0745.jpg plinous.org



Le random tour
  1. sonnet 171
  2. Tout est dans la Correspondance (I)
  3. Mémoires du divin Joyaux
  4. (Cyber)connerie de Tom Clancy
  5. Girls in Tournefeuille
  6. Speechless
  7. Le nouvel amour est consternant
  8. La vibration Vaneigem
  9. Scène de soldes
  10. Qu’est-ce que la littérature (en avril 2008) ?




Les gazouillis en cours
Tweets by @plinous

Accueil > Choses > Littérature > L’éducation d’un malfrat

L’éducation d’un malfrat

plinous, le vendredi 6 mai 2005.

L’Éducation d’un malfrat/Edouard Bunker. - Rivages/Noir. Je vais commencer par le noeud du problème, ça va me détendre, je pourrais peut-être pondre mes dix lignes après. Voilà, à mon sens, ce livre est une prouesse et un ratage.

L’Éducation d’un malfrat est un récit autobiographique qui se voudrait l’histoire d’une rédemption par la littérature, consommée et fabriquée. Bunker - Mr Blue dans Reservoir dogs - raconte le calvaire impressionnant d’un gamin livré à lui-même, puis livré aux services sociaux, lesquels passent la balle aux éducateurs musclés qui bottent en touche vers les psys, lesquels abdiquent, malgré leurs certitudes, et refilent le fou à l’autorité judiciaire. Le livre pourrait s’apparenter à un guide touristique des maisons de correction, prisons, asiles et pénitenciers de la Californie, n’était l’incroyable violence qui domine chacun de ces lieux et qui donne une franche envie d’aller s’évader ailleurs.

Deux interludes distrayants ponctuent heureusement la visite derrière les barreaux ; le premier où l’ado Bunker se pavane dans la piscine de Citizen Kane (Hearst) et côtoie le gratin hollywoodien en tant que protégé d’une ex-star charitable (?) ; le second où le jeune Bunker braque des macs, deale, trafique dans tout et séduit de belles putes fixées. De l’ensemble émerge un point de vue unique, de l’ombre, sur l’Amérique des années 60-70 qui fait de ce récit un témoignage vraiment intéressant. Le parcours de Bunker impose le respect et la compassion, du "plein la gueule" de chez "plein la gueule", genre il en faudrait même pas le dixième pour briser l’envie d’écrire ou de faire n’importe quoi chez l’individu lambda.

Mais, parce qu’il y a un mais puisque j’ai parlé de ratage, ce livre, pour édifiant qu’il soit, me semble vide poétiquement. Jamais je ne suis sorti du livre écrit par un taulard épris de littérature. Le style de Bunker, pas aidé par la traduction [1], semble trop chargé par le poids de la matière et l’envie irrépressible d’exhiber l’écrivain advenu malgré tout. Et pour tout dire, c’est assez laborieux par moment. Mais je vais laisser une deuxième chance à Bunker, je veux voir ce que donnent ses romans.

[1Elle tenait une bague avec un diamant dont j’aurais cru que c’était un faux s’il n’avait été dans la main de Mme Hal B. Wallis... P. 80