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Plateforme

plinous, le dimanche 6 avril 2003.

Quand on sort d’un bouquin comme Plateforme, je crois qu’il faut d’abord exprimer sa gratitude ; on ne se fait pas chier en lisant Houellebecq ; qu’il en soit remercié.

Après, on peut éventuellement se demander ce qu’on pense d’une telle oeuvre ; je ne porterai pour ma part aucun jugement global ; je vais simplement étaler ici mes quelques notes.

1. Houellebecq est binomique

On retrouve dans Plateforme la figure du couple antagoniste masculin composé d’un obsédé et d’un ascète qui fondait déjà l’armature centrale d’Extension du domaine de la lutte ou des Particules élémentaires. Le binôme est moins apparent ici, parce qu’un personnage féminin joue un rôle prépondérant (mais on la bute) et parce que Jean-Yves, l’ascète, ne répugne pas à se faire de la chatte juvénile - mais son grand trip reste le travail. L’absence paternelle constitue une soudure visible : Michel, le narrateur avide de cul, perd son père au début du livre , Jean-Yves perd le sien à la fin ; aucun des deux ne ressent la perte d’un père dans les deux cas indifférent, sinon étranger ; ces deux morts qui encadrent le récit lient les deux personnages. De là à penser que la vie intérieure de Houell est marquée par une partition schizophrénique, obscession du travail/obscession sexuelle - assez courante du reste - il y a un pas que je franchis.

2. Houellebecq est assez Jean-Pierre Pernault

Quand une femme se fait violer dans Plateforme, par des blacks et par tous les orifices bien sûr, il y a un commissaire pour lui dire qu’elle s’en tire assez bien car il n’est pas rare que les violeurs enfoncent au final une barre de fer cloutée dans le sexe ou l’anus de leur victime... Comme au JT de TF1, la peinture qui nous est faite d’Evry est celle d’une ville en guerre et le narrateur - qui n’est pas Houell merci je sais - juge bon de faire l’acquisition d’une arme. Précisons que le narrateur lit le Figaro et que son père a été assassiné par un musulman.

3. Le style

Facile. Fond blanc, teinté d’ironie bien sûr, avec de grandes tâches d’analyses socio-économiques.

4. Problème de crédibilité du narrateur

Pas redhibitoire, Proust avait le même. Au départ, le Michel, c’est plutôt un fonctionnaire terne, qui bien que travaillant au ministère de la culture est un administratif chaudement enfermé dans sa compta. Et bien ce personnage a priori tout gris pose sur le monde un regard étrangement philosophe... Et même qu’il s’avère au fur et à mesure du récit furieusement conceptuel voire créatif. On ne porte pas le prénom de son papa pour rien.

5. C’est vraiment cool, mais après ?

C’est très agréable Plateforme, dans l’ensemble, un peu comme un massage thaï certainement. Pour un homme, l’identification au narrateur se fait facilement : il est intelligent, il n’a pas de souci matériel et il se fait sucer tout le temps ; tranquille. Les femmes doivent penser qu’elles découvrent la nature masculine ; plaisir et effroi ; plaisir donc. La philosophie générale est tranquille elle aussi : dans un monde qui part en couille, que ceux qui peuvent profiter profitent. Soit. Les Particules nous conseillaient en quelque sorte d’abandonner l’avenir aux clones ; autant répéter un surhomme plutôt que de laisser tous les débris se reproduire... Là, il s’agit d’abandonner les occidentaux à leurs vices et le tiers-monde à la prostitution, ça fera un grand brassage dont l’espèce sortira grandie, à condition que l’islam ne s’en mêle pas. Le grand laisser faire ; trop cool ! Messier doit se branler sur un bouquin comme ça.