0331.jpg plinous.org



Le random tour
  1. Ça, c’est un baiser
  2. Lettre d’une inconnue
  3. The not so Good Life
  4. Les nombilistes et les désaxés
  5. Twist again, monsieur l’ours !
  6. The Charlatans, les bien nommés
  7. Plateforme
  8. sonnet 077
  9. hi hi iphone
  10. sonnet 018




Les gazouillis en cours
Tweets by @plinous

Accueil > Choses > Littérature > Qu’est-ce que la littérature (en avril 2008) ?

Qu’est-ce que la littérature (en avril 2008) ?

plinous, le jeudi 1er mai 2008.

Asile de fous de Régis Jauffret vs Millenium 1 de Stieg Larsson

Une semaine de villa blanca en Espagne, hors saison donc sans belges en short, c’est évidemment aussi une invitation à la lecture. Sous le palmier, au bord de la piscine, j’ai donc avalé l’Asile de fous de Régis Jauffret et Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (Millenium 1) de Stieg Larsson, deux livres aux antipodes et deux déconvenues, globalement.

Asile de fous est une oeuvre littéraire, en ce sens que l’auteur a visiblement longuement mastiqué sa forme et que la matière qu’il nous régurgite comprend des éléments digérés de ce qui fait la littérature moderne : confusion des points de vue, absurde, lacanisme... Quatre points de vue ici, qui s’enchaînent sur le mode "fondu", avec pour chaque discours une alternance de délire et de raison, le délire étant toutefois dans la raison et la raison dans le délire à l’image du yin et du yang. Quelque soit le personnage qui porte le discours, ingénieur chez Airbus ou jeune femme lettrée, ses propos sont riches en couille, anus, papa maman chatte ; tout le monde est équipé pour l’auto-analyse. Autant dire que les personnages n’existent pas vraiment, ce que confirme le scoop de la fin du livre : la vie d’un roman n’est que vie factice, faite de mots ; on ne nous l’avait pas déjà dit... Jauffret ose même le coup du livre en train de s’écrire ; là franchement c’est abuser !

Bon, malgré tout ça se lit, le style est vraiment excellent, mortellement drôle parfois. Le problème d’un tel livre c’est qu’on se dit à la fin que vingt pages auraient suffit et que 2000 auraient été possibles ; pourquoi arrêter la logorrhée ? Pourquoi la commencer aussi ?

Les hommes qui n’aimaient pas les femmes maintenant, sans transition puisque je ne vois pas comment en faire une. Nous changeons radicalement de registre en passant de la librairie au supermarché. Stieg Larsson, paix à son âme, donne en effet dans le produit. Le bon produit, attention, ses 574 pages se lisent plus facilement que les 200 de Jauffret, il ne s’agit pas de cracher dans la soupe. Mais voilà, c’est bon comme du bon pain de mie industriel : c’est si vite avalé qu’on se demande si quelqu’un n’a pas prémâché le truc. Une chose est sûre : on ne risque pas de se casser les dents sur la forme. Qui a lu Agatha Christie se retrouvera en terrain connu, avec les bosses et les creux en moins. Le découpage en chapitres est pensé comme les coupures pub à la télé ; normalement on ne doit pas être gêné en pleine action par une envie de pisser ou une petite faim. Bref, on est dans du Best Seller, le dernier que j’ai lu comme ça s’appelait le Da Vinci Code. Le fond maintenant. C’est pareil : pas besoin de plonger à quatre mètres, tous les coquillages ont été placés dans le fond du petit bassin ; à peine la tête sous l’eau que vous avez déjà les méchants nazis, les femmes fatales toutes amoureuses du personnage principal qui est un type vachement bien (genre Stieg Larsson un peu), le monde des affaires, le sexe, les médias, le tueur en série, le hacking style Matrix, enfin tout, il y a absolument tout et ce tout se termine totalement bien, même si le personnage principal a eu chaud à ses fesses, c’était moins une, personnellement j’ai eu peur.

Encore une fois, sur la chaise longue avec une orange pressée, ça le fait bien, et il n’y a pas de mal à se faire du bien, c’est vrai. C’est juste que ce serait encore mieux si l’effet pouvait glisser un peu moins vite, si quelques aspérités permettaient de s’accrocher, de garder un souvenir, d’avoir le sentiment de s’être un peu enrichi et pas simplement d’avoir consommé.

C’est le hasard qui m’a fait lire successivement ces deux bouquins et je n’ai pas l’intention de tenter une synthèse d’artifice, encore moins de conclure quoi que ce soit d’une expérience fortuite. J’ai simplement une question : y a-t-il une place aujourd’hui dans la production littéraire pour des oeuvres qui ne soient ni des produits formatés ni de purs exercices de style ? Et la question subsidiaire : vous avez des titres ?