne pioche comme devant. J’attends lettre - Toi répondre, si toi pouvoir - Rhume gros - Pine pas raide - Naissance du Christ - Mes couilles !...

.désir

À Louis Bouilhet, 13 mars 1850

Eh bien ! je n’ai pas baisé [6], exprès, par parti pris, afin de garder la mélancolie de ce tableau et faire qu’il restât plus profondément en moi. Aussi je suis parti avec un grand éblouissement, et que j’ai gardé. Il n’y a rien de plus beau que ces femmes vous appelant. Si j’eusse baisé, une autre image serait venue par-dessus celle-là et en aurait atténué la splendeur. [7]

.Dictionnaire des idées reçues

À Louis Bouilhet, 4 septembre 1850

Tu fais bien de songer au Dictionnaire des idées reçues. Ce livre complètement fait et précédé d’une bonne préface où l’on indiquerait comme quoi l’ouvrage a été fait dans le but de rattacher le public à la tradition, à l’ordre, à la convention générale, et arrangée de telle manière que le lecteur ne sache pas si on se fout de lui, oui ou non, ce serait peut-être une oeuvre étrange et capable de réussir, car elle serait toute d’actualité. [8]

.Du Camp

À Louise Colet, 9 décembre 1852

J’ai lu le Livre posthume ; est-ce pitoyable, hein ? Je ne sais pas ce que tu en as dit à Bouilhet, mais il me semble que notre ami se coule. Il y a loin de là à Tagabor. On y sent un épuisement radical ; il joue de son reste et souffle sa dernière note. Ce qui m’a particulièrement fait rire, c’est que lui, qui me reproche tant de me mettre en scène dans tout ce que je fais, parle sans cesse de lui ; il se complaît jusqu’à son portrait physique. Ce livre est odieux de personnalité et de prétentions de toute nature. S’il me demande jamais ce que j’en pense, je te promets bien que je lui dirai ma façon de penser entière et qui ne sera pas douce. Comme il ne m’a pas épargné du tout les avis quand je ne le priais nullement de m’en donner, ce ne sera que rendu. Il y a dedans une petite phrase à mon intention et faite exprès pour moi : "La solitude qui porte à ses deux sinistres mamelles l’égoïsme et la vanité". Je t’assure que ça m’a bien fait rire. Égoïsme, soit ; mais vanité, non. L’orgueil est une bête féroce qui vit dans les cavernes et dans les déserts. La vanité au contraire, comme un perroquet, saute de branche en branche et bavarde en pleine lumière. Je ne sais si je m’abuse (et ici ce serait de la vanité), mais il me semble que dans tout le Livre posthume il y a une vague réminiscence de Novembre et un brouillard de moi, qui pèse sur le tout ; ne serait-ce que le désir de Chine à la fin [...] Du Camp ne sera pas le seul sur qui j’aurai laissé mon empreinte. Le tort qu’il a eu c’est de la recevoir. Je crois qu’il a agi très naturellement en tâchant de se dégager de moi. Il suit maintenant sa voie ; mais en littérature, il se souviendra de moi longtemps.

À Louise Colet, 7 octobre 1853

L’ami Max a commencé à publier son Voyage en Égypte. Le Nil pour faire pendant à Le Rhin ! C’est curieux de nullité. Je ne parle pas du style, qui est archiplat et cent fois pire encore que dans le Livre posthume. Mais comme fond, comme faits, il n’y a rien ! Les détails qu’il a le mieux vus et les plus caractéristiques dans la nature, il les oublie. Toi qui as lu mes notes, tu seras frappée de cela. Quelle dégringolade rapide ! [9]

.écriture

À Louise Colet, 22 avril 1854

On ne dira jamais de moi ce qu’on dit de toi dans le sublime prospectus de la Librairie nouvelle : "Tous ses travaux concourent à ce but élevé" (l’aspiration d’un meilleur avenir). Non, il ne faut chanter que pour chanter. Pourquoi l’Océan remue-t-il ? Quel est le but de la nature ? Eh bien ! je crois le but de l’humanité exactement le même. Cela est parce que cela est, et vous n’y ferez rien, braves gens.

À Mademoiselle Leroyer de Chantepie, 4 septembre 1858

Pourquoi ne travaillez-vous pas davantage ? Le seul moyen de supporter l’existence, c’est de s’étourdir dans la littérature comme dans une orgie perpétuelle. Le vin de l’Art cause une longue ivresse et il est inépuisable. C’est de penser à soi qui rend malheureux.

À Ernest Feydeau, 28 décembre 1858

La partie faible de style, c’est le dialogue, quand il n’est pas important de fond. Tu ignores l’art de mettre dans une conversation les choses nécessaires en relief, en passant lestement sur ce qui les amène. Je trouve cette observation très importante. Un dialogue, dans un livre, ne représente pas plus la vérité vraie (absolue) que tout le reste ; il faut choisir et y mettre des plans successifs, des gradations et des demi-teintes, comme dans une description.

À sa nièce Caroline, 18 avril 1864

Je me suis remis à travailler, mais ça ne va pas du tout ! J’ai peur de n’avoir plus de talent et d’être devenu un pur crétin, un goitreux des Alpes.

De Louis Bouilhet, 22 octobre 1864

Mon cher vieux, si notre correspondance complète tombe jamais entre les mains d’un étranger, il y verra un assez sinistre échange de douleurs et de désespoir [...] Nous ne sommes pas gais, en effet, mais il ne fallait pas prendre ce métier fatal, le plus horrible que je connaisse ;

À George Sand, 27 mars 1875

Je n’attends plus ien de la vie qu’une suite de feuilles de papier à barbouiller de noir. Il me semble que je traverse une solitude sans fin, pour aller je ne sais où, et c’est moi qui suis tout à la fois le désert, le voyageur et le chameau !

.écriture et pouvoir

À Guy de Maupassant, 19 février 1880

Quand on écrit bien, on a contre soi deux ennemis : 1° le public, parce que le style le contraint à penser, l’oblige à un travail ; et 2° le gouvernement, parce qu’il sent en nous une force, et que le pouvoir n’aime pas un autre pouvoir.

.Éducation sentimentale

De Caroline Flaubert à son frère Gustave, 3 avril 1843

...on dit que tu fais un dîner un peu soigné tous les mercredis [10].

A sa mère, 15 décembre 1850

Ce brave Ernest [11] ! Le voilà donc marié, établi et toujours magistrat par-dessus le marché ! Quelle balle de bourgeois et de monsieur ! Comme il va bien plus que jamais défendre l’ordre, la famille et la propriété ! Il a du reste la marche normale. Lui aussi, il a été artiste, il portait un couteau-poignard et rêvait des plans de drames. Puis ç’a été un étudiant folâtre du quartier latin ; il appelait "sa maîtresse" une grisette du lieu que je scandalisais par mes discours, quand j’allais le voir dans son fétide ménage.

À Louise Colet, 2 janvier 1854

On a exécuté ces jours-ci, à Provins, un jeune homme qui avait assassiné un bourgeois et une bourgeoise, puis violé la servante sur place et bu toute la cave. Or, pour voir guillotiner cet excentrique... [12]

À Aglaé Sabatier, 1er mars 1856

RÊVE : VIEILLE, CHAPEAU, PRÉSIDENTE

J’étais couché dans un grand lit Louis XIV à balustres d’or et garni aux quatre coins de plumes d’autruche. [13]

À Mademoiselle Leroyer de Chantepie, 6 octobre 1864

Je veux faire l’histoire morale des hommes de ma génération ; "sentimentale" serait plus vrai. C’est un livre d’amour, de passion ; mais de passion telle qu’elle peut exister maintenant, c’est-à-dire inactive. Le sujet, tel que je l’ai conçu, est, je crois, profondément vrai, mais, à cause de cela même, peu amusant probablement.

De Louis Bouilhet, 30 août 1867

Je t’exhorte à ne pas douter de ton roman. Il sera très bon, dans le sens réaliste que tu as voulu.

À Jules Duplan, 2 septembre 1868

Voilà ce qui m’arrive : j’avais fait un voyage de Fontainebleau avec retour par le chemin de fer, quand un doute m’a pris et je me suis convaincu, hélas ! Qu’en 1848 il n’y avait pas de chemin de fer de Paris à Fontainebleau. Cela me fait deux passages à démolir et à recommencer !

