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  9. sonnet 142
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L’État de choix ou la Révolution si je veux

plinous, le mardi 10 août 2004.

En tant que connard de blogueur, je tiens à vous livrer l’état de ma réflexion politique. Ça me semble important.

On rencontre des gens en vacances, on retrouve ses collègues de taf, on discute, on lit des trucs, on voit des trucs, on écoute des trucs et partout on ressent une espèce d’accablement. Le monde part en sucette, l’humanité est de moins en moins humaine, en gros c’est la merde. Mais on n’y peut rien. On n’y peut rien parce qu’il n’y a pas d’alternative. "There Is No Alternative" : TINA, le surnom de Margaret Thatcher, la divine. L’idéologie libérale a remporté le morceau en gravant au burin ce credo dans les cervelles : l’économie a des règles intangibles, on n’y peut rien. Vous ne vous révoltez pas quand on vous dit que deux droites parallèles ne vont pas se toucher alors pourquoi voudriez-vous que les entreprises ne se concentrent pas, ne dégraissent pas, ne se délocalisent pas, etc. C’est la loi du genre point.

Ou alors c’est le communisme (rire). Vous en voulez de l’économie adminsitrativée, des queues devant les magasins, des boîtes de conserve grises, des Traban ? Des défilés sur la place rouge, des micros, la Pravda ? Et du Goulag ? Vous en voulez du Goulag ? Le Goulag c’est un peu cliché c’est vrai mais en même temps ça a existé, sévère même. Alors non, vous ne voulez pas de Goulag, pis vous voulez pas du reste non plus parce que vous préférez vous faire un Big Mac quand ça vous dit et raconter des conneries dans votre blog. Bah ouais. Donc il n’y a pas d’alternative, CQFD, Affaire pliée, Sellière gagné.

Mouais. Et bien moi je crois pas. On est combien à penser, quelque soit le fourre-tout que représente ce slogan, qu’un autre monde est possible (possible, souhaitable et nécessaire en fait à moins qu’on veuille vraiment tout faire péter) ? On est beaucoup, si si. A tout ce qu’on est on représente à coup sûr ce qu’on peut appeler à tous les sens du terme une "masse critique". Or une masse critique, dans les pays riches, ça a un pouvoir d’achat, c’est-à-dire un moyen d’influer sur l’économie.

Imaginons maintenant qu’un pouvoir politique - pas n’importe lequel évidemment, on va pas demander ça à Raff’ - lance une banque d’état. On ne nationalise pas à la Mitterrand, on n’empêche pas les autres de proposer des plans en actions aux pauvres, mais on propose autre chose, une alternative, une autre banque en l’occurrence. Une banque qui ne va pas proposer des taux miraculeux évidemment, qui devra équilibrer ses comptes car il n’est pas question de taxer le contribuable umpien, mais une banque soucieuse uniquement de l’intérêt de ses clients, une banque sans actionnaires. Cette banque n’aurait pas de clients ? Vraiment ? En tant que blaireau de la petite classe moyenne j’ai un compte à la BeNePe. Que fait pour moi cette putain de banque de merde que ne ferait pas une banque genre Caisse d’Epargne (en plus vraie banque) ? J’ai pas de thunes de côté, les prêts sont donc inabordables. Je le fais virer demain mon salaire dans une banque d’État qui ne me promettrait pas la lune, juste de me donner mon fric quand j’en ai besoin, et qui constituerait une réserve d’argent disponible pour des chantiers utiles à la collectivité.

Seulement, problème, une telle banque n’existe pas. Il y aurait la clientèle pour, mais non, on oublie. Et c’est là qu’elle passe à la trappe l’alternative, dans cet oubli. On oublie de dire qu’un pouvoir politique pourrait proposer, à côté du "marché", des entreprises d’état portées sur l’intérêt collectif. Le politique abandonnerait l’idée de régenter l’économie de marché, "fixer des règles" - comme si c’était possible dans une économie mondialisée ! - il se ferait force de proposition. Vous voulez placez votre argent au Crédit Lyonnais ? Pas de prob. Vous préférez ses concurrents, ok. Vous pouvez aussi le placer dans un établissement public d’intérêt général, vous avez le choix. Le choix, l’alternative.

Et ce raisonnement peut s’appliquer à tous les domaines. A côté de la médecine libérale, qu’on ne subventionnerait plus et qui pratiquerait les tarifs qu’elle veut, une médecine qui soigne aussi, qui ne prend pas 10 patients à l’heure et ne touche rien des laboratoires. A côté de l’agriculture du rendement, du "je-fous-ce-que-je-veux-sur-mon-champ-et-ta-gueule-avec-le-cancer" - agriculture over subventionnée du reste parce qu’on n’est pas à une contradiction prêt, - une agriculture raisonnée, respectueuse de l’environnement et de la santé publique. A côté... Enfin bref, on aura compris l’idée : offrir le choix. Utopique ? Mais non, ça fonctionne déjà, il y a bien une école privée à côté d’une école publique, et je pense que l’école publique s’en porte mieux, comme se porterait mieux l’économie si une offre non marchande cohabitait avec le marché.

Non, les lendemains ne chanteront pas au sortir du grand soir, quand on aura promené la tête de Sellière sur une pique. La Révolution d’Arlette j’en veux pas et j’ai jamais apprécié le romantisme des Brigades rouge sang et autres actionnaires direct. Le bonheur malgré nous, c’est clair, c’est pas bon. Mais il serait bon qu’on puisse choisir, en fonction de sa sensibilité, l’économie qu’on alimente et qui nous fait vivre. Qu’on commence par la banque, c’est un bon départ, on verra s’il n’est pas viable l’établissement public porteur d’autres valeurs. Qu’on s’attaque au reste après, toujours dans la même logique : vous adhérez si vous voulez et il ne faut pas que ça coûte un rond au contribuable (sauf pour les services publics d’éducation, de santé, de sécurité, relatifs à l’eau et à l"énergie). Chaque fois que ça marche, et bien voilà, on a instauré la cohabitation, dans un domaine, de deux systèmes. A côté d’Auchan et de Carrouf, Public+ l’hyper collectif ; à côté de SFR, Bouygues et France Télécom, Collectigne avec du réseau en Montagne et pas de textos, chacun choisira. Par contre, on arrête les conneries genre France 2, ces trucs qui ne rendent aucun service public et pour lesquels on paie tous une redevance. Sus aux bêtises idéologiques, vive une autre logique, alternative, complémentaire sûrement.

Bon bah je suis crevé.