1406PlanningBarfleur.jpg plinous.org


Le reste du chantier
  1. 1. En ce temps-là déjà…
  2. 2. C’était journée portes ouvertes à la ferme
  3. 3. Pin-pon
  4. 4. Flash back (just some illusions)
  5. 5. Le contrat
  6. 6. Urgences
  7. 7. Les enfants chauves
  8. 8. Vers un verdict (1)
  9. 9. Vers un verdict (2)
  10. 10. Car la vie continue
  11. 11. Nouvelles marques
  12. 12. Apocalypse
  13. 13. Après l'effroi




Suivre @plinous

14. Des autres

plinous, le vendredi 28 août 2020.

Juste un mot avant de passer à la période post-opératoire, juste un mot sur le rein... Oui parce que je relisais le passage précédent - je fais ça systématiquement avant de réattaquer pour enchainer sans bégaiement - et l’absence de toute mention du rein m’a sauté à la conscience ! Je parle de "nettoyage de la zone", d’ "extraction de la tumeur" mais quid du rein ? Exit le rein. La chose est claire : je n’ai jamais pu me faire à l’idée qu’on enlève un organe à mon fils. "On vit très bien avec un seul rein." Oui mais non, moi je veux toutes les pièces dans mon gars. Enlevez le truc qui grossit, grattez, nettoyez mais les trucs fonctionnels restent en place, merci. Mes désirs n’impactant pas le réel, le rein a bien été extrait, qu’il portât ou non le cœur de la tumeur - ça je ne saurai jamais. Là aussi, faire confiance, pas d’autre choix.

Je ferme la parenthèse rein et reviens à la sœur de l’ancienne élève. Du reste, j’ai envie d’élargir un peu le champ et me vider de quelques scènes touchant d’autres enfants enregistrées durant cette période de guerre. Bien, la sœur de l’ancienne élève. Comme je l’ai dit, j’ai aperçu cette gamine une première fois dans le hall de l’hôpital des enfants le jour de l’opération de Fabien. Sa mère me raconte l’histoire, le cancer de la hanche, et je perçois un désarroi. Pas le désarroi normal, assez naturel quand votre enfant est soudain affecté d’une "masse", non, quelque chose comme un mélange d’incompréhension et d’effroi venant s’ajouter à l’affliction qui suit le diagnostique. Quelque chose de relatif à la gamine, à sa personnalité, mais quoi ? Rien de franchement explicite pour l’heure malgré le flot de paroles assez dense de la maman.

Cette ado, ses parents, sa sœur (l’ancienne élève), ont fait parti durant quelques semaines de ces inconnus avec qui on devient très vite familiers dans un hôpital d’enfants. On ne s’est croisés que quelques fois durant quelques semaines, mais que ce soit Cécile ou moi, à chaque rencontre, nous avons échangé avec eux comme on le ferait avec des amis proches. La maladie, comme la guerre, comme toutes les situations cataclysmiques, abolit les temps d’approches, les préliminaires. La franchise des propos est plus intense également, comme cette fois où l’ancienne élève a évoqué ses souvenirs de collège et révélé l’image que je lui avais laissée. Pan sur l’ego ! En gros, j’étais un type qui organisait des trucs, des trucs sympas comme des concours lecture ou des sorties scolaires, mais qui aurait pu faire plus... Évidemment, je lui demandai de développer, faire plus comme quoi ? Mais là, je tombais assez vite sur un "non, laissez tomber, c’est pas grave, c’est le sentiment que j’avais à l’époque etc.", genre "de toute façon on s’en fout, il y a plus important", ce que confirmais la situation actuelle. Mais je compris quand même en titillant un peu qu’elle me voyait comme quelqu’un qui s’investissait en surface dans son boulot, essentiellement pour faire passer le temps plus vite. J’étais mieux qu’une vieille bibliothécaire qui lit derrière sont bureau en demandant le silence, mais je ne me souciais pas vraiment d’apporter quelque chose de solide aux élèves ; une sorte d’animateur de colo en fait. Je trouvais ça un peu injuste - un peu réac aussi, certains animateurs de colo m’ayant apporté plus que d’aucuns profs - mais me le tenais pour dit.