À sa nièce Caroline, 14 octobre 1869

J’ai fait L’Éducation sentimentale, en partie pour Sainte-Beuve. Il sera mort sans en connaître une ligne.

De George Sand, 18 et 19 décembre 1875

On veut trouver l’homme au fond de toute histoire et de tout fait. Ç’a été le défaut de L’Éducation sentimentale, à laquelle j’ai tant réfléchi depuis, me demandant pourquoi tant d’humeur contre un ouvrage si bien fait et si solide. Ce défaut c’était l’absence d’action des personnages sur eux-mêmes. Ils subissaient le fait et ne s’en emparaient jamais.

De George Sand, 12 janvier 1876

Ce que le lecteur veut, avant tout, c’est de pénétrer notre pensée, et c’est là ce que tu lui refuses avec hauteur. Il croit que tu le méprises et que tu veux te moquer de lui. Je t’ai compris, moi, parce que je te connaissais. Si on m’eût apporté ton livre sans signature, je l’aurais trouvé beau mais étrange, et je me serais demandé si tu étais un immoral, un sceptique, un indifférent ou un navré.

À Joris-Karl Huysmans, mars 1879

La dédicace où (vous) me louez pour L’Éducation Sentimentale m’a éclairé sur le plan et le défaut de votre roman dont, à la première lecture, je ne m’étais pas rendu compte. Il manque aux Soeurs Vatard, comme à L’Éducation Sentimentale, la fausseté de la perspective ! Il n’y a pas progression d’effet. Le lecteur, à la fin du livre, garde l’impression qu’il avait dès le début.

À Edma Roger des Genettes, 8 octobre 1879

Pourquoi ce livre-là n’a-t-il pas eu le succès que j’en attendais ? Robin en a peut-être découvert la raison. C’est trop vrai et, esthétiquement parlant, il y manque : la fausseté de la perspective. A force d’avoir bien combiné le plan, le plan disparaît. Toute œuvre d’art doit avoir un point, un sommet, faire la pyramide, ou bien la lumière doit frapper sur un point de la boule. Or rien de tout cela dans la vie. Mais l’Art n’est pas la Nature ! N’importe ! je crois que personne n’a poussé la probité plus loin. Quant à la conclusion, je vous avoue que j’ai gardé sur le cœur toutes les bêtises qu’elle a fait dire.

.Église

À Ernest Feydeau, mai 1873

Les ecclésiastiques de la Seine-Inférieure se signalent par leurs débordements. Le vicaire d’Harfleur vient d’être condamné à vingt ans de galères pour avoir effondré plusieurs de ses jeunes paroissiens. Et celui de Canteleu qui s’appelle Chalumeau a été surpris souillant le cimetière des protestants avec deux jeunes filles. Il y a encore une anecdote, mais je manque de détails. N’importe ! Tu vois que l’ordre se rétablit. Ça rassure.

.femmes

À Louise Colet, 7 octobre1852

Les femmes se défient trop des hommes en général et pas assez en particulier (pénètre-toi de cette vérité). Elles nous jugent tous comme des monstres, mais au milieu des monstres il y a un ange (un coeur d’élite, etc.). Nous ne sommes ni monstres ni anges.

À Louise Colet, 1er juin 1853

C’est peut-être un goût pervers, mais j’aime la prostitution et pour elle-même, indépendamment de ce qu’il y a en dessous. Je n’ai jamais pu voir passer aux feux du gaz une de ces femmes décolletées, sous la pluie, sans un battement de coeur, de même que les robes des moines avec leur cordelière à noeuds me chatouillent l’âme en je ne sais quels coins ascétiques et profonds. Il se trouve, en cette idée de la prostitution, un point d’intersection si complexe, luxure, amertume, néant des rapports humains, frénésie du muscle et sonnement d’or, qu’en y regardant au fond le vertige vient, et on apprend là tant de choses ! Et on est si triste ! Et on rêve si bien d’amour !

D’Edmond Goncourt, 24 novembre 1869

[Frédéric Moreau] a dans votre livre toutes les qualités et tous les défauts avec lesquels on manque sa vie, mais le type, il faut s’y attendre, ne plaira pas aux femmes, elles trouveront qu’il ne leur prend pas assez vite le cul et par contrecoup cela nuira à Gustave près des cocottes honnêtes ou déshonnêtes. [14]

.Figaro

À la princesse Mathilde, 16 avril 1879

Quant au Figaro, et tout ce qui y tient de près ou de loin, je le hais, cordialement. Son inventeur est crevé, tant mieux ! Voilà le fond de mon opinion.

.forme et idée

À Mademoiselle Leroyer de Chantepie, 12 décembre 1857

Vous me dites que je fais trop attention à la forme. Hélas ! c’est comme le corps et l’âme ; la forme et l’idée, pour moi, c’est tout un et je ne sais pas ce qu’est l’un sans l’autre. Plus une idée est belle, plus la phrase est sonore ; soyez-en sûre. La précision de la pensée fait (et est elle-même) celle du mot.

.histoire

À Edma Roger des Genettes, 1861 (p.191 Pléiade)

Les dieux n’étant plus et le Christ n’étant pas encore, il y a eu, de Cicéron à Marc-Aurèle, un moment unique où l’homme seul a été.

À Edma Roger des Genettes, novembre 1864

...chacun est libre de regarder l’histoire à sa façon, puisque l’histoire n’est que la réflexion du présent sur le passé, et voilà pourquoi elle est toujours à refaire.

À Mademoiselle Leroyer de Chantepie, 16 janvier 1866

Ce qu’il y a de considérable dans l’histoire, c’est un petit troupeau d’hommes (trois ou quatre cents par siècle, peut-être) et qui depuis Platon jusqu’à nos jours n’a pas varié ; ce sont ceux-là qui ont tout fait et qui sont la conscience du monde. Quant aux parties basses du corps social, vous ne les élèverez jamais. Quand le peuple ne croira plus à l’Immaculée Conception, il croira aux tables tournantes. Il faut se consoler de cela et vivre dans une tour d’ivoire. Ce n’est pas gai, je le sais ; mais, avec cette méthode, on n’est ni dupe ni charlatan.

À Mademoiselle Leroyer de Chantepie, 24 janvier 1868

Je ne pense pas comme vous qu’on soit à la veille d’une guerre religieuse : la Foi manque trop de part et d’autre. Nous sommes dans le temps de la blague, et rien de plus. Tant pis pour les gens comme nous qu’elle n’amuse pas.

À Mademoiselle Leroyer de Chantepie, 28 décembre 1868

Je connais le livre de Ténot, qui ne m’a rien appris de neuf, car j’ai assisté de ma personne au coup d’État, et j’ai même manqué rester sur le trottoir. Des gens ont été tués sous mes yeux ; je ne sais comment je l’ai échappé.

.honneurs

À Léonie Brainne, 10-11 décembre 1878

Les honneurs déshonorent [15], le titre dégrade, la fonction abrutit.

.Hugo

À Edma Roger des Genettes, 1862 (p.235 Pléiade)

[...] une série de rengaines aussi vieilles que Les Misérables. Mais il n’est pas permis d’en dire du mal. On a l’air d’un mouchard. La position de l’auteur est inexpugnable, inattaquable. - Moi qui ai passé ma vie à l’adorer, je suis présentement indigné !

À Edma Roger des Genettes, 1er mai 1874

Le Quatre-vingt-treize du père Hugo me paraît au-dessus de ses derniers romans ; j’aime beaucoup la moitié du premier volume, la marche dans les bois, le débarquement du marquis, et le massacre de la Saint-Barthélemy, ainsi que tous les paysages ; mais quels bonshommes en pain d’épices que ses bonshommes ! Tous parlent comme des acteurs. Le don de faire des êtres humains manque à ce génie. S’il avait eu ce don-là, Hugo aurait dépassé Shakespeare.

.idées reçues

À Léonnie Brainne, 14 juin 1872

Je ne suis point "ennemi d’une bonne gaieté", comme dit Prudhomme, mais quand je vois l’empire des idées reçues [16] s’étendre jusqu’aux choses ou la Fantaisie doit régner, je m’insurge violemment.

