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The girlfriend experience

plinous, le mardi 11 août 2009.

Steven Soderbergh a donc voulu renouer avec ses premières amours, savoir le film presque expérimental et surtout intelligent. On se souvient en effet de l’excellent Sexe, mensonges et vidéo qui à la lisière de l’underground exposait l’essor du voyeurisme et de l’exhibition, lié à de nouvelles technologies mais surtout à un repli sur soi généralisé qui complexifie le rapport à autrui tout en exacerbant le désir. The girlfriend experience est de cette lignée. Tous les ingrédients de l’esthétique expérimentale moderne sont là : chronologie cassée, mélange réalité-fiction (on pourrait parler ici de fiction-docu), gauchissement de la forme (les effets de grain de pellicule ou d’instabilité de la caméra offrent un contraste malin avec le monde extrêmement léché et "pro" dans lequel évoluent les personnages). Mais Soderbergh innove encore ici d’une façon originale : par le choix de son actrice principale.

Soit, le casting est toujours un élément de première importance pour la réussite d’un film. Mais le choix de Sacha Grey [1] va ici beaucoup plus loin, il permet au propos du film - très grossièrement : le capitalisme c’est le portrait de Dorian Gray - de sortir de l’écran pour interroger la société. Sacha Grey, en effet, ce n’est pas du olé-olé, du cochon, de la gaudriole... c’est du trash de chez Trash. Or nous nous accommodons très bien de Sacha - qu’on aille y voir ou pas, tout le monde sait que ça existe ; de même qu’on s’accommode très bien du fait que la BNP redistribue à ses actionnaires les produits de l’argent que lui a prêté l’État ou qu’on s’accommode très bien de savoir que notre bien-être matériel est construit sur la misère du Sud. On le sait mais comme c’est rangé dans le tiroir du fond, on l’oublie facilement. En mettant Sacha Grey en pleine lumière, Soderbergh dépasse le film engagé à la Costa-Gavras en impliquant concrètement le public. Plus possible de dire qu’on ne sait pas trop quelle gueule a la pornographie aujourd’hui, ce à quoi les ados sot confrontés... Recherches sur le Net, articles dans les médias, buzz... le cas Sacha Grey va pénétrer violemment la conscience collective, et ça, Soderbergh l’a parfaitement intégré à son film, lequel ne contient bien sûr aucune scène de sexe, pourquoi faire ? Mais attention : Sacha Grey n’a pas été instrumentalisée par Soderbergh. C’est une véritable actrice qui nous est révélée, rien à voir avec Traci Lords dans Blade ou Brigitte Lahaye dans, dans je sais pas quoi.

Soderbergh réalise donc deux grandes choses avec cette Girlfriend experience : un bon film qui est comme un miroir en 3D de notre société capitaliste en accélération vers le mur, et la métamorphose d’un jouet (consentant) de cette société en actrice. Must see.

[1avertissement âmes sensibles : maintenez le filtre de "modération" si vous faites une recherche Google.