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Le choc Baselitz

plinous, le samedi 28 février 2015.

Soyons honnêtes, les véritables chocs esthétiques sont rares. Combien va-t-on en éprouver au cours d’une vie ? Un, deux... Bien sûr, sans arrêt on s’extasie, on crie "awesome !", on recommande chaudement. Mais quid de ces rencontres avec une œuvre qui bouleversent, provoquent un syndrome de Stendhal, foudroient - comme Bergotte à la vue d’un petit pan de mur jaune - ou plus prosaïquement réinitialisent le logiciel et font qu’il y a chez le sujet touché un avant et un après ?

J’en ai connu quelques-uns de ces chocs - oui, je suis au-dessus de la moyenne mais ce n’est pas forcément une bonne chose, je vous assure. L’un d’entre eux s’est produit en 1996 au Palais de Tokyo, devant une toile de Baselitz. Une serviette - tableau de plage 6, d’après le cartouche, réalisé en novembre 1980.

Baselitz : Handtuch - Strandbild 6

Lorsque je l’ai vu cette toile, rien d’extraordinaire ne s’est produit. Ni palpitations, ni révélation, juste un arrêt. Je la trouvais belle, elle me plaisait, comme une femme dans la rue, une femme qui vous pique. Un tableau... Si, j’en avais déjà vu plein des œuvres à mon goût ! Des tonnes avec tous mes amis aux Beaux-Arts + la fac de Lettres. Mais là je bloquais. Millionnaire, j’aurais fait des pieds et des mains pour l’acheter ; je la voulais. Un moment, l’amour qui m’accompagnait est venue me décoller : "tu n’es que là, j’ai fait toute l’expo !".

J’ai réfléchi un peu à la chose. Je crois que ce qui m’a sidéré en l’occurrence est une question de probabilités. Combien y avait-il de chances pour que Bazelitz, peignant une espèce de baigneur - une pièce de viande - tenant un parachute à l’envers sur un fond bleu tâché comme tout le reste, entre en communication émotionnelle avec un spectateur ? Et à quel moment s’est-il dit : "ayé, terminé, j’ai fini ma peinture, elle fonctionne" ? Et qu’il se le dise encore - tous les gosses qui crabouillent estiment au bout d’un temps que leur gribouillage est abouti - mais que ça marche, que je sois là planté devant le gros cul sans pieds à me dire que j’aimerais tant, ne serait-ce qu’une fois, faire quelque chose comme ça, qui parle immédiatement comme la musique, wow ! Fort.

Aujourd’hui, quand je retrouve cette œuvre dans un livre, je ne ressens plus grand chose. Je l’aime bien encore, c’est tout. Mais je sais que je pourrais répondre à un hypothétique lecteur qui me demanderait un jour ce que j’ai voulu faire avec tel poème : "simple, j’ai voulu faire comme Baselitz dans Handtuch - Strandbild 6".

Baselitz : Handtuch - Strandbill 6