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The Big Lebowski et la guerre

plinous, le dimanche 23 novembre 2003.

La première fois qu’on voit le Big Lebowski, on se marre devant un film joyeusement dingue. La xième fois qu’on voit le Big Lebo, on se pâme encore devant le scénario. Les frères Coen sont des maniaques, le moindre détail de leur film s’intègre dans l’ensemble et fait sens, ce qui ne l’empêche pas d’être profondément humain, chaleureux, et pacifiste.

The Big Lebowski s’ouvre et se ferme avec Ralph, le supermarché, "personnage" incontournable du pays de la consommation. [1] Dans la première scène du film, le Dude - le "héros", achète du lait pour ses white russians et observe George Bush à la caisse - oui, il y a une télévision à la caisse, on est aux States. Le discours offensif de Bush situe le film historiquement : on est en 91, l’Irak vient d’envahir le Koweït.

La guerre constitue un thème de fond dans le film, incarné par Walter Sobchak, le pote du Dude, récemment converti au judaïsme et qui ne s’est jamais remis du Viet-Nam. Sobchak ramène tout au Viet-Nam, ses discours empruntent aux poncifs du lyrisme militaire et sa fêlure, failure américaine, rend dangereux cet homme attachant.

L’intrigue du film tourne autour d’un tapis. Le Dude, méga-branleur, est agressé chez lui par deux voyous qui se trompent sur l’identité du bonhomme. Un des caïds pisse sur le tapis du Dude avant de partir ; celui-ci voudra obtenir réparation.

Il se rend d’abord chez Jeffrey Lebowski, le millionnaire, l’homme après qui en avaient les deux voyous. Ce gros conservateur puant envoie vertement promener le Dude qui ne l’entend pas de cette oreille et rétorque que cette "agression" ne va pas le faire.

Ses propos font écho à ceux de George Bush au début du film. La guerre du Golfe se voit rabaissée au rang de fumisterie, et George Bush est associé à un branleur.

Ce procédé est une des clés du film. Le Dude reprend systématiquement les expressions des personnages qu’il croise : Bush, une bimbo, une artiste déjantée... En se réappropriant les mots de ces gens qui ou mentent ou s’écoutent parler, le Dude, fumiste s’il en est, ridiculise ces différents discours. [2]

Bush guignolisé, Saddam est à son tour habillé : il apparaît, dans une séquence onirique, sous les traits d’un employé de bowling. C’est celui qui donne les pompes aux joueurs, celui qui a donné à Bush le prétexte pour la grande partie de casse-tout. Sobchak, l’homme cassé, le traite de camelfucker.

La guerre est une affaire de despotes carnavalesques qu’il ne faut surtout pas prendre au sérieux. Ce "message" - d’un film qui a le bon goût de ne pas prétendre en donner - n’a bien évidemment pas été entendu. Dix ans après la première guerre du Golfe, Bush fils réattaque Saddam, suite aux attentats aériens menés par Al-Qaida sur New-York - on cherche encore la causalité.

Des fous du Big Lebowski ont noté ce détail auquel pour le coup je crois qu’il ne faut donner aucun sens : cf. la date du chèque que signe le Dude au début du film

Mais laissons cette coïncidence aux amateurs de noeuds au cerveau. The Big Lebowski est une merveilleuse fable philosophique, humaniste, tendre, et qui fait constamment péter de rire ! Le bonheur, c’est simple comme un film de deux génies avec des acteurs extraordinaires.

[1les tirades philosophiques du cow-boy qui encadrent le film n’interviennent pas dans l’intrigue du film.

[2Pour cette raison The Big Lebowski est un film qui ne peut se voir qu’en V.O., la V.F. ne se donnant pas la peine de mettre en évidence cette reprise systématique et littérale des propos d’autrui par le Dude. Du reste, la traduction est à chier. Dès le début le ton est donné avec "at least I’m housebroken here" traduit par "au moins je pisse où il faut (!)."