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Les Dogs restent sans voix
Le chanteur du groupe de rock rouennais est mort à 45 ans.
Par Yves BIGOT

lundi 14 octobre 2002


 
 
 

Distingués en 1979 par la critique rock internationale, les Dogs vendent cependant très moyennement, ne conquérant guère que la Scandinavie.
 

«J'aime quand ça va vite et qu'il y a une mélodie.» Tel était le credo de Dominique Laboubée, rocker fan des sixties au charme étudié. Avec les Dogs, nommés d'après I Wanna be Your Dog des Stooges, il aura incarné un certain esthétisme collector, tout en connaissant le destin foutraque endémique du rock français, quelque part entre Ronnie Bird, Bijou et Marquis de Sade.

Rouennais, il s'empare de la guitare sèche et de la collection de disques de sa soeur (Dutronc, Antoine, Polnareff), avant de passer aux Kinks, Stones et MC5. Les premiers Dogs naîtront en 1973 : répétitions dans la cave, concerts dans les casinos de la côte. Au répertoire, Pretty Things, Cochran et chansons de Dominique. Entre tremplins du Golf Drouot, tournées avec Little Bob Story et thés au Fringanor, ce lecteur de Huysmans passe sa licence de lettres et enregistre le premier single indépendant français pour le magasin de disques Mélodies Massacres. 19 se retrouve outre-Manche sur la compilation Streets de Beggar's Banquet. On voit alors les Dogs partis pour une carrière internationale.

Epitaphe. Signé chez Phonogram en 1979, le trio publie deux albums au son sec rhythm'n blues : le stonien Different (pochette de Mondino) et le stoogien Walking Shadows (Laboubée ayant troqué Rickenbaker pour Les Paul). Distingués par une certaine critique rock internationale, les Dogs vendent cependant très moyennement, ne conquérant guère que la Scandinavie. Ils passent chez Epic où sort leur album de référence Too Much Class for the Neighborhood, en 1982 - titre («trop classe pour le coin») qui sera leur épitaphe.

Désintérêt. Bien que produit par Vic Maile, Legendary Lovers ne décollera pas plus. Le panache s'étiole ensuite dans les méandres de «l'alternatif» et le désintérêt général pour les aspects les plus fétichistes de ce rock maniaque désormais muséifié.

Une piste intéressante s'était pourtant ouverte en français, avec un joli disque pop de Louise Féron paru en 1991, contenant un classique cosigné, Tomber sous le charme, repris par Murat et pressenti pour le prochain CD de Star Academy. Jouant dans divers groupes de Rouen, Laboubée n'avait jamais dissous Dogs, profitant du récent «retour du rock» pour sortir un double live du groupe. C'est au deuxième morceau du concert de lancement de la première tournée américaine des Dogs, près de Boston, qu'il s'est évanoui. Hospitalisé, il est mort après dix jours d'agonie, d'un cancer du poumon strictement caché à ses amis, à l'âge de 45 ans.