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Le random tour
  1. Un réveillon au réveil
  2. sonnet 347
  3. Les cloches sont bien passées
  4. sonnet 297
  5. sonnet 355
  6. Pouvez répéter ?
  7. sonnet 192
  8. Los Caballeros (duo de sang chaud)
  9. Bonheur zaghouanesque
  10. sonnet 112




Les gazouillis en cours
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La possibilité d’évoluer un peu ?

plinous, le dimanche 3 janvier 2010.

Je ressentis aussitôt une certaine tristesse à constater que je n’avais toujours pas renoncé à être ce que j’avais été, tout au long de ma carrière : une espèce de Zarathoustra des classes moyennes. [1]

Voilà, et le blogueur déjà fatigué par le bloguing de se sentir justifier à dire : "inutile de commenter La possibilité d’une île, ce que j’ai déjà dit sur Plateforme peut parfaitement coller."

Ajoutons quand même quelque chose : Stéphane Guillon. Le narrateur principal - et premier - de La possibilité est un comique qui verse dans une provoc misanthropique et noire de noire, un Guillon donc. Houellebecq c’est comme Stéphane Guillon, aussi désespéré et désespérant, aussi tragiquement drôle, aussi intelligent et con, fort et faible... Néfaste, au final, mais plutôt jouissif. On lit Houellebecq comme on se pinte la gueule ou comme on baise une jeune femme intéressée : à la fin on paie mais en attendant, c’était bon.

Qu’est-ce qui est si bon ? L’organisation du récit, pris en main par un narrateur principal et ses clones successifs ; une bien belle trouvaille. Et puis le style, bien sûr, avec notamment ces sentences sociologico-sardoniques :

les homosexuels eux-mêmes, après une brève période de frénésie consécutive à la libéralisation de leurs pratiques, s’étaient beaucoup calmés, aspiraient maintenant à la monogamie et à une vie tranquille, rangée, en couple, consacrée au tourisme culturel et à la découverte des vins de pays. [2]

Il y en a une sur les enfants également p. 67 qui est très drôle quoique un peu facile. Enfin il n’y a rien de très difficile ici. Sauf peut-être la sensation assez désagréable d’être embringué doucement mais sûrement dans une complicité nauséabonde. Passons sur le détachement intouchable de l’anarchiste de droite face aux "fatalités" :

J’étais une sorte de collabo. J’évitais au monde des révolutions douloureuses et inutiles - puisque la racine de tout mal était biologique, et indépendante d’aucune transformation sociale imaginable ; j’établissais la clarté, j’interdisais l’action, j’éradiquais l’espérance ; mon bilan était mitigé. [3]

On maugréera de lassitude à chaque clin d’œil foireux comme le QG parisien du narrateur, le Lutetia... Mais il serait bon de s’arrêter quand l’ex-raëlien fait tonner la grosse Bertha :

Une opportunité historique exceptionnelle de dépeuplement raisonné s’était offerte au début du XXIe siècle [...], à la fois en Europe par le biais de la dénatalité et en Afrique par celui des épidémies et du sida. L’humanité avait préféré gâcher cette chance par l’adoption d’une politique d’immigration massive, et portait donc l’entière responsabilité des guerres ethniques et religieuses qui s’ensuivirent... [4]

De cette phrase célèbre des Particules élémentaires, j’aurais pu adhérer au Front national, mais à quoi bon manger de la choucroute avec des cons ?, on a surtout voulu retenir la blague de la choucroute. La première partie de la phrase dit quand même quelque chose. Imaginons un FN moins ringard, plus tourné vers l’avenir voire carrément SF, un FN qui ferait défiler les clones en uniformes... Qu’en dirait-il notre sympathique Michel ?

La Possibilité d’une île /Michel Houellebecq. Fayard, 2005.

[1p. 412

[2p. 369

[3p. 159

[4p. 446