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Le random tour
  1. sonnet 268
  2. Scène de soldes
  3. Porte-couleurs
  4. Vivre l’essence précédée
  5. sonnet 145
  6. sonnet 329
  7. Les enfants chauves
  8. Barthes, champion de tennis
  9. Vivre, avec ou sans permis
  10. Soulagement (WIP)




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L’art de la joie (unisexe)

plinous, le samedi 12 février 2011.

- Jacopo : C’est un livre rien que pour les femmes ?
- Non, Jacopo [...] Bien sûr, c’est un livre qui s’adresse aux femmes, mais...

Mais. Oui, "mais". Mais les hommes peuvent le lire aussi, devraient le lire aussi. C’est sûr. Enfin sans doute. Mais.

D’abord c’est Agnès Jaoui au dernier Marathon des mots qui électrise son auditoire - avec la Dame à moi dedans - en lisant des extraits de L’art de la joie de Goliarda Sapienza. Ensuite ladite Dame lit le livre et apprécie beaucoup cette volumineuse lecture (800p quand même). Et finalement donc, curieux voire intrigué, je m’y colle.

Au début c’est bien. Au début c’est sauvage. Au début on n’explique rien, on fait confiance au lecteur. La petite Modesta vit dans une pauvreté crasse avec une mère frustre et une sœur trisomique. Le papa n’est pas là, puis un jour il revient et viole Modesta. Alors la petite fout tout ce monde-là au feu, littéralement, et débarque dans l’enfer du couvent, un enfer qui la sauve au demeurant.

Bien. J’en suis là quand une madame dans l’avion me dit en voyant le livre : "C’est magnifique ça !" Comme je suis surpris et ne comprends pas tout de suite de quoi elle parle, je dois avoir l’air sceptique... Toujours est-il que la madame ajoute : "oui, c’est un livre de femme. Tous les hommes à qui j’ai fait lire ça n’ont pas aimé." Moi j’aime plutôt. Ne serais-je pas un homme ? des nuages passent. Et puis qui c’est celle-là d’abord qui fait lire des livres aux hommes. Surtout si ce sont des livres qu’elle considère elle-même comme des bouquins de gonzesse ?!?

Je passe et continue la lecture. C’est toujours bien, mais au fil du temps, à mesure que Modesta grandit, le message se fait plus clair : une femme qui a soif de liberté doit mener une lutte sans merci - en l’occurrence au début du XXè, en Italie. On veut bien le croire. Ce féminisme affirmé ne mange pas encore le roman et ses personnages. Le discours ne gêne pas car Modesta agit avant de parler ; son éthique est sommaire : la liberté avant tout ! Elle est chaude aussi, hmmm.

Et puis Modesta devient adulte, elle commence à se dompter et s’engage en politique. À gauche évidemment, chez les rouges. Elle en aime un d’ailleurs, de rouge, mais c’est comme Lady Chatterley, le garde-chasse en a une plus grosse, c’est compliqué l’amour. D’autant qu’il y a le mari mongolien, Béatrice aussi, l’amante amoureuse du même rouge... Oui, complexe mais bien, parce que pas de blabla convenu et une morale pragmatique : la liberté peut s’acheter ? Alors j’achète.

Survient le fascisme. Jusque-là tout va bien encore. Modesta n’hésite pas à faire tuer 3 chemises noires qui ont massacré son rouge. Œil pour œil, dent pour dent. Modesta en Corleonne rosso, va bene ! Le noir monte, il faut faire gaffe, vivre quand même, planquer des amis, faire des enfants, les élever, gérer le domaine et les états d’âme de Joyce, la rebelle torturée qui ne peut pas se voir en gouine.

Et avec tout ça, Modesta vieillit. Et modesta devient doucement un mix de George Sand et de Françoise Dolto. C’est à partir de là que ça cause... Mamie Liberté expose son amour de la vie et sa philosophie pratique. C’est positif, frais, vrai, engageant, comme une lettre d’Amantine Dupin à Gustave Flaubert. Mais ce n’est plus du roman. L’idée a pris le dessus, Sapienza expose la sagesse. OK.

Pour moi l’aventure s’est arrêtée p. 600. Ce fut une belle aventure même si je ne l’ai pas menée jusqu’au terme choisi par l’auteure. Et les mecs, pouvez y a aller aussi. Contrairement à ce Paradis conjugal que j’ai lu récemment et auquel on pourrait aussi coller bêtement l’étiquette "livre de femmes", dans cet Art de la joie, il y a de la chair, du feu, du sang ; de la vie.

L’art de la joie /Goliarda Sapienza. - Pocket 13510