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Le Destin héraldique

plinous, le dimanche 10 février 2008.

Michel Pastoureau, historien, propose une lecture héraldisante du plus célèbre des sonnets de Nerval, El Desdichado. Cette lecture, qui vient ajouter à la masse colossale de la glose sur le premier sonnet des Chimères, est aussi originale que convaincante. En effet, l’étude ne procède pas d’une volonté interprétative, et partant ne prétend pas invalider les autres lectures possibles ; elle indique simplement une source d’inspiration plus que probable pour la rédaction du sonnet : Le Codex Manesse. Ce recueil de poètes courtois de langue allemande des XIIè et XIIIè siècle, somptueusement enluminé, a été conservé en France, notamment à la Bibliothèque nationale jusqu’en 1888. Rappelons Que El Desdichado date de 1853, que Nerval était un familier de la BN, passionné par le Moyen Âge, amoureux de l’Allemagne et que son amitié avec Henrich Heine, grand connaisseur de la poésie courtoise germanique, ne pouvait que le conduire vers le fameux Codex.

Quels sont les éléments que cette connaissance du manuscrit a pu introduire dans El Desdichado ?

Le manuscrit montre par deux fois un chevalier-poète arborant un écu à la tour et, surtout, il nous fait connaître ce qui doit être considéré comme l’origine picturale - et non pas littéraire - de ce célébrissime luth constellé porteur du soleil noir. [...] Cela se situe au folio 312, où l’on voit le poète Reinmar der Fiedler doté pour cimier héraldique d’un instrument de musique à cordes (vielle plus que luth ?), enflammé en quatre endroits de flammes noires (de sable, en termes de blason). Ces flammes ont la forme de soleils, et l’ensemble, par son graphisme accusé et ses couleurs sombres, produit une très forte impression visuelle.

Reinmar der Fiedler in Codex Manesse folio 312

Le "front rouge encor du baiser de la reine" et "la treille où le pampre à la rose s’allie" peuvent être également inspirées par une image représentant le poète Konrad von Altstetten.

Konrad von Altstetten in Codex Manesse folio 249

A noter là aussi le heaume cimé d’un tison enflammé de sable formant trois soleils noirs.

D’autres rapprochements sont donnés, peut-être moins nets, mais l’ensemble est vraiment probant, d’autant que Michel Pastoureau ne cherche pas a démontrer une thèse mais encore une fois simplement a donner une source. Nerval lui-même, pourtant, inciterait à être plus définitif sur la question de la lecture héraldique de son œuvre, notant, à la fin d’Angélique : "Le blason est la clef de l’histoire."

Une Histoire symbolique du Moyen Âge /Michel Pastoureau. - Seuil : La Librairie du XXIè siècle.

Lire aussi l’article Gérard de Nerval et le Codex Manesse de Simone Guers. Sa conclusion présente l’identification de Nerval à Walther von der Vogelweide, autre figure du Codex Manesse.

Walther von der Vogelweide in Codex Manesse folio 124
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Simone Guers - Gerard de Nerval et le Codex Manesse