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Abécédaire philosophique

plinous, le lundi 27 décembre 2004.

Agapē (ἀγάπη) est l’amour spirituel, opposé à l’amour physique (éros). Les chrétiens en ont fait le ciment de leur communauté, les premières commémorations de la Cène ont porté le nom d’"agapes". Agapè a a été traduit par caritas en latin (charité). Le choix d’agapē plutôt que d’eros pour traduire l’amour chrétien donne à ce sentiment une connotation plus éthérée - et donc plus froide - à ce sentiment. Cf. Anders Nygren, "Eros et Agape" (1930), Aubier, 1944.

Apodictique : du grec αποδεικτικος (qui démontre, qui prouve) ; qui est vrai universellement (ou en droit) et pas seulement dans les faits.

Endophore/Exophore
Désignent deux relations au référent. L’endophore est une référence à un élément du discours, l’exophore est une référence à un élément du réel désigné sans ambiguïté par la situation.

"Les usages de cestuy chez Rabelais sont endophoriques".

Épochè

Du grec ἐποχή qui signifie « arrêt, interruption, cessation ». En philosophie, ce terme désigne la suspension du jugement.

"Puisque les choses obéissent à la relativité du lieu et du temps, aux affres de la géographie et de l’histoire, le sens se trouve ans la suspension sceptique du jugement, la fameuse épochè." [1].

Espoir/Espérance

Désirer ce qui dépend de nous (vouloir), c’est ce donner les moyens de le faire. Désirer ce qui n’en dépend pas (espérer), c’est se vouer à l’impuissance et au ressentiment [2].

Quand tu auras désappris à espérer, écrivait Sénèque, je t’apprendrai à vouloir. [3].

Eudémonisme

Pose le bonheur comme but de l’action. "L’hédonisme fait du plaisir le souverain bien, ce vers quoi on doit tendre, l’objectif à même de fédérer la réflexion et l’action ; l’eudémonisme, lui, affirme la nécessité de viser le bien-être, la sérénité, le bonheur." [4].

Fidéisme
Doctrine qui prétend qu’en matière de connaissance, la foi doit prévaloir sur la raison.

Fin/Cause finale

La nature n’a aucune fin qui lui soit d’avance assignée, et [...] toutes les causes finales ne sont que des fictions humaines. [5]

Darwin a tué la téléologie, c’est-à-dire le destin guidé par les fins, alors que ce dernier est marqué positivement par les origines, les conditions de vie et plus spécifiquement l’organisation du travail chez Marx. [6]

Herméneutique/Sémiologie : Appelons herméneutique l’ensemble des connaissances et des techniques qui permettent de faire parler les signes et de découvrir leur sens ; appelons sémiologie l’ensemble des connaissances et des techniques qui permettent de distinguer où sont les signes, de définir ce qui les institue comme signe, de connaître leurs liens et les lois de leur enchaînement : le XVIè siècle a superposé sémiologie et herméneutique dans la forme de la similitude. [7]

Homme/Humanisme :

...je crois que l’homme a été, sinon un mauvais rêve, sinon un cauchemar, du moins, une figure très particulière, très déterminée, historiquement située à l’intérieur de notre culture.
...
C’est une invention que l’homme. Au 19ème siècle, dans toute la première moitié du 20ème aussi, on a cru que l’homme, c’était, au fond, la réalité fondamentale à laquelle nous pouvions nous intéresser. On avait l’impression que c’était la recherche de la vérité sur l’homme qui avait, depuis le fond de l’âge grec, animé toutes les recherches, peut-être de la science, certainement de la morale, à coup sûr de la philosophie. Quand on regarde les choses de plus près, on peut se demander si cette idée que l’homme, au fond, a toujours existé, et qu’il était là comme attendant d’être pris en charge par une science ou par une philosophie, on peut se demander si cette idée n’est pas une illusion, une illusion propre au 19ème siècle. A dire vrai, jusqu’à la fin du 18ème siècle, en gros, jusqu’à la Révolution française, jamais on ne s’occupait de l’homme comme tel. Il est tout de même curieux que la notion d’humanisme que nous attribuons à la Renaissance, la notion d’humanisme est une notion toute récente. Ouvrez le Littré, vous ne trouvez pas le mot d’humanisme. Car le mot d’humanisme est une invention du 19ème siècle et de la fin du 19ème siècle. Avant de 19ème siècle, on peut dire que l’homme n’existait pas.

