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Social-démocratie, spiritus mundi

plinous, le mercredi 21 juin 2006.

... et François Mitterrand lui-même se dit volontiers marxiste, mais pas léniniste... [1]

Il ne faut pas déconner. En vérité, on peut l’avoir un peu mauvaise en lisant cette phrase à six pages de la fin du pavé ; c’était donc là qu’il voulait en venir le Jacques : à Saint François le clairvoyant (un homme fort bien conseillé il faut dire).

Car ce Karl Marx de Jacques "la tronche" Attali est une biographie thèsifiante. Faisons simple : Karl Marx, c’est immense, surhumain quoique foncièrement humaniste, mais malheureusement on a beaucoup perverti sa pensée (surtout les révolutionnaires). La révolution par exemple, et bien Karl était très modérément pour :

[Pour Marx], la révolution est inutile en situation démocratique ; ailleurs, elle dépend de ce que décide la classe ouvrière et elle seule. "En Angleterre. par exemple, la voie qui mène au pouvoir politique est ouverte à la classe ouvrière. Une insurrection serait folie là où l’agitation pacifique peut tout accomplir avec promptitude et sûreté." [2]

Alors que Lénine, lui, n’en verra que par la révolution, quitte à la faire avec des paysans - des paysans, franchement ! Pour Marx, la campagne c’est l’éternel Moyen Âge, on ne peut faire quelque chose qu’avec des ouvriers subissant le capitalisme. Non, Lénine est tout sauf un marxiste.

Vladimir Oulianov, qui vit désormais au bord de la Lena (d’où son surnom de Lénine), critique Plekanov, le marxiste en exil en Suisse, pour sa "sous-estimation du caractère révolutionnaire de la paysannerie, sa surestimation du rôle de la bourgeoisie libérale, et un manque de liaison avec le mouvement ouvrier". [3]

Il pense à rebours de Marx et s’emploie à fonder un état dictatorial, et Attali de citer Blum au Congrès de Tours (1920) :

"Au lieu de la volonté populaire se formant à la base et remontant de degré en degré, votre régime de centralisation comporte la subordination de chaque organisme à l’organisme qui lui est supérieur ; c’est au sommet un comité directeur de qui tout doit dépendre, c’est une sorte de commandement militaire formulé d’en haut et se transmettant de grade en grade, jusqu’aux simples militants, jusqu’aux simples sections [...] Vous, ce n’est plus l’unité en ce sens que vous cherchez, c’est l’uniformité, l’homogénéité absolues."

Du reste, un an après le discours de Blum, Lénine, confronté à une situation économique catastrophique, lancera la NEP et écrira :

"Nous sommes stupides et faibles ; nous avons pris l’habitude de nous dire que le socialisme est un bien et le capitalisme un mal. Mais le capitalisme n’est un mal que par rapport au socialisme ; par rapport au Moyen-Âge où s’attarde la Russie, le capitalisme est un bien !".

Ce qui constitue un retour aux sources marxistes. Mais cet assouplissement du contrôle de l’état sur l’économie, qui s’accompagne d’un relatif relâchement de la pression policière sur la population, n’est que temporaire. Lénine reviendra vite à ses démons autocratiques et puis viendra Staline... Mais attention ! Comprenons bien Jacques : ce n’est pas la pensée de Marx qui est à l’origine d’une des deux grandes barbaries du XXè siècle, c’est la caricature qu’en ont fabriquée les révolutionnaires russes et leurs soutiens à l’étranger.

Il faut bien le reconnaître, cette idée n’est pas foncièrement originale et cette ènième défense des bien-fondés de la social-démocratie sous prétexte d’une biographie de Marx est assez décevante. Mais le livre vaut quand même pour le retour salutaire qu’il propose aux fondements de la critique du capitalisme :

Karl étudie encore l’économiste suisse Sismondi, le premier à percevoir une spécificité décisive du capitalisme par rapport aux modes de productions antérieurs. Le développement spectaculaire des moyens mécaniques de production met les capitalistes dans la nécessité de trouver des débouchés pour écouler une production toujours croissante. Ils se livrent donc une lutte à mort pour conquérir les marchés et pour diminuer le coût de la production en réduisant les salaires et en augmentant le temps de travail afin de rattraper des concurrents plus compétitifs ou de conforter leur avance sur des rivaux qui le sont moins. [4].

Le constat est évident : rien n’a changé, si ce n’est que la lutte à mort s’est mondialisée. Logiquement, pour tous les marxistes (mais pas léninistes) comme Attali, le triomphe de ce capitalisme planétaire devrait en fait annoncer l’avènement du socialisme universel. Pourtant, curieusement, le grand conseiller achève son ouvrage sur une prophétie houellebecquienne :

Si l’homme devient ainsi une marchandise, à terme, il sera cloné, comme tel, malgré les illusoires digues juridiques que s’évertuent à dresser quelques pays ; nul ne pourra plus vouloir être autre chose qu’une marchandise. [5].

A se demander si les sociaux-démocrates marxistes ont une confiance véritable dans les théories de leur idole, Karl, "l’esprit du monde".

Karl Marx ou l’esprit du monde /Jacques Attali. - Fayard.

[1p.498

[2Interview accordée au journal américain le New York World, en juillet 1871. (P.351)

[3p.445

[4pp 97-98

[5p.503