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Le random tour
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  9. sonnet 219
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Les gazouillis en cours
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88 experience

plinous, le vendredi 4 novembre 2005.

La scène se passe à la terrasse d’un café près du Forum des Halles. On a débarqué à six de la province pour une journée balade et shopping. L’éternel club des cinq plus une pièce rapportée, Cécile, cousine de Maelle. Les autres sont Valérie, Guillaume qui sort depuis peu avec Maelle, Jérôme et moi. On s’est retrouvés à cette terrasse après un quartier libre de plus de deux heures, garçons d’un côté, filles de l’autre. Les filles sont revenues avec des sacs arborant des noms de magasins ; ce que nous avons fait nous, les mecs, ce que j’ai fait moi en particulier, tel est l’objet de ce micro-récit.

Il fait très beau. Cette journée parisienne est une réussite, le monde entier est de bon poil. Les filles se sont lâchées, ça déballe, des shoes, un petit gilet ; c’est le quartier idéal pour une jeunesse provinciale un peu branchouille quand même mais un peu fauchée aussi, c’est un peu le Kiabi du rock alternatif. On les chambre les nanas, bien sûr : "toutes les mêmes, dès qu’il y a du chiffon à acheter !" Cécile gueule un peu, pour le principe, sans conviction ; elle était plus chiante ce matin dans le train avec ses refrains baba-gaucho d’étudiante en socio. "Et vous les mecs, qu’est-ce que vous avez acheté ?" a bien dû demander une des filles. "Nous, rien. Non non, même pas un skeud. Bah on s’est promenés, on a discuté, on a visité, on s’est instruit, comme des mecs quoi". On est sifflés, hués, comme il se doit ; Maelle fait la matrone : "vous avez branché des filles, hein, c’est ça ?" demande-t-elle faussement sévère en fixant Guillaume qui nie mollement. Bref l’ambiance est cool, et on est bien partis pour se payer des tranches de rigolade pendant une heure ou deux. Pas dit que je n’essaie pas de pousser ma pointe avec Valérie si le terrain est favorable...

Mais ça c’était avant le drame comme dirait Frank Dubosc. Je ne suis pas sûr de l’enchaînement exact des faits, mais en gros : le portable de Jérôme sonne, il fouille dans son sac à bandoulière accroché à sa chaise ; il merdouille comme une nana pour trouver son phone dans tout le foutoir, il s’énerve un peu - ça sonne depuis un moment, finit quand même par choper le truc et lâche son sac par terre... d’où s’échappent quelques bricoles et un DVD X. C’est Valérie qui ramasse, elle a hésité une seconde mais trop tard, Cécile a vu, j’ai vu et les autres ont saisi qu’il y avait un truc à voir. Le DVD passe de mains en mains, Guillaume joue la surprise, mal, les filles détaillent le truc, éberluées, Jérôme a fini de téléphoner, il approche...

"Vous êtes allés dans un truc de cul ?" lance Maelle, encore sous le coup de la surprise et moyennement amusée. Guillaume n’est pas au mieux, on sent que ça chauffe dans la caboche. Jérôme semble avoir choisi une stratégie : la jouer bravache ; c’est un lecteur assidu de Hot Vidéo, il se fait un ou deux films par moi, explique que la fille du DVD est la reine de la sodo... Valérie s’amuse, Cécile est consternée, moi je suis calme, je sais ce qui m’attend.
- Et toi mon chéri, t’as acheté quoi ? Demande Maelle à Guillaume.
- Rien, répond celui-ci, mais le regard inquiet qu’il lance à Jérôme ruine la crédibilité du court déni.
- Et toi le plinous ? Demande Valérie, profitant joyeusement de sa position de force.
- J’ai rien acheté non plus.
- Sans blague ?
- Nan, il a rien acheté... lance ce connard de Jérôme avec ce qu’il faut de suspens dans le ton pour que les filles flairent le truc à creuser. Ça ne loupe pas, Cécile attaque :
- T’as fait quoi plinous ? Qu’est-ce qu’on peut faire dans ces machins-là ?
- T’as été dans une cabine ? demande Valérie au grand étonnement de Maelle :
- T’as l’air de connaître toi ?
- T’as pas vu les enseignes dans la rue derrière ? "DVD", "lingerie", "cabines individuelles" (elle se marre), "massages jusqu’au plaisir" (elle se marre plus fort).
J’avale ma salive et me redresse sur ma chaise. Valérie a pigé le truc, elle sourit toujours mais là, l’étonnement qui a saisi les deux autres filles au début semble la gagner également :
- Tu t’es fait une pute ?
Je ne réponds rien, qui ne dit mot consent.
- Sérieusement demande Cécile, t’as fait ça ? T’es un peu au courant du trafic de femmes, des filles de l’est, de l’esclavage sexuel tout ça ? Sans rire ? Je trouve ça dingue !
- Je savais pas que tu avais besoin de payer pour ça, lance Valérie.
Cette vanne me fait un peu chier :
- J’étais pas partant pour aller dans un sex shop, et puis je savais même pas qu’il y avait des filles à l’intérieur.
Cécile semble tourner en boucle :
- c’est incompréhensible des trucs comme ça ! Franchement ça me dépasse ! Et comment c’était ? Ça valait le coup ? J’aimerais bien savoir comment ça se passe, ça doit être chouette...
- Je te raconte si tu veux. Je la fixe, elle m’emmerde.
- Ouais, franchement j’ai envie d’entendre ça. Son regard est bien vissé aussi.
- Bah commande une tournée.