.illustration

À Ernest Duplan, 12 juin 1862

Jamais, moi vivant, on ne m’illustrera, parce que : la plus belle description littéraire est dévorée par le plus piètre dessin. Du moment qu’un type est fixé par le crayon, il perd ce caractère de généralité, cette concordance avec mille objets connus qui font dire au lecteur : "j’ai vu cela" ou "cela doit être". Une femme dessinée ressemble à une femme, voilà tout. L’idée est dès lors fermée, complète, et toutes les phrases sont inutiles, tandis qu’une femme écrite fait rêver à mille femmes. Donc, ceci étant une question d’esthétique, je refuse formellement toute espèce d’illustration.

À Alfred Baudry, 1867-1868, p.718 Pléiade

Je ne suis nullement de votre avis, étant l’ennemi né des textes qui expliquent les dessins et des dessins qui expliquent les textes, ma conviction est là-dessus radicale et fait partie de mon esthétique. [...] L’explication d’une forme artistique par une autre forme d’une autre espèce est une monstruosité.

.ironie

À Mademoiselle Leroyer de Chantepie, 30 mars 1857

Ce qui m’a gardé de la débauche, ce n’est pas la vertu, mais l’ironie. La bêtise du vice me fait encore plus rire de pitié que la turpitude ne me dégoûte.

.Islam

À Edma Roger des Genettes, 1er mars 1878

Cette prétention de défendre l’Islamisme (qui est en soi une monstruosité) m’exaspère. Je demande, au nom de l’humanité, à ce qu’on broie la Pierre-Noire, pour en jeter les cendres au vent, à ce qu’on détruise la Mecque, et que l’on souille la tombe de Mahomet. Ce serait le moyen de démoraliser le Fanatisme.

.Lamartine

À Louise Colet, 24 avril 1852

Causons un peu de Graziella. C’est un ouvrage médiocre, quoique la meilleure chose que Lamartine ait faite en prose [...] Et d’abord, pour parler clair, la baise-t-il ou ne la baise-t-il pas ? Ce ne sont pas des êtres humains, mais des mannequins. Que c’est beau, ces histoires d’amour où la chose principale est tellement entourée de mystère que l’on ne sait à quoi s’en tenir, l’union sexuelle étant reléguée systématiquement dans l’ombre comme boire, manger, pisser, etc.! [...] Ô hypocrite ! S’il avait raconté l’histoire vraie, que c’eût été plus beau ! Mais la vérité demande des mâles plus velus que M. de Lamartine. [...] Mais c’est que Naples n’est pas ennuyeux du tout. Il y a de charmantes femelles, et pas cher. Le sieur de Lamartine tout le premier en profitait, et celles-là sont aussi poétiques dans la rue de Tolède que sur la Margellina. Mais non ; il faut faire du convenu, du faux. Il faut que les dames vous lisent. Ah mensonge ! Mensonge ! Que tu es bête !

Il y aurait eu moyen de faire un beau livre avec cette histoire, en nous montrant ce qui s’est sans doute passé : un jeune homme à Naples, par hasard, au milieu de ses autres distractions, couchant avec la fille d’un pêcheur et l’envoyant promener ensuite, laquelle ne meurt pas, mais se console, ce qui est plus ordinaire et plus amer. (La fin de Candide est ainsi pour moi la preuve criante d’un génie de premier ordre. La griffe du lion est marquée dans cette conclusion tranquille, bête comme la vie.) Cela eût exigé une indépendance de personnalité que Lamartine n’a pas, ce coup d’oeil médical de la vie, cette vue du Vrai, enfin, qui est le seul moyen d’arriver à de grands effets d’émotion

.Madame Bovary

À Louise Colet, fin décembre 1846 (p.421 Pléiade)

amor nel cor

Inscription sur un cachet que Louise Colet aurait offert à Flaubert qui l’a reprise dans Madame Bovary [17]. Dans Le Monde illustré du 29 janvier 1859, Louise Colet publie un poème intitulé Amor nel cor :

C’était pour lui, pour lui, qu’elle aimait comme un Dieu ;
Pour lui, dur au malheur, grossier envers la femme.
Hélas ! elle était pauvre, elle donnait bien peu,
Mais tout don est sacré quand il renferme une âme.

Eh bien ! dans un roman de commis voyageur
Qui comme un air malsain nous soulève le coeur,
Il a raillé ce don en une phrase plate
Mais il garde pourtant le beau cachet d’agate.

À sa mère, 14 novembre 1850

hier nous avons vu La Lucia [18]

De Maxime Du Camp, 23 juillet 1851

Que fais-tu ? que décides-tu ? que travailles-tu ? qu’écris-tu ? as-tu pris un parti ? est-ce toujours Dom Juan ? [19] est-ce l’histoire de Mme Delamarre qui est bien belle ? [20]

À Louise Colet, 31 janvier 1852

Oh ! Quelle polissonne de chose que le style ! Tu n’as point, je crois, l’idée du genre de ce bouquin. Autant je suis débraillé dans mes autres livres, autant dans celui-ci je tâche d’être boutonné et de suivre une ligne droite géométrique. Nul lyrisme, pas de réflexions, personnalité de l’auteur absente. Ce sera triste à lire ; il y aura des choses atroces de misères et de fétidité.

À Louise Colet, 27 mars 1852

J’ai fini ce soir de barbouiller la première idée de mes rêves de jeune fille. J’en ai pour quinze jours encore à naviguer sur ces lacs bleus, après quoi j’irai au bal et passerai ensuite un hiver pluvieux, que je clorai par une grossesse. Et le tiers de mon livre à peu près sera fait.

À Louise Colet, 15-16 mai 1852

Sais-tu à quoi j’ai passé tout mon après-midi avant-hier ? à regarder la campagne par des verres de couleur ; j’en avais besoin pour une page de ma Bovary qui, je crois, ne sera pas une des plus mauvaises. [21]

À Louise Colet, 13 juin 1852

...franchement Bovary m’ennuie. Cela tient au sujet et aux retranchements perpétuels que je fais. Bon ou mauvais, ce livre aura été pour moi un tour de force prodigieux, tant le style, la composition, les personnages et l’effet sensible sont loin de ma manière naturelle. Dans Saint Antoine j’étais chez moi. Ici, je suis chez le voisin ; aussi je n’y trouve aucune commodité.

À Louise Colet, 26 juin 1852

Bovary m’assomme. J’ai écrit de toute ma semaine trois pages, et encore dont je ne suis pas enchanté. Ce qui est atroce de difficulté c’est l’enchaînement des idées et qu’elles dérivent bien naturellement les unes des autres.

À Louise Colet, 13 septembre 1852

Ce que j’écris présentement risque d’être du Paul de Kock si je n’y mets une forme profondément littéraire. Mais comment faire du dialogue trivial qui soit bien écrit ? Il le faut pourtant, il le faut. Puis, quand je vais être quitte de cette scène d’auberge, je vais tomber dans un amour platonique déjà ressassé par tout le monde et, si j’ôte de la trivialité, j’ôterai de l’ampleur. Dans un bouquin comme celui-là, une déviation d’une ligne peut complètement m’écarter du but, me le faire rater tout à fait. Au point où j’en suis, la phrase la plus simple a pour le reste une portée infinie.

À Louise Colet, 19 septembre 1852

Que ma Bovary m’embête ! Je commence à m’y débrouiller pourtant un peu. Je n’ai jamais de ma vie rien écrit de plus difficile que ce que je fais maintenant, du dialogue trivial ! Cette scène d’auberge va peut-être me demander trois mois, je n’en sais rien. J’en ai envie de pleurer par moments, tant je sens mon impuissance. Mais je crèverai plutôt dessus que de l’escamoter. J’ai à poser à la fois dans la même conversation cinq ou six personnages (qui parlent), plusieurs autres (dont on parle), le lieu où l’on est, tout le pays, en faisant des descriptions physiques de gens et d’objets, et à montrer au milieu de tout cela un monsieur et une dame qui commencent (par une sympathie de goûts) à s’éprendre un peu l’un de l’autre. Si j’avais de la place encore ! Mais il faut que tout cela soit rapide sans être sec, et développé sans être épaté, tout en me ménageant, pour la suite, d’autres détails qui là seraient plus frappants. Je m’en vais faire tout rapidement et procéder par grandes esquisses d’ensemble successives ; à force de revenir dessus, cela se serrera peut-être. La phrase en elle-même m’est fort pénible. Il me faut faire parler, en style écrit, des gens du dernier commun, et la politesse du langage enlève tant de pittoresque à l’expression !

