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  2. Connections between american cloned stars
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  7. Emiluc Zolabes
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  9. Pays de KO : trop chaud !
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Les gazouillis en cours
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Suicidal tendency

plinous, le mercredi 30 septembre 2009.

L’autre soir, alors que je contais à ma dame comment nous, quelques collègues et je, preux fonctionnaires bientôt liquidés, avions refusé de nous soumettre au dernier caprice de Restructuror qui exigeait ce jour des CV "préventifs", je sentis mes deux gaillards pré-adolescents porter un intérêt inhabituel à notre conversation, un intérêt mâtiné d’inquiétude, surtout lorsque je vins à dire que trois des sbires de Restructuror venaient de Francorange-Tom. Je compris leur souci et les rassurai : non, je ne risquais pas de suivre la mode et d’aller me jeter du haut d’un pont pour que quelques optionstockés en éprouvent des remords, ces gens-là n’éprouvant jamais aucun remords, n’éprouvant pas grand chose globalement. Et comme j’étais d’humeur bavarde ce soir-là, j’entrepris de leur raconter un fait quotidien du temps de ma jeunesse.

"Quand j’étais jeune, commençais-je, le téléphone existait déjà. Si si, SI ! Le téléphone existait déjà, la télé aussi, la voiture et même l’avion. Le téléphone existait mais son fonctionnement était différent. Les combinés par exemple étaient plus imposants qu’aujourd’hui ; ils étaient le plus souvent gris et l’on ne composait pas le numéro en tapant sur des touches, mais en glissant ses doigts dans les trous d’un cadran circulaire, chaque trou correspondant à un chiffre - bon je vous montrerai il y en a un au grenier chez mamie. Bien sûr, on ne pouvait pas se promener dans la maison avec le téléphone, le téléphone fixe était alors vraiment fixe. Et détail rigolo, il y avait derrière le combiné un écouteur qu’une deuxième personne pouvait décrocher pour écouter une conversation, sans participer - et non, pas de mode "speaker".

Outre ces particularités matérielles, l’organisation du système était bien différente. À cette époque, il n’y avait qu’un opérateur. Son nom était France-Télécom, comme aujourd’hui, mais France signifiait "de l’état français" comme l’adjectif française dans Télévision Française 1. La téléphonie était alors un service public et les employés de France-Télécom étaient tous fonctionnaires - non, je ne pense pas qu’il y avait beaucoup de suicides en ce temps-là mais il faudrait vérifier. Ce qui est assez incroyable surtout les enfants, c’est qu’à cette époque, déjà, le téléphone fonctionnait ! Oui, ça marchait, vraiment : on décrochait, on composait le numéro de quelqu’un et tout de suite, là, on parlait, comme ça, comme maintenant, des heures si on voulait. Et pourtant c’était un truc public. Non, non, ça ne coûtait pas des fortunes, il n’y avait pas que les riches qui avaient le téléphone, nous on l’avait aussi. En plus, vous demanderez à mamie quand même, mais je crois bien que les factures étaient compréhensibles. Y avait même des techniciens qui se déplaçaient gratuitement à domicile quand un abonné rencontrait un problème..."

Bon, à croire que je sois allé trop loin, toujours est-il que les gosses m’ont coupé le son à ce moment-là et se sont répandus en sarcasmes fort cruels pour ma crédibilité et aussi bien sûr pour ma jeunesse préhistorique. Rien de grave, avec un entraînement quotidien on se fait très bien aux ados. Du reste c’est aussi bien qu’ils ne m’aient pas cru. D’ici qu’ils arrivent sur le "marché" du travail, les derniers services publics auront complètement disparu ; on s’entretuera pour niquer le client dans des open spaces aux fenêtres condamnées et aux murs capitonnés. Alors autant qu’ils soient prêts.