Les consos arrivent. L’atmosphère s’est un peu détendue. Guillaume respire, il n’est plus sous le projo. Quelque soit l’état d’esprit des autres, une certaine excitation règne à l’idée d’entendre une histoire croustillante.
- Tu veux la version soft ou hard ? Demandé-je à Cécile.
- Hard bien sûr répond-t-elle.

Bah voilà, tu rentres dans le machin, c’est que des DVD sur les murs, il y a des écrans aussi, que du porno. C’est un grand couloir, au milieu il y a la caisse et tout au fond t’as des cabines de projection. A côté de ces cabines, dans un renfoncement, t’as un type qui fait la réclame au micro pour le peep-show qui doit être derrière lui - il y a un rideau. Entre les cabines et cet espèce de DJ de supermarché t’as trois filles qui tapent la discute, trois putes, il n’y a pas de doute là-dessus. Elles sont bien vulgaires comme il faut mais plutôt jolies, surtout une, une petite blonde genre Budapest. J’ai repéré ça vite, je mate pas comme un gros lourd. J’ai envie de sortir de cette taule mais en même temps j’ai déjà chopé la méchante gaule, je cherche ces messieurs (je regarde Guillaume et Jérôme), mais je les vois pas... (j’ai croisé le regard suppliant de Guillaume, je ne vais pas dire que c’est lui qui m’a expliqué le fonctionnement des cabines). Je me tâte pour une cabine quand arrive la petite blonde qui me demande si je veux l’ "accompagner dans un salon". Je me fais l’effet d’un beau pigeon. J’ai noté que les filles ne branchaient pas franchement les types - je précise qu’il n’y a que des types dans la turne, évidemment - mais moi je dois avoir l’air un peu paumé, je fais une proie facile.
- Non merci je bredouille
- Ok répond-t-elle, très pro.

Suivent encore quelques déambulations, je tombe un moment sur une étagère "Torture", je suis quasi décidé à me casser. Mais je repasse devant la fille qui me sourit.
- T’es sûr que tu veux pas un massage ?
Bien sûr que j’en veux un de massage. Je ne veux que ça même. Alors comme un gros beauf :
- Et c’est combien le massage ?
- 50 euros.
Je vais pour bredouiller un truc, la fille me prend la main. Je la laisse m’emmener.

On se retrouve dans une petite pièce rectangulaire, fortement éclairée par deux halogènes au plafond. Il y a un fauteuil, large, avec des accoudoirs plats et un divan-lit genre cabinet de médecin, plus SM que sexe ; et c’est tout. La fille m’indique une porte au fond de la pièce : "tu passes là chéri...". Je... Enfin j’y vais ; c’est un minuscule réduit avec juste un lavabo, un gant, un savon. Je comprends que je dois me laver la bite. Je suis un peu surpris mais je m’exécute, sans le gant.