À Louise Colet, 6 avril 1853

Saint Antoine ne m’a pas demandé le quart de la tension d’esprit que la Bovary me cause. C’était un déversoir ; je n’ai eu que plaisir à écrire, et les dix-huit mois que j’ai passés à en écrire les 500 pages ont été les plus profondément voluptueux de toute ma vie. Juge donc, il faut que j’entre à toute minute dans des peaux qui me sont antipathiques. Voilà six mois que je fais de l’amour platonique, et en ce moment je m’exalte catholiquement au son des cloches, et j’ai envie d’aller en confesse !

À Louise Colet, 21 mai 1853

...pour le corps même du roman, pour l’action, pour la passion agissante, il ne me restera guère que 120 à 140 pages, tandis que les préliminaires en auront plus du double. J’ai suivi, j’en suis sûr, l’ordre vrai, l’ordre naturel. On porte vingt ans une passion sommeillante qui n’agit qu’un seul jour et meurt.

À Louise Colet, 26 mai 1853

Oui, cela a bien marché aujourd’hui. Je me suis à peu près débarrassé d’un dialogue archi-coupé, fort difficile. J’ai écrit aux deux tiers une phrase "pohétique" et esquissé trois mouvements de mon pharmacien qui me faisaient à la fois beaucoup rire et grand dégoût, tant ce sera fétide d’idée et de tournure. J’en ai pour jusqu’à la fin du mois de juin, de cette première partie. J’ai relu presque tout. Le commencement sera à récrire, ou du moins à corriger fortement. C’est lâche et plein de répétitions. Je cherchais la manière qui, plus loin, est trouvée. Ça ne m’a pas semblé long et il y a de bonnes choses, mais par-ci par-là certains chics pittoresques inutiles, manie de peindre quand même, qui coupe le mouvement et quelquefois la description elle-même et qui donne ainsi, parfois, un caractère étroit à la phrase.

À Louise Colet, 22 juillet 1853

J’ai eu, aujourd’hui, un grand succès. Tu sais que nous avons eu hier le bonheur d’avoir Monsieur Saint-Arnaud [22]. Eh bien j’ai trouvé ce matin, dans le Journal de Rouen, une phrase du maire lui faisant un discours, laquelle phrase j’avais, la veille, écrite textuellement dans la Bovary (dans un discours de préfet, à des Comices agricoles). Non seulement c’était la même idée, les mêmes mots, mais les mêmes assonances de style. Je ne cache pas que ce sont de ces choses qui me font plaisir. Quand la littérature arrive à la précision de résultat d’une science exacte, c’est roide.

À Louise Colet, 30 septembre 1853

Me voilà à peu près au milieu de mes comices (j’ai fait quinze pages ce mois, mais non finies). Est-ce bon ou mauvais ? Je n’en sais rien. Quelle difficulté que le dialogue, quand on veut surtout que le dialogue ait du caractère ! Peindre par le dialogue et qu’il n’en soit pas moins vif, précis et toujours distingué en restant même banal, cela est monstrueux et je ne sache personne qui l’ait fait dans un livre. Il faut écrire les dialogues dans le style de la comédie et les narrations avec le style de l’épopée.

À Louise Colet, 12 octobre 1853

Mes comices m’embêtaient tellement que j’ai lâché là, pour jusqu’à ce qu’ils soient finis, grec et latin. Et je ne fais plus que ça à partir d’aujourd’hui. ça dure trop ! Il y a de quoi crever, et puis je veux t’aller voir.

Bouilhet prétend que ce sera la plus belle scène du livre. Ce dont je suis sûr, c’est qu’elle sera neuve et que l’intention en est bonne. Si jamais les effets d’une symphonie ont été reportés dans un livre, ce sera là. Il faut que ça hurle par l’ensemble, qu’on entende à la fois des beuglements de taureaux, des soupirs d’amour et des phrases d’administrateurs. Il y a du soleil sur tout cela, et des coups de vent qui font remuer les grands bonnets.

À Louise Colet, 3 novembre 1853

Je refais et rabote mes comices, que je laisse à leur point. Depuis lundi je crois leur avoir donné beaucoup de mouvement et je ne suis peut-être pas loin de l’effet. Mais quelles tortures ce polisson de passage m’aura fait subir ! Je fais des sacrifices de détail qui me font pleurer, mais enfin il le faut ! Quand on aime trop le style, on risque à perdre de vue le but même de ce qu’on écrit ! Et puis les transitions, le suivi, quel empêtrement !

À Louise Colet, 23 décembre 1853

Je suis à leur Baisade, en plein, au milieu ; on sue et on a la gorge serrée. Voilà une des rares journées de ma vie que j’ai passée dans l’illusion, complètement et depuis un bout jusqu’à l’autre. Tantôt, à 6 heures, au moment où j’écrivais le mot attaque de nerfs, j’étais si emporté, je gueulais si fort et sentais si profondément ce que ma petite femme éprouvait, que j’ai eu peur moi-même d’en avoir une. Je me suis levé de ma table et j’ai ouvert la fenêtre pour me calmer. La tête me tournait. J’ai à présent de grandes douleurs dans les genoux, dans le dos et à la tête. Je suis comme un homme qui a trop foutu (pardon de l’expression), c’est-à-dire en une sorte de lassitude pleine d’enivrements.

À Louise Colet, 7 avril 1854

J’ai hier passé toute ma soirée à me livrer à une chirurgie furieuse. J’étudie la théorie des pieds bots [23]. J’ai dévoré en trois heures tout un volume de cette intéressante littérature et pris des notes.

À Louis Bouilhet, 23 mai 1855

Je chante les lieux qui furent le "Théâtre aimé des jeux de ton enfance", c’est-à-dire : les cahfuehs, estaminets, bouchons et bordels qui émaillent le bas de la rue des Charrettes (je suis en plein Rouen). Et je viens même de quitter, pour t’écrire, les lupanars à grilles, les arbustes verts, l’odeur de l’absinthe, du cigare et des huîtres, etc. Le mot est lâché : Babylone [24] y est, tant pis !

À Louis Bouilhet, 5 octobre 1856

Donne-moi un conseil, et tout de suite. J’ai reçu, ce matin, une lettre de Frédéric Baudry, qui me prie, dans les termes les plus convenables, de changer dans la Bovary le Journal de Rouen en : Le Progressif de Rouen, ou tel autre titre pareil. Ce bougre-là est un bavard, il a conté la chose au père Sénard et à ces messieurs du journal eux-mêmes. Mon premier mouvement a été de l’envoyer chier [...] c’est si beau, le "Journal de Rouen" dans la Bovary ![...] Je suis dévoré d’incertitude. Je ne sais que faire. Il me semble qu’en cédant je fais une couillonnade atroce. Réfléchis, ça va casser le rythme de mes pauvres phrases ! C’est grave. [25]

À Léon Laurent-Pichat, 7 décembre 1856

...j’ai consenti à la suppression d’un passage fort important, selon moi, parce que la Revue m’affirmait qu’il y avait danger pour elle. Je me suis exécuté de bonne grâce ; mais je ne vous cache pas (c’est à mon ami Pichat que je parle) que ce jour-là, j’ai regretté amèrement d’avoir eu l’idée d’imprimer.
Disons notre pensée entière ou ne disons rien ;
3° Je trouve que j’ai déjà fait beaucoup et la Revue trouve qu’il faut que je fasse encore plus.
Or je ne ferai rien, pas une correction, pas un retranchement, pas une virgule de moins, rien, rien !... Mais si la Revue de Paris trouve que je la compromets, si elle a peur, il y a quelque chose de bien simple, c’est d’arrêter là Madame Bovary tout court. Je m’en moque parfaitement.

Maintenant que j’ai fini de parler à la Revue, je me permettrai cette observation, ô ami :
En supprimant le passage du fiacre, vous n’avez rien ôté de ce qui scandalise, et en supprimant, dans le sixième numéro, ce qu’on me demande, vous n’ôterez rien encore.
Vous vous attaquez à des détails, c’est à l’ensemble qu’il faut s’en prendre. L’élément brutal est au fond et non à la surface. On ne blanchit pas les nègres et on ne change pas le sang d’un livre. On peut l’appauvrir, voilà tout.

