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Le random tour
  1. Ô Barbeuq !
  2. sonnet 304
  3. A cynical world
  4. Pourquoi le braisil ?
  5. Le contrat
  6. Tcho Min Min
  7. Tintin dans le texte
  8. La mort de Nate
  9. inapproprié, mon cul !
  10. sonnet 129




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Les marchands

plinous, le mercredi 5 novembre 2014.

Les sacrifices humains perdurent. Tous les jours nous sacrifions nos âmes au grand Moloch. Tous les jours nous allons au travail.

Alors oui, plus compliqué, et le mais :
- mais nous ne travaillons pas tous en Chine dans les hangars Apple...
- mais nous ne travaillons pas tous dans des usines d’armement ou de fabrication d’engrais...
- mais nous ne subissons pas tous de petits managères de merde issus d’écoles de commerce low cost...
- mais on est bien content d’utiliser des infrastructures que d’autres ont réalisées dans le cadre de leur travail...

Oui, certains ont plus de chances que d’autres, et le travail librement consenti pourrait cimenter la société. Mais dans le système actuel, nous ne sommes que des putes, et nous le savons bien.

C’est une pute justement, dans la pièce de Pommerat, qui éclaire par contraste et le plus simplement du monde cet état de fait. Elle, qui voudrait tant se faire accepter par le groupe qui a lié son destin à celui de l’usine Noircilor, révèle un jour la nature exacte de son travail, car il s’agit bien d’un travail, oui... Devant le rejet, elle a ces mots terribles : "Mais je ne vends que quelques petites parties de mon corps...". Nous, nous vendons tout, âme comprise.

Cette prostituée ressemble à la sœur de la narratrice qui a mal au dos. D’ailleurs tout le monde ressemble à quelqu’un dans ce cube. Nous aussi nous nous ressemblons, mais nous n’en avons pas conscience, nous sommes mal éclairés. Car avant de donner dans la sociologie déprimante, comme les paragraphes ci-dessus pourraient le faire croire, la pièce de Pommerat est une succession de tableaux poétiques proprement illuminés. Les jeux de lumières subtils et signifiants sont magnifiques. Le son aussi est étonnant, avec ces personnages qui émettent des bribes de paroles dans une langue incertaine, style Age of Empire (pour les geeks) ; du moins au début car peu à peu la parole se fait plus claire.

Les Marchands est un festival pour les sens. Un beau moment. Et pour le fond, ne vous inquiétez pas, le message est optimiste : après la crise, l’usine réouvre !

Les Marchands de Joël Pommerat : http://www.tnt-cite.com/#/95/Les-Marchands