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Je suis l’autre

plinous, le dimanche 6 janvier 2008.

Quelques notes issues de la lecture du petit livre de Gérard Macé, sorte de dissertation rhapsodique sur Nerval, augmentée d’un portrait littéraire du même Nerval au café de Valois par un contemporain, Auguste de Belloy.

...pour Nerval [...] l’histoire de Lénore est singulièrement active, car elle déplace et condense des éléments de la réalité qui font partie de son univers imaginaire, en même temps qu’elle réalise un voeu informulé, la mort du père. (P.39).

La mère de Nerval est morte deux ans après la naissance de Gérard, en Silésie, où elle accompagnait son mari, médecin militaire.

Inventer au fond c’est se ressouvenir.

Cette formule fameuse de la préface aux Filles du feu, Proust n’a pas manqué de la lire en reconnaissant sa conviction la plus profonde. (P.47).

... ses livres antérieurs lui reviennent en mémoire aussi bien que son enfance, qu’il compare dans Angélique à "un manuscrit palympseste dont on fait reparaître les lignes par des procédés chimiques." (P.59).

Et puisque vous avez eu l’imprudence de citer un des sonnets composés dans cet état de rêverie supernaturaliste, comme diraient les allemands, il faut que vous les entendiez tous. - Vous les trouverez à la fin du volume. Ils ne sont guère plus obscurs que la métaphysique d’Hegel ou les Mémorables de Swedenborg, et perdraient de leur charme [1] à être expliqués, si la chose était possible, concédez-moi du moins le mérite de l’expression ; - la dernière folie qui me restera probablement, ce sera de me croire poète : c’est à la critique de m’en guérir.

Cet extrait du prologue des Filles du feu (p.86) s’adresse à Dumas, lequel avait dans le Mousquetaire du 10 décembre 1853 publié El Desdichado en prévenant le lecteur que l’auteur du sonnet avait le "cerveau nourri de rêves et d’hallucinations". La réponse de Nerval, intelligente et sensée s’il en est, montre bien que la problématique de la folie nervalienne est des plus complexes.

Je suis l’autre /Gérard Macé. - Gallimard : Le cabinet des lettres.

NB : "Je suis l’autre" est une inscription de Nerval sous l’un de ses portraits.

[1Nerval joue probablement ici avec le sens courant et le sens étymologique de charme, qui vient de carmen : le chant qui envoûte, l’icantation.