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Manque de correspondance

plinous, le dimanche 14 janvier 2007.

J’avais un ami, mais il est parti, et sans ça ma vie...

Oui, on connaît la chanson. L’ami à moi que j’avais et qui est parti, on l’appellera Echor. Echor et moi nous sommes connus au lycée et notre amitié s’est soudée au fil du temps autour d’un jeu : le jeu des poètes. "On disait qu’on sera des grands poètes, ou à défaut des écrivains très connus". C’était notre jeu, comme d’autres se branlent en groupes ou courent après un ballon. Après le lycée, nous nous sommes éloignés géographiquement l’un de l’autre, sans jamais arrêter de jouer. Nous jouions à distance, à travers le réseau postal, et donnions à cette activité ludique le nom pompeux de "correspondance littéraire". Je dis "pompeux", "ludique", "jeu"... mais ceux qui se sont déjà engagés à fond dans un jeu de rôle ou plus largement tous ceux qui rêvent beaucoup dans la journée sauront ce qu’il faut penser de ces modalisateurs. Nous avons échangé des lettres durant plusieurs années, avant que notre amitié traverse les quarantièmes rugissants et qu’Internet rende insupportable toute idée de "délai". Je gardais toutes les lettres d’Echor dans un vieux cartable. Je les relisais sporadiquement. Elles côtoient ce soir, minuit cinq, des épluchures de patates et quelques boîtes de yaourts. Parce qu’il faut bien arrêter le jeu un jour, passer à autre chose, "grandir". Reste que c’est comme un déchirement. Et que je mesure à quel point cette correspondance pédante, mythomaniaque, hallucinée etc. me manque. C’était pour moi de belles années.

Sur les cinq que j’ai gardées (oui, je ne saurai jamais faire une chose jusqu’au bout), j’ai décidé d’en exhiber une. Pourquoi ? Pourquoi pourquoi ? Pourquoi ce site aussi, pourquoi les blogs, pourquoi ce narcissisme nihiliste ? Et pourquoi laisser crever tous ces bouts de trucs qui ont signifié quelque chose pour quelqu’un, qui ont participé à sa formation, qui l’ont fait rire ou pleurer ? Internet permet à toute la loose de publier, qu’elle publie bordel ! on verra bien à quoi ça rime. Qui sait ?

Oui, je veux bien que tu me réserves une carte...

PDF -
Lettre Echor recto
PDF -
Lettre Echor verso

Je dois absolument sauver cette phrase aussi, issue d’une autre lettre :

Soyons ces paranoïaques poursuivis par des lecteurs invisibles, et surtout, surtout, ne changeons rien à l’univers.