À Mademoiselle Leroyer de Chantepie, 30 mars 1857

Et puis ne vous comparez pas à la Bovary. Vous n’y ressemblez guère ! Elle valait moins que vous comme tête et comme coeur ; car c’est une nature quelque peu perverse, une femme de fausse poésie et de faux sentiments. Mais l’idée première que j’avais eue était d’en faire une vierge, vivant au milieu de la province, vieillissant dans le chagrin et arrivant ainsi aux derniers états du mysticisme et de la passion rêvée. J’ai gardé de ce premier plan tout l’entourage (paysages et personnages assez noirs), la couleur enfin. Seulement, pour rendre l’histoire plus compréhensible et plus amusante, au bon sens du mot, j’ai inventé une héroïne plus humaine, une femme comme on en voit davantage. J’entrevoyais d’ailleurs dans l’exécution de ce premier plan de telles difficultés que je n’ai pas osé.

À Émile Cailteaux, 4 juin 1857

La lettre flatteuse que vous m’avez écrite me fait un devoir de répondre franchement à votre question.
Non, Monsieur, aucun modèle n’a posé devant moi. Madame Bovary est une pure invention. Tous les personnages de ce livre sont complètement imaginés, et Yonville-l’Abbaye lui-même est un pays qui n’existe pas, ainsi que la Rieulle, etc. Ce qui n’empêche pas qu’ici, en Normandie, on ait voulu découvrir dans mon roman une foule d’allusions. Si j’en avais fait, mes portraits seraient moins ressemblants, parce que j’aurais eu en vue des personnalités et que j’ai voulu, au contraire, reproduire des types.

.Maupassant

À Ivan Tourgueneff, 27 juillet 1877

Aucune nouvelle des amis, sauf le jeune Guy. Il m’a écrit récemment qu’en 3 jours il avait tiré 19 coups ! C’est beau ! Mais j’ai peur qu’il ne finisse par s’en aller en sperme. Nous n’en sommes plus là, mon bon !

À Edmond Laporte, 6 septembre 1877

J’ai vu le jeune Guy retour de Suisse où il a cocufié un pharmacien ! Il s’est arrêté en route pour aller au bordel à Vesoul. Quel drôle de pistolet !!

À Guy de Maupassant, 1er février 1880

Mais il me tarde de vous dire que je considère Boule de Suif comme un chef-d’oeuvre. Oui ! Jeune homme ! Ni plus, ni moins, cela est d’un maître. C’est bien original de conception, entièrement bien compris et d’un excellent style. Le paysage et les personnages se voient et la psychologie est forte. Bref, je suis ravi ; deux ou trois fois j’ai ri tout haut (sic) […] Ce petit conte restera, soyez-en sûr !

.mort

À Alfred le Poittevin, janvier-février 1846, (p.254 Pléiade)
Mort du père de Gustave Flaubert.

À Maxime Du Camp, 15 mars 1846, (mort de Caroline, soeur de Gustave)

C’est étrange, autant je me sens expansif, fluide, abondant et débordant dans les douleurs fictives, autant les vraies restent dans mon coeur âcres, dures ; elles s’y cristallisent à mesure qu’elles y viennent.

.Musset

À Louise Colet, 5-6 juillet 1852

Il est dans les idées reçues qu’on ne va pas se promener avec un homme au clair de lune pour admirer la lune, et le sieur de Musset est diablement dans les idées reçues : sa vanité est de sang bourgeois. Je ne crois pas, comme toi, que ce qu’il a senti le plus soient les oeuvres d’art. Ce qu’il a senti le plus, ce sont ses propres passions. Musset est plus poète qu’artiste, et maintenant beaucoup plus homme que poète – et un pauvre homme.

Musset n’a jamais séparé la poésie des sensations qu’elle complète. La musique, selon lui, a été faite pour les sérénades, la peinture pour le portrait et la poésie pour les consolations du coeur. Quand on veut ainsi mettre le soleil dans sa culotte, on brûle sa culotte et on pisse sur le soleil. C’est ce qui lui est arrivé. Les nerfs, le magnétisme, voilà la poésie. Non, elle a une base plus sereine. S’il suffisait d’avoir les nerfs sensibles pour être poète, je vaudrais mieux que Shakespeare et qu’Homère, lequel je me figure avoir été un homme peu nerveux.

.œuvre et vie

À Louise Colet, 27 mars 1852

...quelque lyrisme qu’ait Byron par exemple, comme Shakespeare l’écrase à côté avec son impersonnalité surhumaine. Est-ce qu’on sait seulement s’il était triste ou gai ? L’artiste doit s’arranger de façon à faire croire à la postérité qu’il n’a pas vécu. Moins je m’en fais une idée et plus il me semble grand.

À Ernest Feydeau, 21 août 1859

Je pense, au contraire, que l’écrivain ne doit laisser de lui que ses oeuvres. Sa vie importe peu. Arrière la guenille !

À Ernest Feydeau, 12 novembre 1859

Dans ce livre de la mère Colet il y a des choses atroces d’intention. Ainsi elle fait tout ce qu’elle peut pour me brouiller avec Sainte-Beuve, etc. Ah ! c’est bien joli ! Mais garde tout cela pour toi, car tout ce que je souhaite c’est de ne plus en entendre parler. D’ailleurs j’ai pour principe qu’il ne faut jamais rien répondre. Les oeuvres, voilà tout. Qu’importe le Nous, le Moi et surtout le Je ?

À Ernest Feydeau, 4 juillet 1860

Et crève-toi les yeux à force de regarder sans songer à aucun livre (c’est la bonne manière). Au lieu d’un, il en viendra dix, quand tu seras chez toi, à Paris. Quand on voit les choses dans un but, on ne voit qu’un côté des choses.

À Mademoiselle Leroyer de Chantepie, 22 juin 1863

La vie n’est tolérable qu’avec une marotte, un travail quelconque. Dès qu’on abandonne sa chimère, on meurt de tristesse. Il faut se cramponner dessus et souhaiter qu’elle nous emporte.

À George Sand, 5 décembre 1866

L’Art n’est pas fait pour peindre les exceptions, et puis j’éprouve une répulsion invincible à mettre sur le papier quelque chose de mon coeur. Je trouve même qu’un romancier n’a pas le droit d’exprimer son opinion sur quoi que ce soit. Est-ce que le bon Dieu l’a jamais dite, son opinion ? Voilà pourquoi j’ai pas mal de choses qui m’étouffent, que je voudrais cracher et que je ravale. À quoi bon les dire, en effet ! Le premier venu est plus intéressant que M. G. Flaubert, parce qu’il est plus général et par conséquent plus typique.

.people

À sa mère, 4 décembre 1850

En fait de haute littérature, nous avons rencontré ici M. de Saulcy, membre de l’Institut et directeur du Musée d’Artillerie, qui voyage avec Édouard Delessert, le fils de l’ancien préfet de police [26], et toute une bande qui les accompagne [...] Nous dînons après-demain à l’ambassade chez le général [27]. Ce brave général néglige la tenue diplomatique ; dans l’intimité il donne de grands coups de poing dans le dos de Maxime en l’appelant sacré farceur.

.plagiat

À Louis Bouilhet, 2 septembre 1850

Mais qu’importe après tout ! tu as toujours des peurs de plagiat ridicule. [28]

.plèbe

À Ivan Tourgueneff, 30 octobre 1872

Théo [29] est mort empoisonné par la charognerie moderne. Les gens exclusivement artistes comme lui n’ont que faire dans une société ou la plèbe domine. C’est ce que j’ai répondu hier dans une lettre a Mme Sand, laquelle est très bonne femme, mais trop bonne, trop bénisseuse, trop démocrate et évangélique.

De Ivan Tourgueneff, 8 novembre 1872

Qu’avez-vous à tant vous inquiéter de la plèbe, comme vous dites ? Elle ne domine que sur ceux qui acceptent son joug [...] Et puis, est-ce que Monsieur Alexandre Dumas fils - la "charogne" (pour prendre votre expression) faite homme - est de la plèbe ? Et M. Sardou et M. Offenbach et M. Vacquerie et tous les autres, est-ce qu’ils sont de la plèbe ? Ils puent rudement pourtant. La plèbe pue aussi, mais elle pue le mot de Cambronne ; les autres, c’est de la pourriture.

.poésie

À Edma Roger des Genettes, 30 octobre 1878

Je n’ai pas lu le dernier poème de Sully Prudhomme. L’absence d’images chez ces poètes-là me choque étrangement. Leur profondeur ne contient que du vide et leur simplicité est pauvrette. Pourquoi dire en vers des choses pareilles ? On retourne au Delille.