 [8]

Hylémorphisme : (de hulè : matière et morphè : forme) est une philosophie développée par Aristote qui considère que tout être (objet ou individu) est composé de manière indissociable d’une matière et d’une forme. Les philosophes scolastiques, au premier rang desquels on trouve Thomas d’Aquin, ont prolongé et défendu cette théorie. On oppose souvent l’hylémorphisme au dualisme de Platon et des philosophes présocratiques.

Le XIIIè siècle en arrive à fonder une conception du beau sur des données hylémorphiques, et afin d’assurer cette manière de voir, il aménage une convergence des théories de la beauté physique et métaphysique élaborées par les esthétiques de la proportion et de la lumière [9]

idéalisme

J’appelle idéalisme philosophique le fait de considérer que le monde est une production de mon esprit et non une "réalité" extérieure qui s’imposerait à lui. [10]

L’Internet ne se contenterait pas de déréaliser le monde, il accomplirait le programme de l’idéalisme philosophique : le monde existerait pour moi mais il n’existerait pas en soi, ou de façon problématique. Avec un risque énorme : si la "réalité" est dans "ma tête", à quoi bon lutter pour plus de justice, à quoi bon parler d’éthique, à quoi bon faire référence au droit ? [11]

Mort

Épicure enseignait que "la mort n’est rien", ni pour les vivants, puisqu’elle n’est pas là tant qu’ils vivent, ni pour les morts, puisqu’ils ne sont plus [12].

Nominalisme : terme de la scolastique médiévale qui désigne un rejet de l’idéalisme platonicien. Pour un nominaliste, la circularité (l’idée de cercle) n’est qu’un nom ; elle n’existe pas en dehors des sujets (des hommes) qui la nomment ainsi.

"Or le nominalisme est une composante essentielle de tout hédonisme : quand les Idées existent, elles résident dans un Ciel où elles menacent à la manière de dieux mauvais." [13].

"Pour Ockam, le cheval, par exemple, est un nom générique (un universaux) qui n’a pas de réalité. Seul chaque cheval singulier est réel. Évidemment, le nominalisme d’Ockam s’oppose au réalisme de Platon, pour lequel seules les idées générales ou essences sont bien réelles.Chaque cheval singulier pour Platon n’a de réalité (faible) qu’autant qu’il est le reflet de l’essence de cheval (son archétype)." [14].

Paradoxe du menteur (paradoxe du Crétois ou paradoxe d’Epiménide)

C’est bien le paradoxe d’Epiménide qui se trouve au coeur du Meurtre de Roger Ackroyd et de sa lecture, paradoxe qui se lit sous sa forme longue : "Epiménide le crétois dit : « Tous les crétois sont des menteurs »" et sous sa forme abrégée : "Je mens". [...] Si je dis que je suis un menteur, mon énoncé s’annule et je dis la vérité. Mais la disant, je suis donc un menteur et mon énoncé s’annule, etc.
Comme l’a montré Lacan, ce paradoxe n’est pas insurmontable, à condition de prendre la peine de distinguer le sujet de l’énoncé et celui de l’énonciation. "Je mens" est prononcé à la fois sur le plan de l’énoncé et sur celui de l’énonciation, et le pronom "je" condense deux sujets au point d’en faire disparaître l’un derrière l’autre" Le "je" qui prononce la formule diffère du "je" qui dit "je mens". [15].

Parménide (vers -540 ? vers -450)

Les tenants de l’Idée défendent Parménide et son immobilité, sa lecture du monde hors le temps et l’espace, son goût pour l’éternité, l’immensité, l’infini plutôt. Son indifférence radicale à l’endroit de l’Histoire. Les partisans du réel honorent Héraclite et sa mobilité, son inscription de toute réalité dans le flux, le mouvement, donc le temps et l’espace. L’Obscur [Héraclite] n’entretient aucun commerce avec les Idées, il sait que le feu et la foudre gouvernent le monde... Au couple Démocrite qui rit et Héraclite qui pleure, Montaigne préfère le rieur... Mais à choisir entre Héraclite l’immanent et Parménide le transcendant, il opte pour le premier. [16].

