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Le random tour
  1. sonnet 098
  2. sonnet 026
  3. sonnet 245
  4. Scène de vie en Y Chromosomie
  5. sonnet 161
  6. Course de fond
  7. Refusé 05 : Princesse
  8. Vituailles
  9. After Mars
  10. sonnet 355




Les gazouillis en cours
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Frustration

plinous, le mardi 4 août 2015.

La lecture de Soumission de Houellebecq n’est absolument pas indispensable, mais elle peut constituer en vacances un divertissement moins culpabilisant que la lecture d’un Paris-Match. Surtout, le cas échéant, emprunter le livre dans une bibliothèque, cela vous évitera de vous sentir dindon parmi les dindons, car à l’instar du précédent opus de Michel Zemmour, la soumission proposée est avant tout consumériale.

En effet, si vous vous attendez à une hénaurme charge sur l’Islam, à une große politik Provokatione ou quelque chose en rapport avec le battage médiatique fait autour de l’ouvrage, vous êtes dans le faux. Le seul vrai scandale du livre, c’est le mépris de la littérature et du lecteur complaisamment affichés par Houellebecq au cours de ces 300 pages découpées en chapitres courts (formatage market). Face au mystère cosmologique, tout est dérisoire, tout n’est que pari ; amour, art, religion : de la blague ; seuls l’acquisition de produits sélectifs, un gros 4x4 Volkswagen par exemple, mérite qu’on lui consacre du temps et de l’énergie, pourquoi pas en chiant un livre ?

Je me souviens d’Ali Baddou surjouant le dégoûté à la télé ; le roman de Houellebecq lui aurait "foutu la gerbe" en tant que "musulman de culture", mouais... À mon avis c’est plutôt en tant que jeune vestige du mitterrandisme que le bel Ali s’est senti agressé. Ni l’Islam ni la culture musulmane se sont attaqués dans Soumission, Houellebecq n’est pas Salman Rusdhie, il tient à vivre, pour profiter de son 4x4. On dira que l’homme musulman est présenté comme libidineux, appréciant de jouir d’au moins une épouse très jeune... Mais là il s’agit d’une projection houellebecquienne ; le narrateur, comme tel professeur Cosinus que l’on croise à la fin, embrasse à son tour l’Islam essentiellement pour profiter des délices fantasmés de la polygamie. On sent très bien que Houellebecq connaît très mal la culture musulmane et qu’elle ne l’intéresse ici qu’en tant qu’agent provocateur qui supportera les ventes. Les véritables haines du nouveau Céline Meudon se portent, comme dans les ouvrages précédents, sur tout ce qui peut être progressiste, solidaire, "de gauche"...

rien que le mot humanisme me donnait légèrement envie de vomir [1].

et, et, en premier lieu, sur les femmes. Soumission est d’avant tout la confession d’un frustré.

Cette frustration, si elle n’est pas explicitée, n’est pas non plus véritablement "voilée". Le lecteur lucide - laissons le blaireau de côté - ne s’en laissera pas conter par ces scènes youpornesques où notre narrateur alcoolique mais néanmoins fort vaillant s’enquille des escorts ou des minettes de vingt ans. L’auteur va au-delà de la nécessité commerciale dans ses scénettes faibles, il se met à poil et le corps n’est pas très beau. Du coup on pourrait presque être dans l’empathie, voire la compassion. n’était le blaireau écarté plus haut... Houellebecq ne sera pas lu que par des lecteurs lucides, et son zemmourisme trash risque de faire de gros dégâts. Cette irresponsabilité totale définit l’anarchiste de droite, ce névrosé dépressif qui se plaît à dénigrer toute forme d’amour, par dépit.

L’expression ”Après moi le déluge” est tantôt attribuée à Louis XV, tantôt à sa maîtresse madame de Pompadour. Elle résumait assez bien mon état d’esprit [2].

La frustration est coûteuse. Celle d’un Zemmour, quoique non inoffensive, est contrecarrée par le fait que l’intellectuel médiatique est condamné à faire le show et que le show zemmouresque est assez repoussant ; avec le talent indéniable de Houellebecq, il en va tout autrement.

Et pour finir sur une preuve de ce triste talent, cette sentence que devrait méditer toute la médiocratie française en place, absolument inapte à imaginer un scénario politique autre que l’affrontement des centres (gauches et droits) qui lèse une partie de plus en plus importante des peuples et nous emmène droit à la ploutocratie, si tant est qu’on n’y soit pas déjà :

Il est probablement impossible, pour des gens ayant vécu et prospéré dans un système social donné, d’imaginer le point de vue de ceux qui, n’ayant jamais rien eu à attendre de ce système, envisagent sa destruction sans frayeur particulière [3].

[1p.250.

[2p.72

[3p.56