.poétique

À Louise Colet, 16 janvier 1852

Il y a en moi, littérairement parlant, deux bonshommes distincts : un qui est épris de gueulades, de lyrisme, de grands vols d’aigle, de toutes les sonorités de la phrase et des sommets de l’idée ; un autre qui fouille et creuse le vrai tant qu’il peut, qui aime à accuser le petit fait aussi puissamment que le grand, qui voudrait vous faire sentir presque matériellement les choses qu’il reproduit ; celui-là aime à rire et se plaît dans les animalités de l’homme. L’Éducation sentimentale a été, à mon insu, un effort de fusion entre ces deux tendances de mon esprit (il eût été plus facile de faire de l’humain dans un livre et du lyrisme dans un autre). J’ai échoué. Quelques retouches que l’on donne à cette oeuvre (je les ferai peut-être), elle sera toujours défectueuse ; il y manque trop de choses et c’est toujours par l’absence qu’un livre est faible.

Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c’est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style, comme la terre sans être soutenue se tient en l’air, un livre qui n’aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible, si cela se peut. Les oeuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matière ; plus l’expression se rapproche de la pensée, plus le mot colle dessus et disparaît, plus c’est beau.

À Louise Colet, 15-16 mai 1852

Cette manie du rabaissement, dont je parle, est profondément française, pays de l’égalité et de l’antiliberté. Car on déteste la liberté dans notre chère patrie. L’idéal de l’État, selon les socialistes, n’est-il pas une espèce de vaste monstre, absorbant en lui toute action individuelle, toute personnalité, toute pensée, et qui dirigera tout, fera tout ? Une tyrannie sacerdotale est au fond de ces coeurs étroits : "Il faut tout régler, tout refaire, reconstituer sur d’autres bases", etc.

À Louise Colet, 9 décembre 1852

l’Oncle Tom me paraît un livre étroit. Il est fait à un point de vue moral et religieux ; il fallait le faire à un point de vue humain. Je n’ai pas besoin, pour m’attendrir sur un esclave que l’on torture, que cet esclave soit brave homme, bon père, bon époux et chante des hymnes et lise l’Évangile et pardonne à ses bourreaux, ce qui devient du sublime, de l’exception, et dès lors une chose spéciale, fausse.

À Mademoiselle Leroyer de Chantepie, 18 mars 1857 (Lettre essentielle)

C’est un de mes principes, qu’il ne faut pas s’écrire. L’artiste doit être dans son oeuvre comme Dieu dans la création, invisible et tout-puissant ; qu’on le sente partout, mais qu’on ne le voie pas.

À Émile Zola, 1er décembre 1871

Je viens de finir votre atroce et beau livre [30] ! J’en suis encore étourdi. C’est fort ! C’est très fort !
Je n’en blâme que la préface. Selon moi, elle gâte votre œuvre qui est si impartiale et si haute. Vous y dites votre secret, ce qui est trop candide, et vous exprimez votre opinion, chose que, dans ma poétique (à moi), un romancier n’a pas le droit de faire.

.politique

À Louis Bouilhet, 16 mars 1860

Je comprends l’idée de Thierry en sa qualité d’homme officiel, et, à sa place, j’en eusse fait tout autant. Mais en acceptant tu t’abaisses et, tranchons le mot, tu te dégrades. Tu perds ta balle de "poète pur", d’homme indépendant. Tu es classé, enrégimenté, capturé. Jamais de politique, n... de D... !

.presse

À George Sand, 2 février 1869

Pourquoi écrire dans les journaux quand on peut faire des lives et qu’on ne crève pas de faim ?

À George Sand, 2 février 1869

A propos de mes amis, vous ajoutez « mon école ». Mais je m’abîme le tempérament à tâcher de n’avoir pas d’école ! A priori, je les repousse, toutes. Ceux que je vois souvent, et que vous désignez [31], recherchent tout ce que je méprise, et s’inquiètent médiocrement de ce qui me tourmente. Je regarde comme très secondaire le détail technique, le renseignement local, enfin le côté historique et exact des choses. Je recherche par dessus-tout, la Beauté [32], dont mes compagnons sont médiocrement en quête.

.Réalisme et impersonnalité

De George Sand, 18 et 19 décembre 1875

Que ferons-nous ? Toi, à coup sûr, tu vas faire de la désolation, et moi de la consolation. Je ne sais à quoi tiennent nos destinées. Tu les regardes passer, tu les critiques, tu t’abstiens littérairement de les apprécier. Tu te bornes à les peindre en cachant ton sentiment personnel avec grand soin, par système. Pourtant on le voit bien à travers ton récit et tu rends plus tristes les gens qui te lisent.

À George Sand, 6 février 1876

Quant à laisser voir mon opinion personnelle sur les gens que je mets en scène, non, non ! mille fois non ! Je ne m’en reconnais pas le droit. Si le lecteur ne tire pas d’un livre la moralité qui doit s’y trouver, c’est que le lecteur est un imbécile, ou que le livre est faux au point de vue de l’exactitude. Car du moment qu’une chose est Vraie elle est bonne. Les livres obscènes ne sont même immoraux que parce qu’ils manquent de vérité. Ça ne se passe pas « comme ça » dans la vie.

Et notez que j’exècre ce qu’on est convenu d’appeler le réalisme, bien qu’on m’en fasse un des pontifes. Arrangez tout cela

.Réalisme et naturalisme

À Guy de Maupassant, 25 décembre 1876

Comment peut-on donner dans des mots vides de sens comme celui-là : "Naturalisme" ? Pourquoi a-t-on délaissé ce bon Champfleury avec le "Réalisme", qui est une ineptie de même calibre, ou plutôt la même ineptie ? Henry Monnier n’est pas plus vrai que Racine.

.Réalisme et romantisme

À Léon Hennique, 2 février 1880

Sous prétexte de blaguer le romantisme, vous avez fait un très beau livre romantique. Mais oui ! Il y a là dedans un drame à la Shakespeare ! soyez-en persuadé. [...] Et puis, de quoi parlez-vous ? Quelle école ! Où y a-t-il une école ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Et où sont les hommes de 1830 ? Je vous défie de m’en citer un, à commencer par le père Hugo, qui soit encore dans la tradition. Notez que je vous parle de choses que je connais personnellement. [...] Chaudes-Aigues et Gustave Planche ont fait au romantisme absolument les mêmes reproches que l’on fait au réalisme. Ponsard n’a dû son succès qu’à cette réaction qui date de quarante ans, trente-neuf ans pour être exact, ni plus, ni moins. Édifiez-vous avec la critique d’Armand Carrel sur Hernani, qui pourrait s’appliquer à L’Assommoir. [...] Cette manie de croire qu’on vient de découvrir la nature et qu’on est plus vrai que les devanciers m’exaspère. La Tempête de Racine est tout aussi vraie que celle de Michelet. Il n’y a pas de Vrai ! Il n’y a que des manières de voir. Est-ce que la photographie est ressemblante ? pas plus que la peinture à l’huile, ou tout autant.
À bas les écoles quelles qu’elles soient ! À bas les mots vides de sens ! À bas les Académies, les Poétiques, les Principes ! Et je m’étonne qu’un homme de votre valeur donne encore dans des niaiseries pareilles !

[...]

Dieu sait jusqu’à quel point je pousse le scrupule en fait de documents, livres, informations, voyages, etc... Eh bien, je regarde tout cela comme très secondaire et inférieur. La vérité matérielle (ou ce qu’on appelle ainsi) ne doit être qu’un tremplin pour s’élever plus haut. Me croyez-vous assez godiche pour être convaincu que j’aie fait dans Salammbô une vraie reproduction de Carthage, et dans Saint Antoine une peinture exacte de l’Alexandrinisme ? Ah ! non ! mais je suis sûr d’avoir exprimé l’idéal qu’on en a aujourd’hui.
Aussi M. de Sacy (pas un romantique, celui-là !) n’a jamais pu comprendre ce truisme que je lui disais un jour : « L’histoire romaine est à refaire tous les vingt-cinq ans. »
Bref, pour en finir avec cette question de la réalité, je fais une proposition : la trouvaille de documents authentiques nous prouvant que Tacite a menti d’un bout à l’autre. Qu’est-ce que ça ferait à la gloire et au style de Tacite ? Rien du tout. Au lieu d’une vérité, nous en aurions deux : celle de l’Histoire et celle de Tacite.

