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  2. Refusé 11 : Les étoiles
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  4. Tiellement allumé !
  5. sonnet 302
  6. sonnet 208
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  8. sonnet 305
  9. L’inconditionnel
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Pétole et déprime

plinous, le dimanche 29 août 2004.

Je crois que j’ai peut-être un peu déprimé un type ce matin, et ça me gêne quelque part (mais où ?). Ce type avait fait comme moi, il avait fait confiance à la météo qui annonçait du vent et s’était levé pour profiter de la marée haute qui tombait à 9h30. On s’est retrouvés sur la plage, comme deux cons, à fixer la mer après un bord laborieux. Pas de zef. Le type m’a adressé la parole :

- C’est vraiment un sport de cons, hein ? Nan mais franchement, pourquoi on perd tout ce temps à charger le matos, à gréer des voiles, tout ça pour finalement attendre un vent qui se lève une fois qu’on est parti ?

Evidemment, la question était toute phatique, aucune réponse n’était attendue - ou un acquiescement vague, il s’agissait d’amorcer la conversation qui porterait immanquablement sur le matos, les spots, la concurrence du fly-surf etc. Mais je n’étais pas trop d’humeur, alors j’ai répondu :

- On est là pour s’occuper, pour ne pas penser à la mort.
- Ah vraiment... Vous croyez ?
- Oui, c’est tout l’intérêt des loisirs.

Là, le type était très emmerdé. Il n’avait visiblement pas le caractère à me planter là pour scruter la mer un peu plus loin, alors il a voulu approfondir. Très vite, la conversation a atteint des sommets, "ce que les surfers cherchent derrière la vague" tout ça, jusqu’à Platon, les idées derrière les reflets... Pauvre type ! Il avait dû se lever à huit heures un dimanche, quitter le paddock chaud avec sa femme dedans qui aurait peut-être bien voulu, pour aller s’échouer sur une plage en combinaison mouillée avec un mec qui lui parle de la mort et de Platon ! Merde ! Et demain c’est le turbin !

Vraiment, il avait beau faire bonne figure, on sentait la consternation intérieure. Mais il n’avait qu’à s’exprimer aussi, merde ! Pourquoi ne pas dire "Vous savez moi Platon, en règle générale, j’en ai un petit peu rien à branler. Complètement même. Tout le temps". Et d’embrayer sur la dernière voile de chez Pryde, les conditions d’enfer à Port-Leucate ou tout autre sujet ad hoc pour deux véliplanchistes en mal de vent. Non, il a préféré subir la philo sombre d’un emmerdeur mal luné, tant pis pour lui. Si seulement le vent s’était réveillé, on se serait tiré une bonne bourre et il aurait très vite compris que si on s’adonnait aux loisirs pour oublier la mort, on pouvait en même temps en tirer un sacré plaisir. Mais pas de bol, le vent ne s’est pas levé, et le type est reparti après m’avoir serré la main, sans doute en maudissant son étoile.