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Malheureux les aveugles

plinous, le dimanche 8 janvier 2006.

La Symphonie pastorale aurait pu être une oeuvre amusante, une fable un peu cruelle pour l’édification des hommes mûrs qui se font des films quand débarque la copine du fils. Mais finalement c’est un drame, avec conversion et mort de l’héroïne, comme si l’auteur voulait donner des gages de sérieux moral et de gravité mystique. Ce faisant, il se rapproche de son pasteur qui assume la narration sous forme de journal. Ce pasteur, dénué de tout humour, ou bien manque profondément de lucidité - ce serait en quelque sorte le véritable aveugle du récit - ou bien est d’une mauvaise foi consternante, le comble pour un pasteur. La vérité prend sans doute un peu des deux propositions. Quoiqu’il en soit, le récit est donc conduit par un personnage souvent horripilant ; ce choix de Gide est intelligent, presque courageux, c’est sans doute le point fort du livre.

Saint Paul vs le Christ

Jacques, le fils du pasteur serait paulinien (d’après son père) alors que le pasteur se réclame pour sa part du Christ. Ceci rapproche encore le narrateur et l’auteur. Celui-ci écrit en effet dans son Journal, le 30 mai 1910 :

Mais mon christianisme ne relève que du Christ. Entre Lui et moi, je tiens Calvin ou Saint Paul pour deux écrans également néfastes. Ah ! si le protestantisme avait su aussitôt rejeter Saint Paul ! Mais c’est à Saint Paul, non au Christ, que précisément Calvin s’apparente.

Saint Paul est un personnage emblématique du protestantisme. Cet apôtre tardif s’est converti après que le Christ lui est apparu sur le chemin de Damas. Paul, fort de cette "théophanie" (apparition de Dieu), n’obéit et ne tient son message que d’une seule autorité : le Christ lui-même. Paul est également un apôtre intransigeant, "raide", que ceux qui souhaitent une étude "compréhensive" de leurs cas de conscience ne vont pas invoquer. Le pasteur nous apparaît donc plus proche du catholicisme que son fils. Pourtant, après que Gertrude a recouvré la vue et pris conscience du mal que son idylle avec le chef de la maison a pu causer, c’est Jacques qui la convint de se convertir avec lui au catholicisme. ce qui confirme définitivement que l’aveugle de cette histoire est bien son narrateur.

La Symphonie pastorale /André Gide. - Gallimard.