.roman

À Flavie Vasse de Saint-Ouen, 27 décembre 1864

Le roman, selon moi, doit être scientifique, c’est-à-dire rester dans les généralités probables.

À Louis Bouilhet, 1er avril 1867

tu sais du reste la haine que j’ai du dialogue dans les romans. Je trouve qu’il doit être caractéristique.

À Amélie Bousquet , 16 novembre 1867

Je vois maintenant, chez tous les romanciers, une tendance à représenter la Caste comme quelque chose d’essentiel en soi, exemple : Manette Salomon.

À George Sand , 10 août 1868

Je ne crois même pas que le romancier doive exprimer son opinion sur les choses de ce monde. Il peut la communiquer, mais je n’aime pas à ce qu’il la dise. (Cela fait partie de ma poétique, à moi.)

.Romantisme

À Edma Roger des Genettes, novembre 1864 (p.415 Pléiade)

Le père Dumas trouve que lui-seul est original maintenant, et il a raison. Tous tant que nous sommes, grands et petits, nous sommes d’affreux classiques. Hugo n’est qu’un classique révolutionnaire ; le seul romantique français aura été le père Michelet.

.Rousseau

À Louise Colet, 20 juin 1853

J’ai beaucoup ri, dans un temps, de la conjuration d’Holbachique, dont Jean-Jacques se plaint tant dans ses Confessions. Le tort qu’il avait, je crois, c’était de voir là un parti pris. Non, la multitude, ou le monde, n’a jamais de parti pris. Ça agit comme un organisme, en vertu de lois naturelles. Et comme Rousseau devait bien heurter tout ce XVIIIe siècle de beaux messieurs, de beaux esprits, de belles dames et de belles manières ! Quel ours lâché en plein salon ! Chaque mouvement qu’il faisait lui faisait tomber un meuble sur la tête, il dérangeait. Or tout ce qui dérange est meurtri par les angles des choses qu’il déplace. Et je ne compte pas les coups de pied au cul donnés au pauvre ours, ni les chaînes, ni la bastonnade, et les sifflets, et le rire des enfants.

.Saint Julien l’Hospitalier

À Edmond Laporte, 2 octobre 1875

Je crois vous avoir parlé de saint Julien l’Hospitalier. c’est cette histoire-là que je me propose de coucher par écrit. Ce n’est rien du tout et je n’y attache aucune importance.

.Salammbô

À Sainte-Beuve, 23-24 Décembre 1862 (lettre essentielle) [33]

Ce n’est pas ma faute non plus si les orages sont fréquents dans la Tunisie à la fin de l’été. Chateaubriand n’a pas plus inventé les orages que les couchers de soleil, et les uns et les autres, il me semble, appartiennent à tout le monde.

De Maxime du Camp à Flaubert, 11 juillet 1862

Le reproche général que je te ferai est d’avoir trop caché le roman derrière l’histoire ; en ne voulant rien amoindrir ni rien sacrifier de l’histoire, tu as souvent fait disparaître et oublier Mathô et Salammbô.

.Sand

À Louis Bouilhet, 30 mai 1855

Ce qui m’indigne, c’est le bourgeoisme de nos confrères ! Quels marchands ! quels pâles crétins ! Tous les jours, je lis du G. Sand et je m’indigne régulièrement pendant un bon quart d’heure. [34]

À la princesse Mathilde, 28 octobre 1872

Mme Sand m’a envoyé aujourd’hui une très bonne lettre sur notre ami [35], et qui contient beaucoup de conseils à mon endroit. Je vous avouerai, entre nous, que son bénissage perpétuel, sa raison si vous voulez, me tape quelquefois sur les nerfs. Je vais lui répondre par des injures sur lé démocratie ; ça me soulagera. [36]

.santé

À sa nièce Caroline, 21 octobre 1875

Il y a pourtant des choses qui consolent. L’aure jour, à Quimper, on a condamné aux travaux forcés un particulier de Brest qui avait violé ses trois filles et son fils âgé de seize ans. Quel tempérament ! Ce n’est pas nous qui sommes capables de ces traits de santé.

.Science

À Maxime Du Camp, 13 novembre 1879

Il y a une page que je voudrais effacer de ton volume, la page 244 : Les côtés dangereux de la théorie de Darwin ! Est-ce sérieux ? Et tu avoues toi-même qu’elle a agi sur les communeux un peu à leur insu. Je crois même qu’ils l’ignoraient complètement et l’exemple en note de Lebiez ne me convainc pas de ce danger - et quand même ! Fût-il réel, est-ce que la Science doit se plier à la Morale ? Nos besoins sont-ils la mesure de l’Absolu ? De deux choses l’une pourtant : ou l’Evolution ou le Miracle. Il faut choisir.

.style

À Ernest Feydeau, 15 mai 1859

Car je ne crois pas que l’on puisse tout bien dire. Il y a des idées impossibles (celles qui sont usées, par exemple, ou foncièrement mauvaises), et comme le style n’est qu’une manière de penser, si votre conception est faible, jamais vous n’écrirez d’une façon forte. Exemple : je viens de recorriger mon IVe chapitre. C’est un tour de force (je crois) comme concision et netteté, si on l’examine phrase à phrase ; ce qui n’empêche pas que le susdit chapitre ne soit assommant et ne paraisse très long et très obscur, parce que la conception, le fond ou le plan (je ne sais) a un vice secret que je découvrirai. Le style est autant sous les mots que dans les mots. C’est autant l’âme que la chair d’une oeuvre.

.Tentation de Saint-Antoine

À sa mère, 5 janvier 1850

Saint Antoine est-il bon ou mauvais ? Voilà par exemple ce que je me demande souvent. Lequel de moi ou des autres s’est trompé ?

Les autres sont Louis Bouilhet et Maxime Du Camp qui a raconté cette lecture de la première Tentation de Saint-Antoine dans ses Souvenirs littéraires. Extrait :
La lecture dura 32 heures ; pendant 4 jours il lut, sans désemparer, de midi à quatre heures, de huit heures à minuit [...] Bouilhet et moi, nous étions désespérés [...] Après la dernière lecture, vers minuit, Flaubert frappant sur la table nous dit : "À nous trois maintenant, dites franchement ce que vous en pensez. " Bouilhet était timide, mais nul ne se montrait pus ferme que lui dans l’expression de sa pensée, lorsqu’il était décidé à la faire connaître ; il répondit : "Nous pensons qu’il faut jeter cela au feu et n’en jamais reparler."

.théâtre

À George Sand, 30 octobre 1873

Et puis, le style théâtral commence à m’agacer. Ces petites phrases courtes, ce pétillement continu m’irrite à la manière de l’eau de Seltz, qui d’abord fait plaisir et qui ne tarde pas à vous sembler de l’eau pourrie.

.Thiers

À Ernest Feydeau, 6 mai 1863

Je lis maintenant l’Histoire du Consulat de mosieu Thiers. Quel épicier, quel bourgeois ! C’est à en vomir. - Et pas une protestation ! au contraire !

À George Sand 18 décembre 1867

...rugissons contre M. Thiers ! Peut-on voir un plus triomphant imbécile, un croûtard plus abject, un plus étroniforme bourgeois ! Non, rien ne peut donner l’idée du vomissement que m’inspire ce vieux melon diplomatique, arrondissant sa bêtise sur le fumier de la bourgeoisie ! Est-il possible de traiter avec un sans-façon plus naïf et plus inepte la philosophie, la religion, les peuples, la liberté, le passé et l’avenir, l’histoire et l’histoire naturelle, tout, et le reste ! Il me semble éternel comme la médiocrité ! Il m’écrase.

À Edma Roger des Genettes, 17 septembre 1877

Eh bien ! Moi aussi j’ai vu les funérailles du père Thiers, et je vous assure que c’était splendide ! Cette manifestation réellement nationale m’a empoigné. Je n’aimais pas ce roi des Prud’hommes ; n’importe ! Comparé aux autres qui l’entouraient, c’est un géant ; et puis il avait une rare vertu : le patriotisme. Personne n’a résumé comme lui la France. De là l’immense effet de sa mort.

.université

À Edma Roger des Genettes, 18 juin 1873

Je lis maintenant l’esthétique du sieur Lévesque, professeur au Collège de France. Quel crétin ! Brave homme du reste, et plein des meilleures intentions. Mais qu’ils sont drôles, les universitaires, du moment qu’ils se mêlent de l’Art !

