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2ème baffe : Adèle

plinous, le vendredi 18 octobre 2013.

Adèle, La vie d’Adèle et son problème : Abdellatif Kechiche serait un dictateur sur un plateau. Et c’est un vrai problème, l’art n’excuse et ne permet pas tout. Je ne me souviens plus quel taré de réalisateur avait lancé des chevaux d’une falaise juste pour la beauté de la scène, peu importe, non ; s’il est avéré que le réalisateur s’est comporté comme un négrier, alors honte sur lui, point.

Il est d’autant plus pénible ce problème que La vie d’Adèle fait partie de ces très rares films qui ne font pas que s’imprimer plus ou moins fortement dans votre mémoire mais qui vous chamboule, ces films que l’on trimballe tout le jour d’après et qui ne vous quittent qu’au bout de plusieurs semaines, non sans avoir réactualisé votre logiciel. Il y a un avant et un après Adèle.

C’est la deuxième baffe de Kechiche pour moi, la première étant L’esquive. J’ai l’impression d’avoir été resynchronisé ou de sortir d’un bain par force 8 dans la lessiveuse atlantique. Encore groggy, en phase de récupération, je ne suis pas opérationnel pour l’analyse, et c’est tant mieux, il y a tant de critiques au chômage.

On va donc rester sur de l’impressionnisme. C’est diffus, c’est beau, mais contrasté. car je vois des défauts dans ce film. Si la présence de Marivaux dans L’esquive constituait l’exploit, là on est dans le clin d’œil égocentrique et dans le faux. Non, un lycéen ne se farcit pas aujourd’hui La vie de Marianne et donc n’a pas d’avis sur la question, pas plus qu’il n’a retenu le nom de Merteuil un an après avoir lu des extraits des Liaisons sous la contrainte du prof et du bac. Et puis personne aujourd’hui dans la vraie vie ne va sortir une tartine sur Sartre avec le sérieux d’un prof de philo ou d’un journaliste parisien ; la tirade d’Emma sur l’existentialisme avant les baisers est une des rares fausses notes du film.

Et le cul, oui, il faut bien en parler. Est-ce un défaut du film ? En tant que telles, les scènes de sexe sont belles, fortes - même à l’ère de Youporn - ou justement, parce qu’elles hissent le sexe vers la beauté. Reste que dans l’économie du film... moi ça me fais penser - et je vous concède tout de suite le caractère étrange de la comparaison - aux passages de dessin animé dans les films des Monty Python : c’est comme un interlude, qui a sa propre vie artistique et dont l’histoire pourrait se passer. Franchement, quel argument pour le sexe explicite dans un film ? Que devient la composition ? Est-ce que Jessica Lange et Jacques Nicholson sont moins brûlants dans le Facteur sonne toujours deux fois qu’Emma et Adèle ? Que devient le paradoxe du comédien si les comédiens vivent plus qu’ils ne jouent ? C’est vrai que le sexe pousse au paroxysme une tendance vielle comme le cinéma : combien de réalisateurs - citons au hasard Hitchcock, Kubrick ou Asghar Farhadi - ont usé de stratagèmes pour placer leurs acteurs dans une situation proche de celle que vivaient leurs personnages ? Après Adèle, pour jouer le sexe on fera le sexe, OK, tant que c’est beau. Et après pour jouer la mort on tuera l’acteur - nan je déconne, enfin...

Il semble que la confusion virtuel/réel, fiction/réalité soit à ce point la marque de fabrique de notre temps qu’aucun artiste ne puisse s’en affranchir, ou au mieux ne pas s’en emparer. Tous hurlent après la télé-réalité, mais que font les romanciers ? de l’autofiction ; l’art-contemporain n’est plus qu’auto-quelque chose (mutilation, proclamation, satisfaction...) et Kechiche donne à son héroïne le prénom de l’actrice qui l’incarne. La vie devient le spectacle. La gueule de bois risque d’être assez terrible.

Mais bon, ces quelques taches bizarres, elles se fondent dans l’impression globale, chaude et rouge comme un soleil couchant. Quand Adèle quitte l’expo, qu’elle tourne le coin de la rue, on comprend tout de suite le truc. On sait qu’après le générique il y a une page en soi qui va se tourner. Personnellement, je pense que je pourrais les compter sur les doigts d’une ou deux mains les œuvres qui m’ont fait cet effet. Bien sûr ça vaudra le coup de revoir le film dans quelques temps. Peut-être qu’à froid, analyse faite, on apercevra les ficelles d’un tour. Mais bien qu’encore dans les vapeurs, je prends le pari que cette Vie-là va intégrer le Panthéon du cinéma, et surtout - parce qu’on s’en fout du Panthéon - va contribuer à l’évolution d’un genre, et au-delà. (Cela dit : retour à l’intro).