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  6. As-tu bien bu La Chartreuse ?
  7. Connais-tu Saint-Simon (le mémorialiste) ?
  8. Refusé 11 : Les étoiles
  9. sonnet 298
  10. sonnet 239




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L’athéologie vite traitée

plinous, le mardi 12 septembre 2006.

Pour moi, le contrat du "Traité d’athéologie" de Michel Onfray est respecté à 25%. En effet, selon les termes mêmes de la quatrième de couverture, l’objet du livre est d’établir un athéisme argumenté, construit, solide et militant. Ce traité est incontestablement militant. Humaniste aussi, drôle, léger, bien écrit, sympathique... Mais pour ce qui est de la solidité de l’athéisme construit par Onfray à grands coups d’ "arguments" dans la gueule des imams-curés-rabbins, en gros ça doit valoir la maison de paille du premier des trois cochons.

Qu’on s’entende bien. Ce livre n’est certainement pas inutile à un moment où notre grand ministre de l’intérieur et futur empereur des français offre aux religions le monopole de la gestion du spirituel [1]. Mais de la part d’un philosophe, qui plus est dans un traité - donc un écrit fondateur - j’attendais autre chose qu’un tir de barrage. L’existentialisme athée de Sartre procède d’une démonstration, imbitable peut-être, mais supérieure toujours à la simple dénonciation. Moi qui me définis comme agnostique, j’aurais bien aimé que ce livre m’explique sur quoi se fondent les certitudes de l’athée, car l’athée sait, l’athée sait que Dieu n’existe pas. "Dieu", comprenons-nous, "une essence", "une pensée première", "l’architecte des déistes"... Évidemment, le grand type chevelu et irascible qui pique des colères sur le mont Sinaï, celui-là, il n’y a pas que l’athée qui le range à côté du père fouettard dans le catalogue des contes effrayants. Non, voilà, je pensais qu’Onfray aurait peut-être la carrure pour me sortir du doute et me convaincre de l’inexistence de l’essence. Dommage.

L’obscurantisme, cet humus des religions, se combat avec la tradition rationaliste occidentale. [2]

Boum ! Là on est au début du livre et on se dit que ça démarre fort ; ainsi donc, seul l’occidental serait armé culturellement pour combattre l’obscurantisme, soit l’anti-pensée ? On attend le développement, on est heureux d’être de l’ouest élu, mais on reste incrédule. Il n’y aura pas de développement.

Suit un élément d’athéologie solide : une étude historique de l’athéisme - en occident donc - avec notamment cette contestation intéressante de la présentation scolaire de la philosophie des Lumières, aveuglée selon l’auteur par le déisme des Voltaire-Rousseau et consorts aux dépends d’un fort courant athée.

Silence sur Meslier l’imprécateur (Le Testament, 1729), silence sur d’Holbach le démystificateur (La contagion sacrée date de 1768), silence également dans l’historiographie sur Feuerbach le déconstructeur (L’essence du christianisme, 1841), ce troisième grand moment de l’athéisme occidental. [3]

Viennent ensuite quelques éléments d’histoire comparée des monothéismes qui autorisent Onfray à nous avertir : croire tue.

Les trois religions monothéistes invitent à renoncer au vivant ici et maintenant sous prétexte qu’il faut un jour y consentir : elles vantent un au-delà (fictif) pour empêcher de jouir pleinement de l’ici-bas (réel). Leur carburant ? La pulsion de mort et d’incessantes variations sur ce thème. P.94

Bon d’accord, croire en un Dieu nuit à ma santé, mais me faut-il pour autant croire en l’absence de toute essence première ? Et sur quoi se fonderait cette croyance ? Une anti-foi ? Onfray s’insurge contre les oukases du verbe religieux qui crée la vérité par magie [4], sans s’apercevoir que lui-même use d’un procédé inverse mais tout aussi curieux : jamais il ne dit ce qui fonde l’athéisme et l’athéisme est fondé ! Ici, c’est l’absence d’énonciation qui crée la vérité.

Puis vient une étude particulière du christianisme. On pénètre alors dans la zone de grande faiblesse du livre. Pour qui connaît Corpus Christi, le formidable travail de Prieur et Mordillat, où sont très intelligemment juxtaposés les propos de spécialistes (des vrais) de l’exégèse, de l’histoire antique, de l’Eglise..., cette contribution d’Onfray inspire la compassion.

D’autant que pour finir, celui-ci nous gratifie d’une leçon psychanalytique sur le cas "Paul de Tarse" ;

Incapable de mener à bien une vie sexuelle digne de ce nom, Paul décrète nulle et non avenue toute forme de sexualité pour lui, certes, mais aussi pour le reste du monde. (P.169).

Là, nous touchons le fondement du bouquin. La mère de Carlos n’aurait pas dit mieux.

Bref, pour les amateurs de livres qui bastonnent, c’est bon, ce "traité" traite sévèrement les méchants, à grands coups d’ironie mordante et d’indignation comminatoire. Pour ceux qui se posent des questions... Nihil nove sub soli.

Traité d’athéologie /Michel Onfray. - Grasset

[1...la République organise la vie dans sa dimension temporelle. Les religions tentent de lui donner un sens... in La République, les religions, l’espérance de Nicolas Sarkozy (p.16).

[2P.30

[3P. 57

[4Le genre évangélique est performatif - pour le dire dans les termes d’Austin : l’énonciation crée la vérité. Les récits testamentaires se soucient comme d’une guigne du vrai, du vraisemblable ou du véritable. En revanche, ils révèlent une puissance du langage qui, en affirmant, crée ce qu’il énonce. [...] Jésus n’obéit pas à l’histoire mais au performatif testamentaire. (P. 158).