.Voltaire Rousseau

À Edma Roger des Genettes, début janvier 1860 (p.72 Pléiade)

Or, j’aime le grand Voltaire autant que je déteste le grand Rousseau ;

À Jules Michelet, 12 novembre 1867

Bien que je sois dans le troupeau de ses petits-fils, cet homme [37] me déplaît. Je crois qu’il a eu une influence funeste. C’est le générateur de la démocratie envieuse et tyrannique. Les brumes de sa mélancolie ont obscurci dans les cerveaux français l’idée du droit.

.Zola

À Ivan Tourgueneff, 28 octobre1876

Lisez-vous les feuilletons dramatiques du bon Zola ? Je vous recommande comme chose curieuse celui de dimanche dernier. Il me paraît avoir des théories étroites, et elles finissent par m’irriter.

Quant au succès, je crois qu’il se coule avec L’Assommoir. Le public, qui venait à lui, s’en écartera et n’y reviendra plus. Voilà où mène la rage des partis pris, des systèmes. Qu’on fasse parler les voyous en voyous, très bien, mais pourquoi l’auteur prendrait-il leur langage ? Et il croit ça fort, sans s’apercevoir qu’il atténue, par ce chic, l’effet même qu’il veut produire.

À Edma Roger des Genettes, février 1877

Ma nièce vous dépasse dans la répulsion que lui cause L’Assommoir ; son dégoût ressemble à de la fureur et la rend parfaitement injuste. Il serait fâcheux de faire beaucoup de livres comme celui-là ; mais il y a des parties superbes, une narration qui a de grandes allures et des vérités incontestables. C’est trop long dans la même gamme, mais Zola est un gaillard d’une jolie force et vous verrez le succès qu’il aura.

À sa nièce Caroline, 15 février 1880

Toute ma journée d’hier s’est passée à lire Nana (de 10 heures du matin à 11 heures et demie du soir, sans désemparer). Eh bien, on dira ce qu’on voudra. Les mots orduriers y sont prodigués le milieu est ignoble, et il y a des choses d’une obscénité sans pareille. Tous ces reproches sont justes. Mais c’est une œuvre énorme faite par un homme de génie ! Quels caractères ! quels cris de passion ! quelle ampleur ! et quel vrai comique ! Nana tourne au mythe sans cesser d’être une femme, et sa mort est michelangelesque !

À Émile Zola, 15 février 1880

Mon cher Zola,
J’ai passé hier toute la journée jusqu’à 11 heures et demie du soir à lire Nana. Je n’en ai pas dormi cette nuit et « j’en demeure stupide ». Nom de Dieu , quelles couilles vous avez ! quelles boules !
S’il fallait noter tout ce qui s’y trouve de rare et de fort, je ferais un commentaire à toutes les pages ! Les caractères sont merveilleux de vérité. Les mots nature foisonnent ; à la fin, la mort de Nana est Michelangelesque !

[1Lire après cette lettre les élucubrations de mademoiselle Leroyer de Chantepie : "Voici la morale qui ressort de ceci : les femmes doivent rester attachées à leurs devoirs quoi qu’il en coûte" etc. (cf. Pléiade p. 655). A ne pas donner le mode d’emploi de ses oeuvres, on s’expose à de sévères malentendus.

[2Décembre 1866 pour l’université de Rouen

[3Scène fondatrice de tous les bals dans l’oeuvre de Flaubert ? (Cf. n2 p.607 Pléiade).

[6L’édition Conard que reproduit l’université de Rouen édulcore les lettres et donne par exemple ici : "J’ai résisté"

[7Pour Jean Bruneau, cf. note 1 dans l’édition Pléiade : "Ce passage exprime admirablement la théorie flaubertienne du désir : que la satisfaction le détruit..."

[8Première mention du Dictionnaire des idées reçues dans la Correspondance.

[9Voir quand même, pour l’anecdote, la note 2 de la page 448 (Pléiade), où on lit cet extrait du Nil de Du Camp : "En haut des degrés, Koutchouk-Hânem m’attendait. Je la vis en levant la tête ; ce fut comme une apparition." Flaubert s’est-il souvenu de cette phrase en écrivant la rencontre de Frédéric et de Mme Arnoux dans L’Éducation sentimentale ? Pour un développement du lien entre l’iconique Mme Arnoux et la prostitution, cf. Gesine Hindemith : L’iconicité : une stratégie textuelle dans L’Éducation sentimentale, in De Biasi et al. Voir, croire, savoir : Les épistémologies de la création chez Gustave Flaubert ; De Gruyter, 2015

[10Gustave dîne chez les Schlésinger, modèles possible des Arnoux.

[11Ernest Chevalier qui fait ici penser à Deslauriers.

[12Le couple assassiné par cet "excentrique" avait pour nom "Moreau". Flaubert se voyait-il en assassin de Frédéric ?

[13Cf. "Des meubles noirs à marqueterie de cuivre garnissaient la chambre à coucher, où se dressait, sur une estrade couverte d’une peau de cygne, le grand lit à baldaquin et à plumes d’autruche." L’Éducation sentimentale, II, 1.

[14Toute la lettre, qui constitue un éloge enflammé de L’Éducation sentimentale, rare au moment de la sortie du roman, tranche sur le ton toujours mesquin et aigre du journal des Goncourt.

[15Cela dit, Flaubert accepte sans scrupule, en 1866, la Légion d’honneur que la princesse Mathilde a demandée pour lui à Victor Duruy, ministre de l’Instruction publique...

[16La formule l’empire des idées reçues est l’équivalent flaubertien de notre empire du mal.

[17Cf. Madame Bovary II, 12 : "Outre la cravache à pommeau de vermeil, Rodolphe avait reçu un cachet avec cette devise : Amor nel cor ;".

[18Lucia di Lammermoor, de Donizetti. C’est lors d’une représentation de cet opéra qu’Emma retrouve Léon.

[19Une nuit de don Juan.

[20Première mention de Madame Bovary dans la Correspondance.

[21La Pléiade n’identifie pas le passage de Mme Bovary résultant de cette expérience.

[22Ministre de la guerre.

[23Cf. note 3 p.544 (Pleiade), notamment pour ce qui concerne "l’échec" du père de Flaubert face à un cas de pied-bot. Voir aussi.

[24"...et la vieille cité normande s’étalait à ses yeux comme une capitale démesurée, comme une Babylone où elle entrait." Mme Bovary, III, 5.

[25Flaubert optera pour Le Fanal de Rouen.

[26Gabriel Delessert, préfet de police de 1836 à 1848. Prosper Mérimée puis Maxime Du Camp ont été des amants de sa femme.

[27Le général Aupick, beau-père de Baudelaire.

[28Cf. n7 p.675 de l’éd. Pléiade. Edmond de Goncourt rapproche dans son journal, à la date du 27 juin 1988, La Tentation de Saint-Antoine du Second Faust de Goethe. Léon Daudet pour sa part voyait dans la nouvelle de Barthélemy Maurice, Les deux greffiers, une source de Bouvard et Pécuchet.

[29Théophile Gautier.

[30La fortune des Rougon.

[31Geroge Sand ne désigne qu’Edmond de Goncourt dans la lettre à laquelle répond ici Flaubert.

[32Cette profesion de foi interdit de placer Flaubert dans une école "réaliste".

[33Voir aussi en beaucoup plus cinglant, la lettre à Guillaume Froenher du 21 janvier 1863. Une lettre à rapprocher de celle à Feydeau du 12 novembre 59 pour discuter de l’intangibilité des principes de Flaubert.

[34Flaubert rencontrera Sand en 1857 ; celle-ci deviendra son amie et une correspondante privilégiée.

[35Théophile Gautier, décédé cinq jours plus tôt.

[36En fait de "bénissage", George Sand donne de bons conseils à son ami qu’elle sent devenir aigri, cf. lettre de GS à GF du 26 octobre 1872 : "Je t’en supplie , écoute moi ! tu enfermes une nature exubérante dans une geôle. tu fais, d’un cœur tendre et indulgent, un misanthrope de partis pris, et tu n’en viendras pas à bout." De fait, on peut dire que 1872 est une année bascule pour Flaubert : son personnage de lion tonitruant fait place à celui d’une vieille hyène. George Sand l’exaspère parce qu’elle voit juste.

[37Rousseau.