Psychagogie : de psukhagôgia ψυχαγωγία, de psukhê ψυχή, âme, et agôgos αγωγός, qui conduit.
- Cérémonie religieuse qui avait pour but d’apaiser les âmes des morts, en les appelant trois fois par leur nom ; cérémonie magique par laquelle on évoquait les âmes des morts.
- Rhétorique : formation des âmes par la parole.

Récapitulation

Contrairement à l’évolutionnisme darwinien, dans lequel le hasard et la lutte jouent les rôles principaux dans l’évolution des espèces, la "récapitulation" conserve l’idée d’un plan de la nature et d’une harmonie qui subsiste au milieu du changement sur la très longue durée. [...] C’est Haeckel qui a posé le plus nettement, sous le nom de "loi biogénétique fondamentale", que le développement de l’individu, ou ontogénie, est la récapitulation accélérée de l’histoire passée de ses ancêtres, ou phylogénie. [17].

Signe : signum est enim res, praeter speciem quam ingerit sensibus, aliud aliquid ex se faciens in cogitationem venire. Le signe, c’est toute chose capable de nous faire venir à l’esprit quelque chose d’autre, au-delà de la l’impression que la chose par elle-même produit sur nos sens. [18].

Société

La version moderne de la surnature de l’homme, autrement dit la version moderne de Dieu, c’est la société même [...] La nature humaine apparaît ainsi dans la perspective positiviste comme une abstraction [...] c’est un ensemble de relations historiques variables entre l’organisme humain et le milieu. C’est la leçon de Comte." [19]

Théorétique : qui considère la connaissance comme un but en soi.

"Montaigne récuse la pensée spéculative, le théorétique et l’idéalisme sous toutes ses formes. Comment dès lors trouver son bonheur chez les Grecs ?" [20].

Théurgie

Ce qui différencie la théurgie de la magie, c’est qu’elle ne prétend pas forcer les dieux, mais au contraire qu’elle se soumet à leur volonté en accomplissant les rites qu’ils sont censés avoir eux-même fixés. [21].

[1in Michel Onfray : Les libertins baroques p.107.

[2in André Comte-Sponville : L’esprit de l’Athéisme p.65.

[3in André Comte-Sponville : L’esprit de l’Athéisme p.66.

[4in Michel Onfray : Les sagesses antiques p.47.

[5Spinoza, L’Ethique, Livre 1.

[6in Nathalie Bulle : L’école et son double : Essai sur l’évolution pédagogique en France. Hermann 2010, p. 116.

[7in Michel Foucault : Les Mots et les choses, chap. La Prose du Monde, p. 44 coll. Tel Gallimard.

[8

[9In Umberto Eco : Art et beauté dans l’esthétique médiévale, chap. Symbole et allégorie, p. 93 coll. biblio essais Grasset.

[10in Philippe Engelhard : L’Internet change-t-il vraiment nos sociétés ?. L’Harmattan 2012, Tome 1 p. 19.

[11in Philippe Engelhard : L’Internet change-t-il vraiment nos sociétés ?. L’Harmattan 2012, Tome 1 p. 113.

[12in André Comte-Sponville : L’esprit de l’Athéisme p.19.

[13in Michel Onfray : Le christianisme hédoniste p.228.

[14inPhilippe Engelhard : L’Internet change-t-il vraiment nos sociétés ? Tome 2 p.122.

[15in Pierre Bayard : Qui a tué Roger Ackroyd ? p.74.

[16in Michel Onfray : Le christianisme hédoniste p.242.

[17in Blais, Gauchet, Ottavi : Transmettre, Apprendre pp.126, 127.

[18Saint Augustin De doctrina christiana in Umberto Eco : Art et beauté dans l’esthétique médiévale p.113.

[19in Nathalie Bulle : L’école et son double : Essai sur l’évolution pédagogique en France. Hermann 2010, p. 108.

[20in Michel Onfray : Le christianaisme hédoniste p.225.

[21in Pierre Hadot : Q’est-ce que la philosophie antique p.262.