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Ça, c’est un baiser

plinous, le mercredi 21 juillet 2004.

Djian jubilant offre un roman réjouissant, jouissif même et gravement humaniste.

Franck suçait des jeunes types de vingt ans et je couchais avec sa femme, mais nous nous entendions bien... Ah ! Djian, Djian. J’ai dit beaucoup de mal de Djian que j’avais dévoré entre 16 et 18 ans, et c’est vrai qu’il y a des perles de style dans les Zone érogène, Bleu comme l’enfer, 37°2 le matin... ses premiers romans [1]. N’empêche, il y avait déjà du plaisir, de la chaleur et des frigos toujours plein de bière. Là, je me suis payé une petite rechute ; je n’ai pas été déçu. Premier constat, Djian ne s’est pas métamorphosé, il y a de la permanence chez lui et donc de l’être. Tous ses tics sont là :

- le personnage-écrivain avec en prime ici une ébauche de mise en abîme,
- les adresses au lecteur de plus en plus pris à témoin à mesure qu’avance le livre,
- le réinvestissement dans le roman de la lecture du moment (le "héros" est censé lire Kerouac [2] qui se trouve donc cité dix fois sauf qu’on se demande comment un flic qui enquête sur un gros truc, qui est pris entre trois femmes à problèmes, qui sort régulièrement en boîte ET qui écrit peut trouver le temps de lire !)
- son penchant zolacien pour la déconfiture finale qui met ici la grosse dans un fauteuil roulant, le bellâtre à la morgue, l’exploiteur mondialiste dans le ravin... en épargnant le Nathan (c’est Djian).

Il y a aussi les réflexions sur l’écriture, qui sont liées au personnage-écrivain. L’écriture, c’est dur : Le problème, avec l’écriture, c’est qu’on finit par y croire. Et c’est un piège. On prend des claques : Franck venait de m’annoncer que je n’étais pas plus doué pour aligner quelques lignes, assombrissant le vague espoir de revanche que tous les minables nourrissent avant d’accepter leur sort. J’avoue, celle-là je l’ai prise pour moi. N’empêche, ce qu’on sent surtout dans ce roman c’est de la jubilation. Djian prend du plaisir à faire vivre ses fantasmes sous un ciel d’apocalypse et ce plaisir passe bien ; c’est le pied total en fait, et on se bidonne souvent.

Même si le tableau est assez sombre au final - pourrait-il en être autrement dans un roman qui s’ancre dans notre joyeux monde mondialisé ? A ce propos, on peut remercier Djian pour le coup de main donné : les altermondialistes sont certes traités à distance dans ce roman, Djian est assez sage pour ne pas nous infliger d’idées ; restent néanmoins des portraits sympathiques et des discours intéressants, comme ceux de Wolf :

... nous ne sommes pas là pour servir les intérêts qu’une minorité qui a entrepris de nous saigner jusqu’à la dernière goutte. Désolé, mais moi je ne marche pas. Ce n’est pas le genre de monde que je veux laisser à mes enfants.

Ça, c’est un baiser est un bon baiser.

[1- Va te faire enculer ! lui ai-je ri au nez, abandonnant mes outils et mon assiette sale et du mur la prise arrachant. Ça c’est dans Maudit Manège. Dans un genre plus philosophique, dans Zone érogène : Avant, j’avais cette vision du monde, je pensais que la vie était sacrée, toutes les vies et c’est sûrement la vérité mais un jour tu t’aperçois que la vérité t’emmerde parce qu’elle t’empêche de vivre, c’est comme si tu laissais la lumière allumée toute la nuit et ça ne veut plus rien dire, tu comprends ? Personnellement non, je comprends pas bien.

[2Beaucoup aimé ça : Et je te signale que d’un point de vue littéraire, comparé aux hussards et autres merdes qui ont suivi, Kerouac est dans la catégorie au-dessus.