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Le random tour
  1. Vercors, à l’élastique
  2. sonnet 208
  3. sonnet 256
  4. sonnet 244
  5. sonnet 232
  6. Quietus interruptus (avec bug)
  7. Été 2013, été
  8. sonnet 092
  9. sonnet 025
  10. sonnet 224




Les gazouillis en cours
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Point limite

plinous, le mardi 6 janvier 2009.

Ça fait longtemps que je n’ai pas causé dans le web, n’est-ce pas ? Pourtant, Dieu sait que la demande est forte ! Mais je résiste ; je ne suis pas un vulgaire blogueur moi Monsieur, je fais des vers, permettez. Toutefois, pour la nouvelle année, soit, un effort, frappons des mots, ajoutons quelque rien au grand tout qui se réchauffe et grossit. Et j’entends bien, pas du désespérant ! Le marmot 2009 n’en a sans doute pas besoin.

Hier soir, je lisais la correspondance de Flaubert, comme toujours - j’en suis au volume 4. Dans la lettre de George Sand à Gustave datée du 9 janvier 1870, l’écrivaine rapporte cet étonnement de jeunes gens de ses proches à propos de L’Éducation sentimentale : "Pourquoi cet homme si bon, si aimable, si gai, si simple, si sympathique, veut-il nous décourager de vivre ?" Et George Sand d’ajouter : "C’est mal raisonné ce qu’ils disent, mais comme c’est instinctif, il faut peut-être en tenir compte." C’est mal raisonné en effet, car Gustave, quoique grand Sadien, ne prenait pas un triste pied à désespérer ses lecteurs. Mettre à poil un monde devenu kitsch et bourgeois lui coûtait. Son truc, c’était plutôt les grandes fresques épiques, les délires mystiques, la lumière éternelle. Mais la grande élévation de son temps fut celle de la Banque, il fallait bien en témoigner.

Aujourd’hui, Liliane Bettencourt fait don de 993 millions d’euros à son photographe. Sans doute le vaut-il bien. A la télé, le Zapping donne la mesure de l’accélération globale. Ce qui me paraît le plus remarquable, ce n’est pas tant le caractère exponentiel de toutes les croissances - inégalités, progrès, destructions, réalisations, images, vacarme - non, ce qui me frappe, c’est l’évidence des limites humaines. L’homme peut concevoir du très complexe, fabriquer des machines incroyables mais la sagesse est hors de portée. Je sais, les philosophes le disent depuis l’antiquité, mais aujourd’hui, notre chienlit mondialisée le prouve, comme la physique a prouvé les atomes au siècle dernier. Bardé de technique, et pas plus fin qu’hier, l’homme s’élève en vrille comme cette X-men qui ne contrôlait plus son pouvoir. Homo habilis, homo sapiens, homo spectaculis, Terminator. Extraterrestres si vous me lisez : garez vos miches !

Cela dit, et même si j’ai fait des enfants, je suis tout de même heureux de vivre cette époque. C’est sûr, ça va secouer - le manège tourne déjà vite - mais au moins, nous, on a le privilège de les voir les limites ; l’horizon s’est enfin rapproché ; on y est. Voter à gauche, faire du yoga, cultiver son jardin (bio), toutes nos louables gesticulations n’y feront rien. L’Homme va se trouver confronté à lui-même et non plus à l’autre, le barbare, le mécréant, le communiste, le libéral, le voisin... Attention ! On va continuer à s’en foutre plein la gueule évidemment, mais l’idée va émerger dans la conscience collective que le combat qui se joue, désormais, c’est le duel de l’humain contre son double (limité lui aussi, par définition). Or dans le genre fantastique, ce type de combats annonce la fin du héros.

Désespérant au final ce billet, quoique j’en aie dit, comment ça ? Vous pensez à toutes ces générations qui ont trépassé en se disant qu’un jour peut-être on saurait le mot de la fin ? Nous sommes les athéniens qui allons s’atteindre ! Hourra ! Yippee ! Happy new year ! Vive 2009 ! La santé surtout !

Bon, que cet apocalypse ne vous empêche pas de prendre de bonnes résolutions. Personnellement :
- je ferai grève le 29 janvier,
- je polluerai encore moins le vrai monde et le cyberespace,
- Je ferai plus de sport (l’idée m’est venue en rentrant du boulot, à un feu rouge, sous une affiche).