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Chronic’art en balance

plinous, le mardi 21 novembre 2006.

Chronic’art est un magazine très très très inégal. À vrai dire ça fait trois numéros que j’achète, trois fois que je me dis que c’est le dernier. Franchement, est-ce qu’un fatras d’articles fait un magazine ? On passe d’une beauferie écrite en djeunz à une recension de normalien, d’un ton débraille à la plus indigeste des jargonnailles, d’une "pensée" anarcho-droitière à du pseudo Monde-diplo... C’est le bordel. Serait-ce alors ce côté journal-chambre d’ado qui m’attire ? Non, j’ai passé l’âge ; le slip sale à côté des Pépito, c’est fini. Faut chercher ailleurs...

C’est sans doute triste, mais je crois que c’est la casse qui me plait. En effet, Chronic’art dézingue sec, un vrai festival, de la critique en shoot’em up. Quel intérêt ? Ah oui c’est vrai, j’oubliais : le négatif c’est mal, c’est pas positif. Soit, mais l’argument-leitmotiv qui veut que "devant une production artistique pléthorique, il n’y a qu’à faire le tri, nul besoin de s’acharner sur le médiocre etc.", il est tout pourri tout faux. On nage dans le médiocre, le vil, le nullissime, tout simplement parce que le "tri" est fait par ceux-là même qui produisent. Dans cette situation, il est tout aussi légitime de démolir le cirque que de promouvoir "autre chose" à l’intention des happy few. Prenons un exemple, ce sera plus clair. Dans le numéro d’octobre (#29 - le dièse est ici un signe graphique non signifiant), page 29 (coïncidence tout aussi insignifiante), un article de Jean-Philippe Tessé intitulé Les 7 (en chiffre, marque d’affranchissement) plaies du cinéma français :

... [le] concept franco-français, celui de Philippe Delerm : éloge du riquiqui et de la joie discount, fascination exaltée pour le peu de choses et le quotidien, dont l’embellissement acharné autant que suspect laisse deviner une certaine misère. L’insupportable chanson française, avec ses troubadours ahuris et taquins, ne fait que poursuivre pareil dithyrambe en lui adjoignant un purulent passéisme de goguette et de pinard. Aucune raison que le cinéma soit en reste. Au contraire, par son hallucinant succès, un film a cristallisé, plus que tout autre produit culturel, cette quête du bonheur et des nappes à carreaux. C’est Amélie Poulain...

D’abord, on peut saluer l’écriture, régénérante à elle-seule. Mais au-delà, le fond n’est-il pas salutaire ? Vous n’en avez pas marre vous de Bénabar ? À mort qu’on nous gave de béatitude sympatoche ! Ne me rassurez plus, par pitié, vous me faites peur ! Et regardez, si la critique branchouille a sans doute été un peu extrême avec la Poulain, quelques mois après on avait Les Choristes. Qui a dit Pétain ? J’ai pas dit Pétain. Je dis simplement qu’il ne fait pas oeuvre inutile celui qui chie sur la dangereuse lénifiance.

Mais Chronic’art, je l’ai dit, ce n’est pas toujours de ce niveau-là. C’est aussi un imbuvable cocktail bruit, violence et sexe froid. Beaucoup beaucoup de déchets. Et finalement, je classerais le truc à droite. Néanmoins, en ce qui me concerne, l’affaire n’est pas encore pliée.