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Une claque qu’on n’esquivera pas

plinous, le dimanche 6 mai 2007.

Il y a des entreprises comme ça qui paraissent titanesques, impossibles, trop. Marivaux et la cité, dans une cité, avec de jeunes comédiens, le truc paraît tellement casse-gueule sur le papier, que non, ça va pas être possible. Ça l’est pourtant pour Abdellatif Kechiche, et devant tant de talent, osons le mot : respect ! Tous les écueils sont là pourtant, on les voit bien, y a le Rohmer à droite qui demanderait aux acteurs de surtout bien articuler, y a le Richet à gauche (Ma 6-t va crack-er) qui nous expliquerait bien tout sur l’injustice sociale ; la passe est vraiment étroite. Gloire à celui qui vaint les périls ; le film est d’une beauté à couper le souffle ! Les acteurs sont énormes, et au-delà. On sort d’un film comme celui-là en se disant que décidément les comédiens sont des êtres à part. Comment peut-on être aussi juste sans être ? C’est le fameux paradoxe. Cette prof de français par exemple (Carole Franck), c’est hallucinant, plus vrai que nature, n’importe quel proviseur la recrute demain. L’effet de réel tient aussi à l’art de Kechiche, qui filme en documentariste et qui surtout doit être un pédagogue hors norme, doublé sans doute d’un maniaque. Parce qu’une actrice confirmée encore, mais des jeunes - même de jeunes comédiens - comment fait-on pour les rendre aussi crédibles ? Enfin le résultat est là : un film complexe qui ose le jeu dans le jeu, qui libère la parole en confrontant les langues (on écoute d’autant plus les personnages parlant banlieue qu’on les a vus marivauder), qui casse de la caricature, et qui au final est beau et simple comme une évidence. Du grand art.

*****

Lu dans Chagrin d’école de Pennac :

À combien de gosses des cités notre meneur de jeu [1] effrayé par les adolescents de L’esquive a-t-il eu affaire, personnellement ? Peut-il seulement les compter sur les doigts d’une main ? Aucune importance, il lui suffit de les entendre parler dans un film, d’écouter trente secondes de leur musique à la radio, de voir brûler des voitures lors d’une flambée sociale en banlieue, pour qu’il soit saisi d’une terreur générique, et les désigne comme l’armée des cancres qui aura raison de notre civilisation.

[1Pennac ne précise pas qui est ce "meneur de jeu" mais on sait qu’il s’agit de l’animateur de débats de haute tenue sur une radio... Mon pari : Finkielkraut, notre scrogneugneu national !