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Le random tour
  1. Fais comme l’oisif...
  2. sonnet 154
  3. sonnet 055
  4. sonnet 043
  5. sonnet 363
  6. sonnet 085
  7. sonnet 070
  8. sonnet 313
  9. L’homme Dort
  10. sonnet 194




Les gazouillis en cours
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Tiellement allumé !

plinous, le samedi 2 mai 2009.

L’Homme Électrique [1] de Pacôme Thiellement est sous-titré : Nerval et la vie. De fait, le livre évoque longuement Nerval. Mais attention, ce dernier n’est pas l’unique cible du titre ; Gérard de Nerval n’est pas l’Homme Électrique ; cet homme électrique désigne "le deuxième corps" que possède chaque être humain. C’est lui, ce double électrique, qui constitue le vrai sujet du livre, développé à travers Nerval, mais également Artaud, Roger Gilbert-Lecomte, David Lynch, Rivette et d’autres. Bref, ce livre traite avant tout de magie, de la gnose, de poésie bien sûr aussi, mais de la poésie entendue au sens lourd ; pas d’odelettes ici, pas de gentils sonnets, que du verbe à même de modifier le cosmos en brisant les cercles magiques... Avis aux non-initiés [2] : gare à l’allumage !

Nonobstant, le voyage vaut le coup. Même s’il tourne en boucle sur quelques rapprochements originaux dont il est visiblement très content car ils lui permettent de recycler d’anciennes études (Lynch, Rivette, les Beatles...), Thiellement ouvre réellement des portes [3] et dit même des choses tout à fait raisonnables et intéressantes :

Ainsi Freud fut le saint Paul de Zarathoustra. Les derniers hommes purent, par son biais, culpabiliser ceux qui ne l’étaient pas, créer un nouveau système occidental universel de modélisation qui prétendrait à la science, faire d’eux-mêmes les seuls lucides quant à leur condition, et des innocents des malades dangereux à soigner. La découverte de la mort de Dieu chez Nietzsche devait être la découverte de la multiplicité inhérente au moi [...] Au lieu de ça, on renvoya le jeune nerveux à sa structure familiale, on en fit un pouilleux, un assassin inconscient, un grec décadent, un Œdipe empesté, un homme qui n’assume pas sa faute originelle, en bref : un chrétien. [p. 131].

Les pages sur Artaud sont passionnantes. Avec notamment cette citation d’une lettre à André Breton :

Voilà 31 ans que je me bats avec les eprits
et je commence à savoir ce que c’est
il y a un autre poète que moi qui a fait la même chose
il s’appelait Gérard de Nerval,
il s’appelait Gérard de Nerval et il en était arrivé à la même conclusion que moi
à savoir qu’il n’y a pas d’esprit
pas d’occulte,
pas de monde de l’au-delà,
que tout l’au-delà du mort est ici,
dans une main, un pied, un bras.
Il y donc des envoûtements,
il y a des envoûtements,
L’ignoble pudibonderie d’orgueil empêche de le reconnaître, mais c’est ainsi. [4]

Ce qu’Artaud désigne comme "envoûtement" n’est pas autre chose que l’action psychologique des autres sur soi. La magie immanente désignée par le poète peut être ramenée à la formule sartrienne : "L’enfer c’est les autres". [5]

Mais le dire comme cela serait trop simple. À l’image des créateurs qu’il admire, Thiellement aime à mêler analyse rationnelle très fine et manipulation de concepts ésotériques. Cela ajoute une dimension, sans rendre le propos plus profond pour autant.

Encore une fois, à condition de ne pas se noyer dans la ruse du magicien, L’Homme Électrique est un livre éclairant (fallait la faire). Et ce dès la première page où l’explication de la distinction sous deux espèces, bergère et reine, sainte et fée etc. d’une même figure féminine, distinction qui constitue le grand leitmotiv nervalien, est tout à fait lumineuse et simple : la bergère est la femme réelle, celle qu’on rencontre ; la reine est l’image de cette femme qui se grave dans notre esprit une fois que l’éclair amoureux a frappé ; ce qui fait qu’on n’est jamais amoureux de l’être réel, mais de son double "électrique".

Maintenant, la page se conclut ainsi :

Et c’est ainsi que l’amour se transforme en magie noire.

Hu-la-up, barbatruc !

L’Homme Électrique : Nerval et la vie /Pacôme Thiellement. Éditions MF. 2008

[1le é majuscule a certainement son sens...

[2Personnellement, c’est avec Rue des maléfices de Jacques Yonnet que j’ai rencontré Merlin l’enchanteur, lequel m’a décodé la matrice.

[3Mais pas la neuvième, qui n’existe pas si vous voulez mon avis...

[4P. 109

[5Attention au contresens sur cette formule.