- Alors qu’est-ce que je te fais mon chéri ?
- L’amour ?
- Si tu veux tout c’est 70, une pipe c’est 50.
- Je veux tout (une fois que t’es dans la galère, faut plus réfléchir).
Alors la fille déboutonne mon fute, fait glisser mon slip et m’assoit dans le fauteuil. Je bande mais je tremble aussi, c’est inédit. La fille se baisse, sort une capote de je ne sais où et me l’enfile. Puis elle remonte sa jupe gris métal - il n’y a pas lourd à remonter - s’installe à califourchon sur moi ; d’une main experte elle m’introduit. C’est très bon, je ne sais pas comment dire, c’est plus ferme, plus chaud, plus glissant que tout ce que j’ai connu jusque-là. Ses seins sont à hauteur de ma tête, sous le tee-shirt blanc, j’enfouis mon visage dedans, je reste inerte. Je reprends mon souffle, la fille commence à bouger ; ne pas la regarder ! Je la regarde et lâche tout ; plusieurs spasmes ; violents. Je ne sais pas si j’ai tenu la minute. Dans les yeux de la fille, je lis de l’amusement et du contentement, c’est sans doute un peu une victoire pour elle, comme une revanche. Elle se retire doucement. Je cherche une poubelle pour la capote, elle m’indique le réduit.

- Pour 20 euros on le refait si tu veux.
- Je ne dois plus avoir assez de liquide, de cash.
Je fouille quand même. J’ai tiré cent euros hier pour cette journée parisienne mais je me suis déjà acheté un casse-dalle, une cannette et puis je sais plus quoi. Il me reste 17 euros.
- Ok me dit-elle.
- Comment tu t’appelles ?
- Mandy
- Ok, moi c’est Jean-Pierre.
On se marre tous les deux alors qu’elle pourrait très bien s’appeler Mandy et moi Jean-Pierre.

Bon, cette fois, je suis décidé à prendre les choses en main. Je soulève le tee-shirt de Mandy et lui dégrafe son soutif blanc (un modèle qui fait remonter les seins tout en les resserrant). Je la soulève et la pose sur le divan. Je veux du missionnaire, simple, classique, mais avec la jupe sur le ventre quand même. J’essaie de prendre Mandy avec un maximum de douceur mais je suis encore un peu fébrile, j’ai des chaud-et-froids. Je fais attention de ne pas me vautrer sur elle, je lui embrasse le cou, j’évite toujours son regard. Puis j’entreprends de lui caresser le clitoris tout en la limant. A mon grand étonnement Mandy se laisse faire. Alors je tente de l’embrasser, aucune résistance, Mandy me donne généreusement sa bouche. Je pars. Mandy le sent et me repousse doucement. J’aurais bien voulu continuer à la caresser, essayer de lui donner du plaisir, mais bon...

Je me rhabille. Mandy passe dans le réduit. On se fait face devant la porte, Mandy me sourit :
- Tu sais où me trouver.
- Ouais. C’était bien, merci.
Mandy me pousse gentiment dans le magasin où circulent toujours ces types, où s’étalent les sexes... J’aperçois ces deux zouaves (je montre Guillaume et Jérôme). On se casse. Voilà, end of story.

Gros silence. Cécile me fixe mais je suis incapable de lire son regard. Je dirais que c’est neutre. Guillaume et Jérôme... à mon avis ils bandent. Il y a un peu de colère chez Maelle, mais je suis sûr que ce n’est pas contre moi, Guillaume va morfler, ça ne fait pas de pli. L’expression sur le visage de Valérie, en revanche, n’est pas très favorable. Pas d’hostilité, plutôt quelque chose de triste, de résigné ; un rendez-vous manqué, un train qui part... J’ai envie de la prendre dans mes bras mais j’y renonce, ce n’est sans doute pas exactement le bon moment. Quoique ; il vaudrait mieux toujours se laisser aller aux élans du cœur.

- Et t’as pensé aux caméras ? Demande Guillaume.
- Quelles caméras ? Je rassemble mes neurones, je me redresse ; les autres aussi semblent interloqués.
- Il paraît qu’il y a des caméras dans ces machins-là, qu’ils filment tout, que ça leur fait des films pas chers...
- Tu connais ton sujet toi hein ? S’indigne Maelle.
- Je l’ai lu...
- Ouais.
- T’aurais peut-être pu me prévenir avant lancé-je à Guillaume.
- Désolé, je viens d’y penser.

Il n’y a plus grand chose à dire. Bientôt le groupe va quitter cette terrasse, marcher encore dans Paris, reprendre le train. Je reste pensif un moment. Aujourd’hui encore, en retraçant cette histoire, je me perds dans la contemplation de l’écran qui vacille... Oh je me suis bien fait à l’idée d’avoir éventuellement alimenté l’océan pornographique mondial avec mes deux courtes prestations non rémunérées, taxées même ! Non, ce qui m’absente un peu à moi-même, c’est elle, Mandy, la pute. Je ne l’ai jamais oubliée.