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Twist again, monsieur l’ours !

plinous, le vendredi 17 août 2012.

On dit parfois que les philosophes ne développent qu’une idée (un système) alors que les artistes explorent diverses voies. Le dernier twist dans la rivière nocturne de John Irving semble contredire cet on sporadique. J’avais laissé Irving avec son Garp il y a 25 ans, je viens de le retrouver tel quel avec son Daniel Kiss-of-the-wolf. Tout y est, modifié certes, mais présent dans l’essence : la femme forte qui sauve, le père perdu, la bouffe, la lutte, l’écriture, la phobie de perdre un gosse... les spécialistes complèteront. C’est un nouveau grand et beau voyage en terre connue que propose Irving. Un voyage ponctué d’accidents terribles, car nous vivons dans un "monde d’accidents", mais d’accidents qu’on surmonte en appréciant leur ridicule - qui les absurdifie et les néantise - ou en se laissant sauver, par quiconque vous tend la main, une parachutiste haltérophile par exemple.

Daniel, le double d’Irving ici, saisit la main tendue. Pas Ketchum, le double de Daniel - et par là-même d’Irving, suivez ? Ketchum, c’est l’ours - autre obsession Irvingesque. L’ours génial, fort (comme un ours), indépendant, radical... à en crever. Ketchum, la main, il la jette. Si on ne peut pas sauver ceux qu’on est censé protéger, à quoi bon vivre ? Et même si une catcheuse énorme se propose de soigner votre chien qui pète et d’aller se geler les miches avec vous pour aller voir danser les élans, même si votre double écrivain peut vous torcher au grand cru italien, l’absence de pouvoir magique, qui protègerait des accidents, peut être insupportable. Elle l’est à l’ours intègre, pas à l’homme honnête. L’homme honnête vit malgré tout, ne serait-ce que pour les autres qui eux aussi en chient.

Je voulais citer du Ketchum, car les sentences de l’ours sont hilarantes, et me voilà dans l’exégèse philosophique à deux balles ! Désolé. Que ça ne vous dégoutte pas. Cette dernière (dernière ?) nuit à Twisted River vaut vraiment le coup. Comme dans Garp, si un levier de vitesse crève un œil, c’est sans intention de nuire ou de faire pleurer. Ce genre de choses arrivent mais la plupart du temps on se marre, et plutôt deux fois qu’une avec Ketchum ! Simplement, je ne conclurai pas comme Mr Leary (prof), à propos de ce que nous propose Irving :

... it was all preposterous stuff, but well-written, very well written... [1]

Bien écrit, sûrement, grotesque, oui, mais comme un Rabelais a pu en produire en son temps.

Last night in Twisted River /John Irving. Ballantine Books 2010.

[1p148